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Iran : Trump met KO les Européens dans le business

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Un drapeau iranien qui flotte au hublot d'un Airbus, un symbole de l'ouverture économique entre l'Iran et l'Europe après l'accord sur le nucléaire signé en 2015
Un drapeau iranien qui flotte au hublot d'un Airbus, un symbole de l'ouverture économique entre l'Iran et l'Europe après l'accord sur le nucléaire signé en 2015
© AFP - Fatemeh Bahrami / ANADOLU AGENCY

Pour contourner les sanctions économiques américaines contre l’Iran, les Européens ont créé un outil commercial dédié. Six mois après son lancement, c’est un fiasco.

C’est une structure fantôme. Créé conjointement en janvier dernier par Paris, Londres et Berlin, INSTEX, acronyme anglais qui signifie Instrument in Support of Trade Exchanges, est une coquille vide. Aucune transaction commerciale n’a été réalisée entre l’Iran et les pays européens ! Pour l’avocat d’affaires franco-iranien Ardavan Amir-Aslani, "l’Europe a perdu la bataille de la souveraineté face aux Américains" sur ce dossier commercial. Pourtant, l’objectif d’INSTEX est clairement affiché. Il s’agit de contourner les nouvelles sanctions américaines et d’essayer de maintenir un flux commercial avec l’Iran. 

INSTEX, un outil pour faire du troc

A Paris, le bureau d'INSTEX est installé au ministère de l’Economie et des Finances à Bercy. Per Fischer, un banquier allemand, est à sa tête.

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Le principe de cet outil commercial, qui fonctionne comme une chambre de compensation, consiste à échanger des produits iraniens contre des marchandises européennes. 

Les deux secteurs retenus sont les médicaments et l’agroalimentaire. Le pétrole n’est pas concerné par I’INSTEX.

Comment expliquer ce retard à l’allumage ? Côté iranien, il y a eu quelques lenteurs administratives pour créer la société miroir d’INSTEX, baptisée SATEMA. 

Les Européens ont aussi soulevé un problème épineux : SATEMA n’est pas aux normes internationales relatives au blanchiment et au financement d’activités terroristes

La banque centrale iranienne, qui doit intervenir dans les échanges dans le cadre d’INSTEX, figure depuis novembre 2018 sur la liste noire américaine. 

Les statuts d'Instex avec son capital de 3000 euros
Les statuts d'Instex avec son capital de 3000 euros
© Radio France - DR

L’échec à ce jour d’INSTEX s’explique aussi par le manque de volonté politique des Européens.

"Les grandes sociétés européennes ont peur de perdre le marché américain"__, explique Mehdi Miremadi, président de la Chambre de commerce et d’industrie franco-iranienne. "Elles ont abandonné leurs partenaires iraniens. Elles ne répondent plus aux mails, au téléphone ou aux courriers !"

La Maison-Blanche a clairement fait savoir que l’administration américaine était opposée à tout commerce avec l’Iran, y compris dans le cadre d’INSTEX.

Même pour échanger des médicaments ou des équipements hospitaliers, les sociétés européennes sont tétanisées et préfèrent se plier aux règles commerciales imposées par Washington.

Entre l'Iran et l'Europe, le commerce est en berne

En ce qui concerne la France, tous les projets d’investissements en Iran sont aujourd'hui gelés et les grands groupes comme Peugeot, Renault, Total, Vinci ou encore Veolia ont plié bagages.

Après l’accord sur le nucléaire du 14 juillet 2015, Airbus avait signé un contrat pour 100 appareils avec l’Iran. 

"Seuls trois d’entre eux ont été livrés – deux A330 et un A320 - en 2017, constate un porte-parole de la compagnie aérienne. Il n’y a plus eu de livraison depuis. Le contrat est gelé et les appareils n’ont pas été mis en production, mais figurent toujours dans le carnet de commandes."

Anticipant les nouvelles sanctions américaines, les Iraniens ont constitué un important stock de pièces détachées, même si Airbus affirme toujours assurer la maintenance des appareils vendus.

Plus généralement, le commerce entre la France et l’Iran s’est effondré de plus de 60% en un an

Donald Trump veut mettre à genou l'économie iranienne. Photo : le 9 septembre 2015, lors d'un rassemblement du Tea Party, à Washington, contre l'accord sur le nucléaire avec l'Iran.
Donald Trump veut mettre à genou l'économie iranienne. Photo : le 9 septembre 2015, lors d'un rassemblement du Tea Party, à Washington, contre l'accord sur le nucléaire avec l'Iran.
© Getty - Linda Davidson/The Washington Post

Les Iraniens sont amers

Selon les chiffres du service économique de l’ambassade de France à Téhéran, les exportations françaises vers l’Iran sont passées de 241,2 millions d’euros à 90,6 millions d’euros entre mars 2018 et mars 2019.

Quant aux importations, elles ont été ramenées de 563,2 millions d’euros à 13,7 millions d’euros, soit une chute de plus de 97% sur la même période. Les importations de pétrole brut tombant mêmes à zéro !

Evidemment, les Iraniens sont amers. Ils comptaient sur l’Europe, et notamment la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, pour atténuer les sanctions américaines. 

Le commerce entre la République islamique et l’UE est revenu au niveau d’avant l’accord sur le nucléaire. "C’est morne plaine", regrette-t-on au MEDEF.

Le guide suprême Ali Khamenei appelle les Iraniens à faire preuve de "patience héroïque" face aux sanctions américaines.
Le guide suprême Ali Khamenei appelle les Iraniens à faire preuve de "patience héroïque" face aux sanctions américaines.
© AFP - Eid al-Fitr

L'Iran est devenu un pays pestiféré, comme au temps du sulfureux Mahmoud Ahmadinejad. Isolé commercialement, le pays est aujourd'hui contraint de revenir à une économie de contrebande et de faire le dos rond. 

Face aux pressions américaines, le guide suprême Ali Khamenei a appelé les Iraniens à faire preuve d’une "patience héroïque". 

De leur côté, les Européens ont abdiqué face au bâton que Donald Trump sait parfaitement manier !

Infographie publiée en février 2019
Infographie publiée en février 2019
© Visactu