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Italie : cinq questions sur le mouvement cinq étoiles

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Rencontre citoyenne autour du mouvement 5 étoiles à Bologne, en février 2016
Rencontre citoyenne autour du mouvement 5 étoiles à Bologne, en février 2016
© Maxppp - Massimo Paolone / LaPresse

Ce mouvement anti partis créé il y a 7 ans, et déjà deuxième force politique du pays, vient de s'emparer de Rome, avec la victoire historique de Virginia Raggi, mais aussi de Turin, bastion du centre gauche. D’où vient son nom ? Qui l'a lancé et l'anime ? Avec quelles idées ? Et pour quelle portée ?

1/ Pourquoi cinq étoiles ?

Ces Cinque Stelle (M5S) correspondent à cinq grandes idées, objectifs de départ du programme de ce mouvement officiellement né fin 2009 après des réflexions en ligne amorcées en 2005.
Il s'agit de l'eau publique, du zéro déchets, via le tri, la réutilisation et le recyclage, des énergies renouvelables, de la mobilité durable et de la connectivité, via du wi-fi libre et gratuit.

2/ Qui sont ses deux fondateurs ?

- Beppe Grillo est le plus célèbre. Né en 1948, ce diplômé en comptabilité devenu humoriste, comédien et agitateur d'idées, a initié le mouvement 5 étoiles sur son très influent blog, puis à partir du service en ligne des "Meetup" qui a engendré des listes civiques dans toute l'Italie. Célèbre pour ses jeux de mots mais aussi ses dérapages, ce Génois a aussi lancé le « V-Day » pour Vaffanculo (« va te faire foutre ») en 2007. Il rassemblera 350.000 signatures à cette occasion en vue d'un référendum qui limiterait à deux législatures le mandat des parlementaires. Qualifié de populiste 2.0, il a été comparé à Coluche, avec qui il a joué en 1985 dans "Le Fou de guerre", de Dino Risi, comme à Pierre Poujade. Il n'a jamais été élu car le M5S interdit les candidats avec casier judiciaire, or Grillo a été condamné en 1980 pour homicide involontaire après un accident de voiture. Et il n'est plus sur le devant de la scène du mouvement mais bientôt à nouveau sur les planches des salles de spectacle.

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Gianroberto Casaleggio (à gche) et Beppe Grillo en mai 2014 à Rome
Gianroberto Casaleggio (à gche) et Beppe Grillo en mai 2014 à Rome
© Maxppp - Fabio Frustaci / Eidon

- Gianroberto Casaleggio était l'éditeur du blog de Grillo, qu'il a laissé en héritage à son fils David. Mort en avril dernier à 61 ans, ce Milanais est considéré comme l'idéologue, le stratège, voire le "gourou" de Cinq étoiles. Un homme de l'ombre archi convaincu de la force du web et de la démocratie directe en ligne qui aurait aussi orchestré le mouvement de manière autoritaire. « Je suis fier d'être populiste », disait cet ancien dirigeant d'une société de conseil en informatique. Mais aussi : « Nous sommes fous pour la démocratie. »

3/ Qui sont ses autres têtes d’affiches ?

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- Virginia Raggi vient de devenir la première femme maire de la capitale italienne avec 67% des suffrages exprimés. Cette avocate de 37 ans spécialiste de la propriété intellectuelle était pourtant une totale inconnue il y a encore quelques mois, y compris à Rome. C'est la naissance de son fils Matteo qui a convaincue cette Romaine qu'elle ne pouvait rester sans rien faire face à l'état de dégradation de la ville, a-t-elle raconté dans un entretien avec l'AFP. Une "grilliste" qui se dit avant tout normale. Écoutez son portrait par notre correspondante, Mathilde Imberty :

Qui est Virginia Raggi ? La candidate du "mouvement 5 étoiles" qui s'estime citoyenne normalissima

1 min

Virginia Raggi, à Rome, le 17 juin 2016
Virginia Raggi, à Rome, le 17 juin 2016
© Maxppp - Roberto Monaldo / LaPresse

A Turin, quatrième ville d'Italie, une autre trentenaire 5 étoiles a créé la surprise : Chiara Appendino. Celle qui a jadis signé une thèse de marketing sur les stratégies d'entrée sur le marché chinois a empêché le centre gauche d'emporter la ville au 1er tour pour la première fois depuis quinze ans.

