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Internet : quand les GAFAM construisent des supercâbles sous les mers

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À bord du navire câblier "René Descartes", propriété d'Orange (photo prise en 2013). L'opérateur français est associé à Google pour exploiter le câble "Dunant" qui va relier la France aux États-Unis en 2020.
À bord du navire câblier "René Descartes", propriété d'Orange (photo prise en 2013). L'opérateur français est associé à Google pour exploiter le câble "Dunant" qui va relier la France aux États-Unis en 2020.
© AFP - Alain Le Bot / Photononstop

Repères. C'est le dernier né des supercâbles intercontinentaux : Dunant, financé par Google et Orange, a commencé à être posé entre la France et les États-Unis. Il permettra de répondre à la croissance continue des usages numériques et incarne aussi l'irruption des GAFAM dans ce secteur stratégique.

Cela faisait plus de quinze ans qu'un câble transatlantique n'avait pas été installé en France et Dunant promet d'être celui des superlatifs. Qualifié de "super" voire de "méga" câble par ses financeurs, il sera déroulé sur 6 600 km et sera connecté à Virginia Beach, aux États-Unis, d'ici l'été. Les travaux de pose ont commencé côté français ce vendredi à Saint-Hilaire-de-Riez, en Vendée. À terme, Dunant doit proposer un débit de 300 térabits par seconde, permettant de transférer un fichier de 1Go en 3 microsecondes... Ce câble, le plus rapide jamais déployé, sera aussi l'incarnation d'un bouleversement déjà à l'œuvre dans le monde de l'internet des infrastructures. Désormais, les grands investisseurs ne sont plus les États ou les opérateurs nationaux de télécom mais les GAFAM : Dunant a été principalement financé par Google. Il y a deux ans, Facebook et Microsoft s'étaient aussi alliés pour construire Marea, un autre supercâble reliant Virginia Beach à Bilbao, en Espagne.

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Le trafic internet européen transite majoritairement par les États-Unis 

On l'oublie souvent mais internet est avant tout une histoire d'infrastructures. Pour fonctionner, la toile a besoin de câbles et de data centers qui font transiter les données majoritairement par voie terrestre : 99% des communications intercontinentales voyagent par les câbles sous-marins, le reste passant par les satellites. Et sur la planète, l'océan Atlantique constitue l'une des autoroutes informatiques les plus fréquentées. Orange l'a bien compris et c'est pourquoi l'opérateur de télécom français a rejoint Google dans ce projet de câble entre la France et les États-Unis.

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À l'intérieur d'un câble internet sous marin : quelques brins de fibre optique par où passent nos données. Dunant contiendra 12 paires de fibres avec une capacité de 300 térabits par seconde.
À l'intérieur d'un câble internet sous marin : quelques brins de fibre optique par où passent nos données. Dunant contiendra 12 paires de fibres avec une capacité de 300 térabits par seconde.
© Radio France - Maxime Tellier

Sur les douze paires de fibre optique qui seront déployées dans l'Atlantique à l'intérieur du câble Dunant, 9 appartiendront à Google, 2 à Orange et 1 à Telxius (opérateur espagnol installé aux États-Unis), chacune ayant un débit de plus 30 térabits par seconde.

L'Atlantique est notre principal axe de communication : 80% du trafic internet généré par les internautes français part directement aux États-Unis. Si nous voulons assurer le bon fonctionnement des services que nous livrons à nos client, il est absolument crucial pour nous de disposer de capacités suffisantes sur cet océan. Afin aussi de supporter l'augmentation du trafic, qui double tous les deux ans.                        
Jean-Luc Vuillemin, directeur des réseaux internationaux d'Orange

En s'alliant à Google, Orange assure ainsi ses besoins à long terme et offre au géant américain un accès à ses fibres optiques terrestres, qui connecteront Dunant à la plupart des grandes capitales européennes. Et cette liaison sera d'importance : une fois connecté, le nouveau câble sonnera presque l'âge de la retraite pour la plupart des autres liaisons transatlantiques déjà déployées. "En terme de débit, Dunant va représenter à lui tout seul la capacité de tous les vieux câbles actuellement en service dans l'Atlantique", affirme Jean-Luc Vuillemin. "Nous pensons que ces anciens équipements vont être débranchés car ils n'offriront plus un ratio coût - performance suffisant par rapport aux nouveaux. Il est donc extrêmement important de nous positionner sur ces infrastructures embarquant la technologie la plus récente afin de maintenir notre présence de façon pérenne".

Les GAFAM sont devenus les principaux investisseurs dans les câbles

Câble sous marin télégraphique Douvres - Calais à bord du remorqueur "Le Blazzer" le 24 décembre 1851.
Câble sous marin télégraphique Douvres - Calais à bord du remorqueur "Le Blazzer" le 24 décembre 1851.
© AFP - ©Abecasis / Leemage

Mais l'investissement n'est pas à la portée de toutes les bourses. Pour un câble comme Dunant, "il faut compter entre 250 et 300 millions d'euros", estime Jean-Luc Vuillemin. Une somme que seuls quelques très grands acteurs sont capables de débourser : "lorsque je fais la somme des investissements que Facebook réalise et va réaliser dans les deux années à venir dans les câbles sous-marins, j'atteins un total de 3,5 milliards de dollars__. C'est absolument considérable et aucun opérateur aujourd'hui n'est capable de mettre à lui tout seul des montants pareils sur la table"

Les sommes sont astronomiques mais l'arrivée des GAFAM dans le jeu est aussi due à des choix stratégiques. Avant Facebook, Google et consorts, les câbles sous-marins étaient plutôt l'affaire des États et d'opérateurs télécom nationaux réunis au sein de consortiums : une histoire ancienne car les premiers câbles télégraphiques en cuivre ont été posés au XIXe siècle ; le premier message entre l'Angleterre et les États-Unis ayant été échangé en 1858 entre la reine Victoria et le président Buchanan. Mais après le cuivre est venue l'époque de la fibre optique dans les années 1980 ; et aujourd'hui, l'ère du big data fait la part belle aux GAFAM.

"Les anciens acteurs traditionnels du câble, comme France Télécom (ex Orange), ont un peu délaissé ce type d'investissement", explique Jean-Luc Vuillemin. "Il faut dire qu'ils ont à faire face à des besoins de financements extrêmement importants dans d'autres activités : la fibre optique terrestre ou le déploiement des différentes générations de téléphonie mobile. Mais du coup, ils ont laissé un peu en jachère ce segment des liaisons internationales". Et fort logiquement, les GAFAM se sont engouffrés dans la brèche et sont devenus aujourd'hui les acteurs principaux de l'installation des grands câbles internationaux.

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