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Jacques Chirac, 65e député honoré d'une plaque dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale

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 Le président de l'Assemblée, Richard Ferrand, et les descendants de Georges Clemenceau dévoilent une plaque à la mémoire de l'ancien Premier ministre Georges Clemenceau dans l'hémicycle (2018)
Le président de l'Assemblée, Richard Ferrand, et les descendants de Georges Clemenceau dévoilent une plaque à la mémoire de l'ancien Premier ministre Georges Clemenceau dans l'hémicycle (2018)
© AFP - Thomas Samson

Entretien. Près d'un an après la mort de Jacques Chirac, une plaque est apposée ce 23 septembre en l'honneur de l'ancien Président sur le siège numéro 99, place qu'il occupait avant de rejoindre l'Elysée. L'hémicycle compte désormais 65 plaques commémoratives. Explications de l'historien Christophe Bellon.

Le Président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, dévoile ce mercredi 23 septembre une plaque en l'honneur de Jacques Chirac sur le siège numéro 99 de l'hémicycle. Une place qu'a longtemps occupée l'ancien président de la République, mort il y a près d'un an. Entretien avec Christophe Bellon, maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université catholique de Lille et chercheur au centre d'histoire de Sciences Po Paris, spécialiste de l'histoire politique de la France du XXe siècle et dont les travaux portent notamment sur l'étude du Parlement.

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A qui sont dédiées les 65 plaques de l’hémicycle de l’Assemblée nationale ?

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Depuis une décision de 1920, quelques années après la fin du premier conflit mondial, on a décidé d’honorer par le dépôt d’une plaque commémorative, la mémoire des députés morts pour la France. Cela a d’abord concerné ceux de la Première Guerre mondiale, puis, dans un deuxième temps, ceux des députés morts pour la France lors du deuxième conflit mondial. A partir de la fin du XXe siècle, autour de 1994, on a décidé d’élargir le groupe des députés à honorer et de le faire pour les chefs d’Etat, les chefs de gouvernement, les Présidents de l’Assemblée nationale, les vice-présidents, les présidents de commission. Et on a désormais très régulièrement l’occasion de voir des plaques commémoratives apposées dans l’hémicycle. 

Christophe Bellon, historien du monde politique et parlementaire
Christophe Bellon, historien du monde politique et parlementaire
© Radio France - Rosalie Lafarge

"A partir de la fin du XXe siècle, autour de 1994, on a décidé d’élargir le groupe des députés à honorer", explique Christophe Bellon

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Comment la décision d’honorer une personnalité par ce type de plaque est-elle prise ? 

C’est sur proposition du Président de l’Assemblée nationale. Il suggère, puis le Bureau de l’Assemblée décide. Le Bureau, c’est la plus haute autorité collégiale de l’Assemblée. Il comprend le Président, les six vice-présidents, les trois questeurs, et les secrétaires qui sont des députés. Il y a donc une vingtaine de personnes qui décident si on peut, ou on doit, poser cette plaque. Il arrive que des noms soient proposés et que le Bureau ne les retienne pas. Mais ce nom peut ensuite être donné à une pièce de l’Assemblée. C’est arrivé récemment : le cinquième bureau de l’Assemblée a reçu le nom d’un parlementaire assez connu, Michel Crépeau, qui n’a pas eu sa plaque dans l’hémicycle. 

Quels sont les critères pour accepter ou refuser un nom suggéré par le Président de l’Assemblée ? 

En général, la carrière ministérielle est importante. Bien sûr, la carrière parlementaire domine. Mais il faut, en principe, avoir eu une activité ministérielle. Cela a été le cas de Philippe Séguin ou d’Edgar Faure par exemple, mais aussi de deux personnalités un peu moins connues. Marie-Madeleine Dienesch, deuxième femme ministre de la Ve République, a siégé très longtemps à l’Assemblée (ndlr : députée démocrate-chrétienne des Côtes-du-Nord de 1945 à 1981, soit la plus longue carrière féminine à l’Assemblée). C’est donc une grande parlementaire, mais elle a aussi eu une grande carrière ministérielle et on l’honore d’une plaque également pour cela. Le 29 mars 2017, on a honoré Jacques Barrot : il a été député pendant 37 ans, donc une longue carrière parlementaire, mais il a aussi été ministre à plusieurs reprises, et président de commission. 

Il faut généralement cocher un certain nombre de cases qui dépendent de la carrière parlementaire et de la carrière ministérielle. Et compte tenu de ces critères, la personnalité proposée est en général quelqu’un qui fait une forme d’unanimité. Sur les 65 plaques qui figurent aujourd’hui dans l’hémicycle, 45 sont consacrées aux députés morts pour la France. Il n’y a donc que 20 plaques de parlementaires qui ne rentrent pas dans cette catégorie. Sachant qu’il y a près de 600 députés par législature, 20 plaques, c’est somme toute assez relatif !