Et le maire sortant, Piero Fassino, un poids lourd du Parti démocrate, a été balayé par la candidate du M5S, élue au second tour avec 55% des suffrages, alors qu'elle comptait 11 points de retard jusque là.

Mais pour la première fois il y quelques jours le mouvement a dû affronter ce qu'il condamne chez les autres. Le maire de Livourne (la ville la plus importante dirigée par le M5S après Parme), Filippo Nogarin, a annoncé sur Facebook sa mise en examen pour banqueroute frauduleuse d’une société de ramassage d’ordures gérée par la ville.

4/ Quel est le programme du mouvement 5 étoiles ?

Le rejet des partis politiques classiques et l'honnêteté de ses membres sont les préalables fondamentaux de ce mouvement anti système.
Avec des mesures proposées très variées : mise en place d'un revenu minimum, référendum pour sortir de l'euro, mesures strictes contre la corruption, mesures de relance pour les petites et moyennes entreprises, limitation des mandats électoraux, réduction des salaires des hommes politiques et des financements aux partis et à la presse, ou internet gratuit pour tous.

Des analystes y ont vu au départ des parallèles avec les Pirates allemands et suédois, en particulier sa mise en avant d'une "démocratie liquide". En revanche, certaines prises de position, comme récemment ne pas avoir soutenu l'union civile pour les gays, l'éloignent de Podemos en Espagne ou de Siriza en Grèce.

Écouter > Ré-enchanter le politique 1/4 : 5 étoiles, Podemos, AFD : Changer la donne

Pour Marc Lazar, spécialiste de l'Italie et de la gauche socialiste et sociale-démocrate en Europe occidentale, c'est "un mouvement très composite très difficile à classer. Car il a une composante de gauche classique avec un certain nombre de revendications du type augmentation des salaires minimums, et des propositions sur l'immigration qui confinent à la droite la plus extrême. Et c'est bien la raison de ce succès, car il mobilise une partie de l'électorat de droite, une partie de l'électorat de gauche, et des abstentionnistes. Et il canalise un peu toutes les protestations actuelles". Marc Lazar répond à Lauren Muyumba :

Marc Lazar : "Le mouvement 5 étoiles est un mouvement très composite qui est très difficile à classer"

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Écouter > L'Italie, avec Marc Lazar

5/ Avec quels résultats ?

Son entrée en scène en 2013 se solde par une réussite écrasante : environ un quart des voix aux élections nationales, soit 163 parlementaires. Aujourd'hui, dans les sondages, Cinq étoiles demeure la deuxième force politique du pays derrière le Parti démocrate (PD, centre gauche) du chef du gouvernement Matteo Renzi. Et il n'est plus question de "bulle" du Cinque Stelle. Mais il semble plafonner et peine parfois à recruter : il n'a présenté des candidats que dans 18% des 1 368 communes concernées par les municipales.

Il faut dire que le mouvement a notamment été agité ces dernières semaines par des règlements de comptes, en particulier à Rome. Les candidats auraient dû signer un contrat en dix points, dont l'engagement à pas porter préjudice aux Cinque Stelle sous peine de 150 000 euros d'amende !

Italie : résultats du second tour des élections municipales de juin 2016
Italie : résultats du second tour des élections municipales de juin 2016
© Radio France - VisaActu

Reste que les résultats du premier tour ont confirmé l'érosion des scores de partis traditionnels avec un mouvement cinq étoiles historiquement en tête. Correspondance de Mathilde Imberty, dans notre journal de 12h30 :

Le parti démocrate italien contraint au ballottage dans les plus grandes villes du pays

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Résultats largement confirmés le 19 juin, même si la capitale économique, Milan, a résisté. Correspondance de Mathilde Imberty :

Soirée de triomphe à Rome et à Turin pour le Mouvement 5 étoiles, alors que Milan reste au Parti démocrate

1 min

Pour le chef du gouvernement Matteo Renzi (PD, centre gauche), ces élections locales sont un camouflet, mais elles restent une étape avant le référendum constitutionnel d'octobre prochain qui fera office de vote couperet. Pas question donc pour l'instant de faire évoluer son équipe.

Écouter > La revue de presse internationale : Anti-système et populiste

Lire > La carte des "partis mouvementistes" : que sont les indignés devenus ?