Jack London, auteur intrépide

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Jack London, écrire le Grand Nord

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Alors que la pandémie restreint notre possibilité de voyager et notre accès à la nature, plongeons ou replongeons dans l'univers de Jack London, écrivain prolixe aux mille vies, qui mieux que personne a su décrire la beauté et l'esprit sauvage des grands espaces dont nous somme privés aujourd'hui.

Aventurier, marin, chercheur d’or, correspondant de guerre, militant révolutionnaire... Jack London est l’écrivain des grands espaces, de la mer et du Grand Nord. Il décrit comme personne le combat de l’homme et de la bête contre la nature sauvage. Voici comment un pauvre fermier a fait voyager des millions de lecteurs.  

À réécouter : Jack London, le " météore superbe"

Jack London naît en 1876 dans une famille pauvre près de San Francisco. Il aide à la ferme familiale avant de travailler à l’usine à 13 ans, puis passe son adolescence à enchaîner les petits boulots exténuants et ne songe qu’à une chose s'extirper de sa condition. Ce qu’il parvient à faire en s’évadant dans ses lectures.  

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À 17 ans, il devient mousse sur un bateau de chasseurs de phoques au Japon. De sa première aventure marine, il écrit une nouvelle, gagne un concours et n’a plus qu’une idée en tête : écrire et parcourir le monde
deux passions qui lui permettent de s'évader.

Jack London dans sa tenue de marin à 17 ans
Jack London dans sa tenue de marin à 17 ans
© Getty

Acharné de travail, il écrit des centaines de nouvelles, s’entraîne, travaille son style et s'oblige à écrire tous les jours de sa vie. Il essuie des dizaines de refus mais continue sa vie à 100 à l’heure.  

À 18 ans, il parcourt les États-Unis à pied avec une armée de chômeurs et fait un mois de prison pour vagabondage.  

À 20 ans, il rattrape son retard scolaire, lit Charles Darwin, Karl Marx et entre à l’université de Berkeley. Mais il doit arrêter ses études six mois plus tard faute de moyens.  

À 21 ans, sa vie bascule à cause d’une rumeur : on a trouvé de l’or dans l’extrême nord-ouest du Canada !  

La ruée vers l'or en route pour le Klondike,1897
La ruée vers l'or en route pour le Klondike,1897
© Getty

Jack London et 100 000 hommes traversent mers et montagnes pour s'arrêter à 100 km du cercle polaire. La force de la nature, ces paysages immenses et sauvages, vont marquer London à tout jamais :

C’est au Klondike que je me suis découvert moi-même. Là personne ne parle. Chacun prend sa véritable perspective. J’ai trouvé la mienne.                          
Jack London, 1913

Un an plus tard, il revient à San Francisco avec seulement 4,50$ de poussière d’or. S’il n’a pas fait fortune, il a trouvé la porte d’entrée de sa carrière d'écrivain :

Quand l’aurore boréale brillait froide et calme au firmament, que les étoiles scintillaient avec la gelée, et que la terre demeurait engourdie et glacée sous son linceul de neige, ce chant morne, lugubre (...) était la plainte immémoriale de la vie même, avec ses terreurs et ses mystères.                          
Extrait de L’Appel de la forêt (1903)

La nature est une puissance brute, une force destructrice et créative qui le fascine, le passionne. Pour London, écrire c’est maîtriser cette force :

Travail, travail tout le temps. Découvrez cette terre, cet univers, cette force et cette matière et l’esprit qui scintille à travers cette force et de cette matière depuis la larve jusqu’à l’esprit divin.                          
Jack London 1915

À 24 ans , il enchaîne les premiers succès littéraires : L’Appel de la forêt (1903) ; Le Loup des mers (1904) ; Croc-Blanc (1906).  

La nature sauvage est au cœur des écrits de Jack London
La nature sauvage est au cœur des écrits de Jack London
© Getty

Sa façon de décrire la nature, avec réalisme et authenticité est la même que pour décrire les hommes. Il peint la réalité tragique des classes laborieuses dans ses romans comme le visionnaire Talon de fer (1908).
Militant révolutionnaire, il se définit lui-même comme "écrivain du prolétariat"  

Dans ses écrits, il n’aura de cesse de montrer comme l’homme est aussi sauvage que la nature peut l’être. Il fait sienne la doctrine selon laquelle "l'homme est un loup pour l’homme".  

À 28 ans, il est correspondant de guerre en Corée et décide deux ans plus tard de construire un bateau pour faire un tour du monde de sept ans. À bord, il continue à écrire tous les jours mais les catastrophes s’enchaînent, Jack london est malade et le tour du monde est écourté. À son retour, il publie un de ses chefs-d’œuvres en grande partie autobiographique Martin Eden (1909). 

Jack London n’a jamais cessé d'écrire : des centaines de nouvelles, près de 50 romans, des grands reportages, des pièces de théâtre, des poèmes, des essais politiques, etc.  

Il meurt à 40 ans d’une surdose de médicaments sans que l’on sache vraiment s’il s’agissait d’un suicide

L'aventure n'est pas morte. Je le sais car je viens d'avoir avec elle une longue et intime relation.                    
Jack London, 1911

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