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Irresponsable indécence et maniérisme porno chic

Par
The Last Face
The Last Face
- Kelly Walsh

Les projections. Deux films emblématiques de la mondialisation du cinéma : "The Neon Demon", du Danois Nicols Winding Refn à LA, et "The last face" de l'Américain Sean Penn en Afrique. La compétition se maintenait pour l'instant à un bon, voire un très bon niveau. Elle accuse tout à coup un sérieux coup de mou...

Chronique Antoine Guillot Festival de Cannes 2016

1 min

Roucouler au milieu des cadavres

Et c'est peu de le dire ! En juin 1961, dans les Cahiers du Cinéma, Jacques Rivette, disparu il y a peu, écrivait à propos du film "Kapo" de Gillo Pontecorvo un texte fondateur pour la critique cinématographique. Il s'appelait "De l'abjection", et posait les bases d'une morale cinématographique dans la façon de représenter l'horreur, en l'occurrence celle des camps de concentration. On pourrait le reprendre mot pour mot pour parler du nouveau film de Sean Penn, par exemple : "Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est difficile, lorsqu’on entreprend un film sur un tel sujet [les guerres civiles en Afrique], de ne pas se poser certaines questions préalables ; mais tout se passe comme si, par incohérence, sottises ou lâcheté, [Sean Penn] avait résolument négligé de se les poser." En choisissant de situer dans le Darfour, le Liberia et le Sierra Leone des années 2003 à 2016 une romance passionnelle entre deux médecins humanitaires (la toujours glamour, quelques soient les circonstances, Charlize Theron, et le nonchalant ténébreux Javier Bardem), Sean Penn fait preuve d'une irresponsable indécence. On ne nous épargne rien de la représentation complaisante des enfants en pleurs, plaies béantes et cadavres empilés, les victimes ne sont que les figurants, sans identité ni dignité, d'une histoire ridicule entre blancs bien-pensants. Il y eut le travelling de "Kapo", il y a aujourd'hui les ralentis de "The Last Face". Rivette assurait Pontecorvo de son plus profond mépris. Les temps ont changé : Sean Penn n'a eu droit, en projection de presse, qu'à des ricanements affligés.

"The Neon Demon"
"The Neon Demon"
- Gunther Campine

Belle à croquer

A côté, "The Neon Demon" est un chef-d’œuvre ! Mais tout de même... Echo pop au film d'Olivier Assayas présenté il y a 3 jours, ce film d'horreur hyperstylisé et maniériste dans le milieu de la mode, à l'esthétique porno chic datée (comme du Jean Rollin photographié par un Helmut Newton plagiant Dario Argento), se veut une réflexion sur la beauté, rien de moins, avec cette histoire d'une jeune fille belle à croquer qui va se faire littéralement manger toute crue par le milieu du mannequinat. Le film est par moment tellement bêbête qu'il en est très rigolo. C'est déjà ça de pris...

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