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Israël-Palestine : vingt ans à l’ombre du mur

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Un soldat israélien pointe sur fusil d’assaut sur un Palestinien à Huwara, en Cisjordanie, où des heurts opposent encore colons et habitants palestiniens.
Un soldat israélien pointe sur fusil d’assaut sur un Palestinien à Huwara, en Cisjordanie, où des heurts opposent encore colons et habitants palestiniens.
© AFP - Oren Ziv

En 2002, le Premier ministre de l’époque, Ariel Sharon, décidait la construction d’un mur de séparation entre Israël et la Cisjordanie occupée pour se prémunir contre des attaques terroristes. Vingt ans plus tard, le mur est quasiment achevé.

Long de 712 km, le mur de séparation décidé par Ariel Sharon en 2002 est achevé à 65 %, selon les estimations de l’ONG française Première Urgence. Il avait été imaginé par Israël pour mettre fin aux infiltrations et aux attentats-suicides palestiniens. Si ce type d’attaques a quasiment cessé, l’État hébreu est confronté à d’autres risques sécuritaires, venant des Arabes israéliens et de la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas.

D’un point de vue du droit international, cet édifice sécuritaire est problématique car il n’a pas été construit sur la ligne verte de 1967, encore moins en territoire israélien mais en Cisjordanie occupée. Il a de facto permis ainsi à Israël de récupérer de manière unilatérale environ 10 % de ce territoire palestinien. Au fil des ans, il a amplifié la fragmentation de la Cisjordanie, devenue une "peau de Léopard".

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Plusieurs ONG internationales, comme Amnesty International ou Human Rights Watch (HRW), dénoncent une dynamique d’apartheid. "Le mur est une catastrophe pour les fermiers palestiniens qui ont énormément de difficulté à accéder à leur champs, constate Anthony Dutemple, chef de mission de Première Urgence en Palestine. Pour cela, ils doivent obtenir des permis des autorités israéliennes."

Le mur n’est pas une frontière politique, mais une barrière qui asphyxie l’économie palestinienne, d’autant plus que la colonisation juive en Cisjordanie occupée prospère. "Ces dernières années, on a vu l’explosion exponentielle du nombre de colonies illégales, poursuit Anthony Dutemple. On évoque le chiffre de plus de 250 colonies, avec aussi beaucoup d’avant-postes qui sont légalisés a posteriori par les autorités israéliennes."

"Prison à ciel ouvert"

Sur le terrain, la séparation physique entre colons et Palestiniens devient réalité. "Les colons disposent de leurs propres routes, ajoute Anthony Dutemple. Ils ont aussi leur propre système légal, qui ne s’applique pas aux Palestiniens. Toutes les ressources en eau sont accaparées par l’occupation."

En 2022, "il y a eu un nombre record d’attaques physiques de colons juifs contre des Palestiniens, constate Anthony Dutemple. On sent de plus en plus un climat d’intimidation."

L’autre territoire palestinien, la bande de Gaza, fait figure de "prison à ciel ouvert", selon expression de HWR. Depuis 2007, Israël impose un blocus à toute la population, évaluée à 2 millions de personnes.

"La plupart des gens, de moins de 30 ans, n’ont jamais quitté le territoire, souligne Abeer al-Masri de HRW. Depuis 2018, le point de passage avec l’Égypte est rouvert périodiquement, cinq jours par semaine. Mais les autorités égyptiennes imposent aussi certaines restrictions. Les bagages sont examinés au travers d’un processus de sécurité très compliqué. Il faut s’enregistrer sur des listes d’attente. Ceux qui en ont les moyens paient pour éviter une longue attente."

Le mur de séparation entre Israël et les territoires palestiniens, en construction depuis 2004, traverse le camp Aida, à Bethléem.
Le mur de séparation entre Israël et les territoires palestiniens, en construction depuis 2004, traverse le camp Aida, à Bethléem.
© AFP - Virginie Haffner/Hans Lucas

Israël contrôle aussi la mer. Les pêcheurs de Gaza n’ont pas le droit d’aller poser leurs filets au-delà de 12 miles nautiques, alors que les accords prévoyaient 20 miles nautiques. "Cette situation d’enfermement impacte la vie personnelle et professionnelle des gens ainsi que leur équilibre psychologique, constate Abeer al-Masri. Et malgré cela, les jeunes sont avides d’apprendre, certains pourraient étudier à l’étranger mais ils ne peuvent pas voyager. Bref, ils n’ont pas d’avenir."

Dans la bade de Gaza, tout est compliqué pour les gens : avoir de l’électricité et de l’eau potable, circuler, étudier, etc. C’est un combat quotidien. "Israël accorde des permis de travail aux habitants de Gaza, mais ce n’est pas la solution, explique Abeer al-Masri. C’est de l’aspirine ! La seule chose dont nous avons besoin c’est d’ouvrir Gaza. Israël dit que le blocus c’est pour sa sécurité. Mais il pourrait cibler les interdictions de pénétrer en territoire israélien et non pas punir toute la population."

Le blocus de Gaza n’a pas réglé le problème sécuritaire d’Israël. Le Hamas, avec l’aide de l’Iran et du Hezbollah libanais, a sophistiqué son armement et notamment ses missiles et roquettes qui ont aujourd’hui une portée de 200 km. La population, elle, survit comme elle peut.