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Internet : la tutelle historique des Etats-Unis sur le point de disparaître

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Photo d'illustration
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© Getty -

L’un des principaux organes de gouvernance de la Toile, jusqu'à présent contrôlé par le gouvernement américain, doit prendre son indépendance ce samedi. Il s’agit de l’ICANN, une autorité californienne chargée de délivrer les noms de domaine dans le monde entier.

Ce samedi pourrait marquer l’histoire de la Toile, sans que cela n'affecte du tout les internautes dans leur quotidien. Les États-Unis maîtres du monde de l’Internet, c’est terminé, ou presque. Ce n'est pas un secret, les États-Unis ont presque inventé Internet. Or le gouvernement américain a décidé de lever sa tutelle historique sur l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), organisme californien chargé d’attribuer dans le monde entier les adresses IP et les noms de domaine en ".com" ou ".fr". Ainsi, le contrat qui le lie à cette société de 300 salariés et 2 000 bénévoles s'achève ce samedi matin.

D'une tutelle américaine à une tutelle internationale

Lors d'une conférence de presse de l'Icann à Londres, en 2012.
Lors d'une conférence de presse de l'Icann à Londres, en 2012.
© AFP - ANDREW COWIE

"Le fait qu’un gouvernement et un seul ait une capacité à influer de manière unilatérale sur un réseau qui est mondial, c'est tout à fait anormal."

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Aujourd’hui, après des mois d'intense activité diplomatique, l’Icann doit, sauf surprise, passer sous tutelle internationale : une gestion collective et auto-régulée. Une bonne nouvelle pour Mathieu Weill, directeur général de l’Afnic, l’association qui délivre les noms de domaine en ".fr" :

"Nous attendons avec impatience que l’emprise américaine se relâche depuis très longtemps, depuis une vingtaine d’années environ. Symboliquement, c’est très fort : le fait qu’un gouvernement et un seul ait une capacité à influer de manière unilatérale sur un réseau qui est mondial c’est tout à fait anormal. C'est-à-dire que l’Etat français devait demander la validation du gouvernement américain pour désigner l’Afnic en tant que gestionnaire du '.fr'"

Mathieu Weill (directeur général de l'Afnic) : "Nous attendons avec impatience que l'emprise américaine se relâche."

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A lire : Demain aura lieu un événement majeur dans l'Histoire d'Internet, ou pas (La Vie numérique)

Donald Trump s'empare du dossier

Cette réforme a été lancée en 2013 par le président américain Barack Obama. Depuis, le camp républicain tente de faire barrage, à commencer par Ted Cruz, l'ancien candidat à l'investiture républicaine, mais aussi le candidat à la Maison Blanche Donald Trump : la défense de l’ICANN est une question de patriotisme. Les conservateurs accusent donc l’administration Obama de vouloir abandonner Internet aux puissances étrangères.

Une perte de contrôle ? Les membres de l’ICANN n’y croient pas, comme Stéphane Van Gelder, président du comité de nomination :

"C'est devenu un enjeu politique sur des faits infondés comme une peur de l'étranger, de perte de contrôle. Il n’y a bien entendu pas du tout de danger à ce jour dans la transition actuelle qu’il y ait un pays autre – la Russie, la Chine ou autre – qui prenne un contrôle sur la partie technique de l’Internet, ce n’est pas du tout réaliste. Historiquement le gouvernement américain a un contrôle privilégié de la partie technique de la gouvernance de l’Internet, inventé en grande partie en Amérique. En 1998, l’administration Clinton a créé cet organe qui vise à en être le régulateur."

Stéphane Van Gelder (membre de l'ICANN) : "C'est devenu un enjeu politique sur des faits infondés. Alors qu'au sein de l'ICANN, il y a une volonté homogène d'aller vers cette transition."

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Les demandes du gouvernement français

Mais le contexte n’est plus le même que dans les années 90 : le nombre d’internautes est désormais largement dominé par la Chine et l’Inde.

"Aujourd'hui, alors que les utilisateurs sont partout dans le monde et qu'ils ne sont plus majoritaires aux États-Unis, il n'y a aucune raison que le gouvernement américain ait cette prise directe, cette influence sur une organisation internationale", précise Axelle Lemaire, secrétaire d'Etat en charge du numérique. Difficile donc pour les Etats-Unis de conserver le contrôle de la porte d’entrée d’Internet. Le gouvernement français plaide depuis plusieurs années pour une gouvernance "internationale, transparente et démocratique".

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