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Ionesco : 60 ans de "Cantatrice chauve" non stop à la Huchette !

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 Les comédiens Nicolas Bataille, Claude Darvy, Jacques Legré, Roger Défossez et Simone Mozet interprètent la pièce "La Cantatrice Chauve" d'Eugène Ionesco, le 12 février 2007 au Théâtre de la Huchette à Paris.
Les comédiens Nicolas Bataille, Claude Darvy, Jacques Legré, Roger Défossez et Simone Mozet interprètent la pièce "La Cantatrice Chauve" d'Eugène Ionesco, le 12 février 2007 au Théâtre de la Huchette à Paris.
© AFP - Pierre Verdy

18 000 représentations ! Voilà 60 ans que "La Cantatrice chauve" d'Eugène Ionesco est jouée tous les soirs à la Huchette. France Culture était allée en reportage dans le petit théâtre de 90 places, en 2000, tendre son micro au metteur en scène Nicolas Bataille, qui avait créé la pièce en 1950.

Depuis aujourd'hui 60 ans, La Cantatrice chauve, pièce du maître de l’absurde Eugène Ionesco, est jouée au théâtre de la Huchette, à Paris (en parallèle avec La Leçon, du même Ionesco). 90 places pour ce petit théâtre, néanmoins mythique, racheté par les comédiens en 1975. Et c'est toujours la mise en scène initiale de Nicolas Bataille, disparu en 2008, que fait vivre une troupe de 45 comédiens, à raison de 5 par rôle. Écrite et créée au théâtre des Noctambules en 1950 avant d'être jouée à la Huchette à partir de 1957, la pièce a été publiée en 1954 par le Collège de 'Pataphysique. "[Nicolas Bataille] fut le premier à monter, à défendre ce texte extrêmement novateur, dérangeant, écrit par un Eugène Ionesco qui, à l’époque apprend l'anglais grâce à la méthode Assimil, et qui s’inspire des absurdités des phrases données en exemple par cette méthode pour inventer un texte", expliquait ce 16 février Zoé Sfez dans son Journal de la Culture .

Les 60 ans de 'La cantatrice chauve' à la Huchette_Journal de la Culture, 16-02-2017

3 min

Durée : 3 min

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"Dans 'La Cantatrice chauve', c’est très bizarre. J’ai essayé de me mettre dans un état d’alogisme, d’inintelligence… enfin, d’avoir la sottise de mes personnages. Mais ce n’est peut être pas le mot qu’il faut… Dans un état de non-sens." Eugène Ionesco

"Il y a un raccord tous les mardis, à 17h, avec des comédiens qui l’ont jouée depuis très longtemps. Roger Défossez, qui a repris la mise en scène de Nicolas Bataille, s’attache à être très précis dans sa direction d’acteurs pour continuer à faire vivre la mise en scène de Nicolas." confiait Franck Desmedt, ancien comédien, directeur du théâtre, au micro de Zoé Sfez.

"La plus jeune est arrivée il y a peu, et le plus ancien est là depuis 1957, donc depuis le départ. Mais ce qui est amusant, c’est que les plus anciens venaient pour jouer des textes d’avant-garde, et les jeunes qui arrivent maintenant viennent jouer un classique." Franck Desmedt

À ECOUTER : Les Papous fêtent Ionesco et la Huchette

"Mme Martin - Et quand on a sonné la première fois, c'était vous ? Le Pompier - Non, ce n'était pas moi. Mme Martin - Vous voyez ? On sonnait et il n'y avait personne. M. Martin - C'était peut-être quelqu'un d'autre ? M. Smith - Il y avait longtemps que vous étiez à la porte ? Le Pompier - Trois quarts d'heure. M. Smith - Et vous n'avez vu personne ? Le Pompier - Personne, j'en suis sûr. Mme Martin - Est-ce que vous avez entendu sonner la deuxième fois ? Le Pompier - Oui, ce n'était pas moi non plus. Et il n'y avait toujours personne." Extrait de La Cantatrice Chauve

En mai 2000, pour l'émission Une vie, une oeuvre, le producteur Michel Cazenave s'était rendu au Théâtre de la Huchette, qui en était alors à la 14 000e représentation de La Cantatrice chauve et de La Leçon. Il avait notamment tendu son micro à Nicolas Bataille, pour recueillir ses souvenirs du début de l'aventure Ionesco : "Mon assistante m’a apporté un texte un soir de représentation, en me disant : ’J’ai un ami qui a écrit une petite pièce, j’aimerais bien savoir ce que tu en penses’ (…) Le lendemain, je suis revenu en disant : ‘C’est épatant’." Le texte de Ionesco avait alors pour titre L’anglais sans peine, et son sous-titre, Antipièce, annonçait la volonté de l'auteur de faire une critique du théâtre bourgeois du siècle précédent.

Eugène Ionesco, Une vie, une oeuvre, 24-05-2000

58 min

Durée : 58 min

"On cherchait quelque chose qui soit plus neuf, dans un théâtre qui était très assis... il y avait Anouilh bien sûr, et puis c’était la fin du théâtre bourgeois du XIXe… Il y avait Guitry, Bernstein, tout ça... mais il n’y avait pas de grands grands auteurs… ça commençait à pointer, il y avait Adamov qui commençait à se faire jouer un petit peu, Beckett qui essayait de se faire une place, Les Epiphanies de Pichette qui avaient fait un boum..." Nicolas Bataille

"Je l’ai fait lire à certaines personnes que je connais dans le théâtre, qui m’ont dit que c’était injouable", se souvient, amusé, Nicolas Bataille. "Verts de trac", ils le présentent aux deux directeurs du théâtre des Noctambules : "Ils sont restés silencieux après. Je me suis dit que c’était un silence de consternation. Pas du tout, c’était un silence de réflexion, parce cette pièce faisait une heure. A cette époque-là, il fallait qu’un spectacle fasse deux heures, avec entracte et chocolat glacé."

Aujourd'hui, le théâtre de la Huchette continue aussi à jouer un rôle de découvreur de textes. Il donne toujours une troisième pièce issue du répertoire contemporain, parallèlement aux deux pièces de Ionesco, dont le public reste à 40% constitué de scolaires.