"La personnalité proposée est en général quelqu’un qui fait une forme d’unanimité", selon Christophe Bellon

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Les députés ont-ils le droit de suggérer des noms ? La France Insoumise avait, par exemple, réclamé une plaque pour Jean Jaurès (qui a été posée le 20 juin 2018). 

Les noms peuvent être suggérés, mais l’annonce officielle est faite à la demande du Président. Jean Jaurès, c’est Richard Ferrand qui, pour honorer le centenaire de la Première Guerre mondiale, a décidé, en accord avec le Bureau de l’Assemblée, d’apposer une plaque. Pour Jean Jaurès et pour Georges Clemenceau en même temps. 

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Comment choisit-on le siège sur lequel sera fixée la plaque commémorative ?

C’est très compliqué. En général, le choix est assez fictif, surtout pour les carrières très longues, comme c’est souvent le cas pour un parlementaire honoré. La place d’un parlementaire élu plusieurs fois peut changer d’une législature à l’autre. Ensuite, il arrive qu’en fonction du mode de scrutin, les groupes ne siègent plus au même endroit. Et puis, quand un parlementaire commence sa carrière, il siège en général en haut et au milieu de son groupe, puis, plus il a de l’expérience dans ses mandats, plus il descend et siège en bordure de travées. Il arrive parfois à descendre jusqu’en bas, derrière le banc du gouvernement. Par exemple, Jacques Chaban-Delmas, qui a présidé longtemps l’Assemblée nationale, a terminé sa carrière de député juste derrière le banc des ministres et la plaque qui a été posée pour honorer sa mémoire figure dans les premiers rangs des députés. Cela dépend de beaucoup de choses. En général, on reprend l’histoire des sièges occupés par le député à honorer et on retient la place qui n’a éventuellement pas déjà une autre plaque, et qui répond à un certain équilibre par rapport aux autres plaques déjà posées dans l’hémicycle. Il arrive quand même que certaines places aient plusieurs plaques apposées, car plusieurs personnalités y ont siégé. (Ndlr : trois sièges comportent en effet deux plaques, confirme l'Assemblée nationale).

"Le choix du siège est en général assez fictif", souligne Christophe Bellon

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Pendant près d’un demi-siècle après la Libération, aucune plaque n’a été apposée dans l’hémicycle. L’usage a repris à partir des années 1990. Comment expliquer cela ?

Le devoir de mémoire est assez fort en France. Il est vrai qu’il a connu une accélération dans les années 1980. Mais c’est aussi dû à la nature institutionnelle du régime. La Ve République est une République qui, dans ses premières années, est d’abord perçue comme ayant un exécutif prédominant le législatif, même si, naturellement, le Parlement est là. C’est certainement avec le temps des premières cohabitations et l’alternance que le Parlement, comme ceux qui l’ont représenté, entrent dans les commémorations. Dans ce cadre-là, en effet, au milieu des années 1980, on voit poindre à nouveau toute une série de commémorations de grands parlementaires. 

Certains Présidents de l’Assemblée nationale ont-ils été plus ou moins sensibles que les autres à cette démarche mémorielle ?

L’actuel, Richard Ferrand, y est très sensible. Depuis son élection au perchoir, les commémorations de ce type se multiplient. Mais d’autres Présidents ont eu un grand rôle dans la commémoration historique de l’institution, pas uniquement à travers des plaques commémoratives. Je pense notamment à Jean-Louis Debré qui a présidé l’Assemblée et qui a créé à l’époque une mission historique assez poussée. Avant lui, Laurent Fabius avait beaucoup œuvré en la matière, tout comme Philippe Séguin

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Sur les 65 plaques que compte désormais l’hémicycle, seules trois sont attribuées à des femmes, Rachel Lempereur, Marie-Madeleine Dienesch et Marie-Claude Vaillant-Couturier. Ce déséquilibre s’explique par l’arrivée tardive des femmes à des postes politiques d’importance ? 

En effet, quand on étudie les années 1970 et 1980, les femmes arrivent tardivement dans la vie politique et par définition font des carrières moins longues. C’est moins vrai désormais. Mais étant entrées dans les carrières ministérielles plus tard, elles n’ont pas encore l’âge d’être honorées si je puis dire. Elles le seront après leur mort. C’est vrai que pour l’instant, il y a un vrai déséquilibre sur le plan de la parité. 

Dans la mesure où les carrières politiques de toute une vie sont moins nombreuses aujourd’hui, peut-on penser que Jacques Chirac est l’un des derniers à recevoir cet honneur ? 

