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"Isol'en Paille" : le retour en force des isolants biosourcés dans le bâtiment

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Ghislain Moret directeur et associé d'Isol'en paille tient une botte de 22 au standard de la construction
Ghislain Moret directeur et associé d'Isol'en paille tient une botte de 22 au standard de la construction
© Radio France - Annabelle Grelier

Pour accélérer la décarbonation du BTP, l'entreprise angevine industrialise des bottes de paille adaptées aux contraintes du secteur. Les bottes sortent au format standardisé pour la construction à ossature bois, ce qui permet de fournir une solution complète d’isolation biosourcée prête à l’emploi.

La paille a depuis longtemps fait ses preuves dans la construction. Que ce soit sous forme de fibres pour le torchis isolant ou sous la forme de ballots pour réaliser des structures porteuses, solution initiée aux États-Unis dès le XIXe siècle selon la méthode dite "Nebraska".

Mais à l’ère industrielle, la paille n’a plus la cote. Pour l’isolation, on lui préfère la laine de verre et le polystyrène.

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Ce n’est qu’au début des années 2000 que des architectes s’y intéressent à nouveau pour des raisons écologiques et travaillent à la mise en place d’une réglementation spécifique pour en faire "une technique courante de construction".

Depuis 2012, la construction professionnelle en paille est encadrée, admissible par les barèmes standards de la garantie décennale et donc couverte par l'assurance dommages-ouvrage.

Chantier d'isolation en paille dans un mur à ossature bois
Chantier d'isolation en paille dans un mur à ossature bois
- Isol'en Paille

Elle est également référencée en annexe de la Réglementation Thermique 2012 pour revenir en force dans la Réglementation Environnemental 2020 en vigueur depuis le 1er janvier dernier. Cette nouvelle réglementation amorce une révolution dans le secteur du bâtiment, en renforçant ses performances énergétiques, en limitant ses émissions carbone et en encourageant une construction plus frugale.

Face à l’urgence climatique, tous les matériaux biosourcés comme le bois, la paille, le chanvre, la ouate de cellulose ou encore la laine de mouton possèdent de nombreux atouts : une très longue durée de vie, une capacité à stocker du carbone et, simultanément, une diminution de la consommation d’énergie à l’usage. Leur impact sur le bilan carbone des bâtiments est effectif dès la construction.

La massification de l’usage des matériaux de construction biosourcés représente donc un enjeu majeur de la transition écologique.

Le retour en grâce de la paille

La pandémie de Covid et la guerre en Ukraine, en mettant la pression sur les prix de l’énergie et en causant des risques de ruptures des chaînes d’approvisionnement, ont fait s’envoler les coûts des matériaux conventionnels.

Un contexte qui ne peut que profiter à la paille dans la construction. Matière naturelle et abondante partout sur le territoire, elle n’a pas besoin d’être chauffée pour être transformée ni transportée à l’autre bout du monde.

Nicolaas Oudhof et Ghislain Moret ont lancé l'industrialisation des bottes de paille pour la construction en 2021 en Anjou
Nicolaas Oudhof et Ghislain Moret ont lancé l'industrialisation des bottes de paille pour la construction en 2021 en Anjou
- Isol'en Paille

Dans un grand hangar agricole à Lys-Haut-Layon, près d’Angers, Nicolaas Oudhof et Ghislain Moret ont installé une ligne de bottelage qui transforme les balles de paille paysannes en bottes de 22 et 36 cm. La taille n’a pas été choisie au hasard, elle correspond aux standards du bâtiment et notamment au format de remplissage des murs à ossature-bois.

"Il n’y a pas de transformation, pas de produits chimiques, pas de colle, rien qu’une ficelle pour lier cette paille que nous fournissent les agriculteurs de la région installés dans les 30 kilomètres de notre usine", annonce très simplement Ghislain Moret, l’un des associés d’Isol’en Paille. De l’industrie "low tech" résume-t-il.

Il fallait en effet pour faire passer la paille du champ au chantier, une phase d’industrialisation qui bien qu’assez simple demande à être développée en France.

Reportage à Lys-Haut-Layon, près d’Angers, signé Annabelle Grelier

3 min

Dimitri, employé chez Isol'en Paille sur la ligne de botteleuse
Dimitri, employé chez Isol'en Paille sur la ligne de botteleuse
© Radio France - Annabelle Grelier

Les "briques de paille" ainsi produites sont prêtes à l’emploi ce qui rend leur utilisation plus rapide et plus simple. Et dans la construction, le gain de temps est un facteur important.

Au-delà des aspects pratiques, les performances de la paille dans l’isolation des bâtiments convainc aujourd’hui de plus en plus les collectivités locales. Très isolante, la paille permet de réduire considérablement le montant des factures énergétiques.

Elle ne rejette par ailleurs quasiment aucun composé chimique volatil, ce qui en fait un matériau de choix pour des bâtiments sains accueillant du public sensible, comme les crèches, les écoles ou encore les Ehpad.

Si la paille en vrac brûle très facilement, il a en revanche été prouvé que la paille compressée sous forme de brique possède une excellente résistance au feu. Il n’y a pas assez d’oxygène entre les brins pour que la combustion puisse avoir lieu estiment les spécialistes et une fois enduite de terre crue ou de chaux, elle ne craint ni l’humidité, ni les rongeurs, ni les insectes.

La France est le premier producteur européen avec plus de 20 millions de tonnes annuelles, en raison de l’abondance de la ressource et de sa durabilité, elle est aujourd’hui de plus en plus citée comme matériaux de prédilection pour isoler les quelque 5 millions de passoires thermiques dénombrées dans l’hexagone.

Chantier d'isolation en paille par l'intérieur
Chantier d'isolation en paille par l'intérieur
- Isol'en Paille

La jeune entreprise du Maine-et-Loire créée il y a tout juste 18 mois, a démarré sur les chapeaux de roues, tant la demande s’accélère, assure Ghislain Moret. "En 2021, nous avons transformé environ 60 tonnes de paille, pour produire environ 18 000m² d’isolation. La France consomme 230 000 000m² d’isolants carbonés par an… beau challenge !"

"Pour autant pas question de devenir une gigafactory en Anjou", nous explique-t-il. Isol’en Paille envisage plutôt un développement de nombreuses petites structures qui mailleraient le territoire. Pour accélérer la lutte contre le réchauffement climatique à travers l’isolation biosourcée, les deux chefs d’entreprises comptent ouvrir des ateliers à taille humaine partout en France. Des projets d’ouverture sont déjà prévus en Bretagne. "D’ici dix ans, il y en aura dans chaque département comme c’est le cas aujourd’hui pour la production de béton", avancent-ils.

La filière des matériaux biosourcés a en effet été identifiée par le ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, comme l’une des 18 filières vertes ayant un potentiel de développement économique élevé pour l’avenir.

Les matériaux biosourcés représentent désormais 10 % du marché de l'isolation en France. Une part qui pourrait doubler d'ici cinq ans, selon l’AICB, l’association des industriels de la construction biosourcée. Sur l'année 2020, 27 millions de m2 d'isolants biosourcés ont été installés, soit l'équivalent de 84 000 maisons individuelles isolées "totalement" avec ces produits. Aujourd'hui synonyme d'architecture vertueuse, sobre ou passive, la paille est aussi durable. Le plus ancien bâtiment à ossature-bois et isolation paille a déjà plus d’un siècle. Construite par un ingénieur français, Émile Feuillette, en 1920, à Montargis dans le Loiret, la bâtisse est toujours débout.

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