Tout dépendra de l’activité du Président de l’Assemblée, s’il souhaite ou non poursuivre cet effort. Il y a déjà un grand nombre de "candidats aux plaques" qui sont programmés. Ce sont des personnalités de la IIIe République. Je pense notamment à Aristide Briand, qu’on va honorer en principe au début de l’année 2021 pour le centième anniversaire de son gouvernement. La commémoration d’un moment est un critère, pas seulement d’une personnalité. Jules Ferry et Edouard Herriot font aussi partie des personnalités qui seront honorées. Il y a fort à parier que François Hollande et Nicolas Sarkozy, ayant eu des carrières parlementaires, auront sans doute un jour leur plaque. 

Jacques Chirac sur les bancs de l'Assemblée le 19 mars 1991, alors président du RPR, parlant à Alain Juppé.
Jacques Chirac sur les bancs de l'Assemblée le 19 mars 1991, alors président du RPR, parlant à Alain Juppé.
© AFP - Jean-Loup Gautreau
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Que représentent ces plaques, quel est le message qu’elles transmettent ? 

Le message est d’abord et avant tout pour les députés en exercice. Il s’agit de leur montrer qu’un certain nombre de leurs prédécesseurs ont eu un grand rôle dans l’Histoire, rôle qui pourrait être un jour le leur. Le Parlement, parfois décrié parce qu’il serait impuissant – ce qui n’est pas juste – permet aussi par ces plaques de trouver un lointain écho de sa puissance. Ces plaques viennent également rappeler que si la présidence de la République reste la "clé de voute de nos institutions", comme l’a dit un illustre juriste (ndlr : l'expression est de Michel Debré), il n’en reste pas moins que, (à part pour le Président actuel), si illustre soit-il, il a aussi été parlementaire. Le message, c’est donc que le Parlement peut conduire très loin dans une carrière politique. 

"Ces commémorations s'adressent avant tout aux députés", analyse Christophe Bellon

58 sec

L’Assemblée ne pose pas uniquement des plaques dans l’hémicycle, d’autres sont apposées ailleurs dans le Palais Bourbon (en novembre 2019, Richard Ferrand a ainsi dévoilé une plaque en l'honneur de l'Amiral Philippe de Gaulle à l'endroit où, le 25 août 1944, il notifia leur ordre de reddition aux soldats allemands). Cela fait-il partie du même travail de mémoire ? 

La France est une nation commémorante. Dans les années 1980, l’historien Pierre Nora avait souligné l’importance de l’Histoire pour comprendre le présent. Le fait de commémorer est un élément important pour rappeler que la vie politique ne se résume pas à l’instant où elle se produit, elle est aussi le résultat d’un long processus. On oublie souvent très vite qu’une loi en entraîne une autre, qu’une politique en entraîne une autre, et ce nous sommes en train de vivre, nous le comprenons aussi par ce que nous avons déjà vécu. Par ailleurs, les Français aiment beaucoup les commémorations. Il suffit de se promener dans les rues de France pour voir le nombre de plaques apposées sur les immeubles pour signaler qu’ici a séjourné, est né, a vécu telle ou telle personnalité illustre. C’est donc tout à fait justifié qu’on puisse commémorer aussi à l’Assemblée les grands parlementaires qui l’ont représentée. 

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Les personnalités honorées par une plaque dans l'hémicycle de l'Assemblée

Ces plaques commémoratives ont donc été, au départ, réservées aux députés morts pour la France. Ils sont ainsi 45 à avoir leur nom gravé au Palais Bourbon. Les premières plaques datent de 1920 et concernent 16 députés morts pour la France pendant la Première guerre mondiale, précise l'Assemblée nationale avant d'ajouter qu'en vertu d'une décision du Bureau de l'Assemblée nationale constituante prise le 26 décembre 1945, de nouvelles plaques ont été apposées pour honorer les députés morts pour la France de la Seconde guerre mondiale. "Outre les députés combattants ou résistants, elles honorent les députés assassinés par les collaborateurs, comme Georges Mandel", souligne encore l'institution. 

En plus des 45 députés morts pour la France, 20 personnalités ont désormais leur plaque dans l'hémicycle. Selon la liste fournie par le Palais Bourbon, ces plaques honorent des députés devenus présidents de la République (Georges Pompidou, François Mitterrand, Jacques Chirac), Premiers ministres (Georges Clémenceau, Léon Blum, André Marie, Robert Schuman, Edgar Faure, Pierre Mendès France, Michel Debré, Jacques Chaban-Delmas, Pierre Messmer, Pierre Mauroy), Présidents de l'Assemblée nationale (en plus de Jacques Chaban-Delmas et Edgar Faure, Henri Emmanuelli et Philippe Séguin), Présidents de commission (Rachel Lempereur, Marie-Madeleine Dienesch, Jacques Barrot), vice-présidents (en plus de Marie-Madeleine Dienesch, Jean Jaurès et Marie-Claude Vaillant-Couturier).