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Jacques Nichet : "Le théâtre est un voyage. On part à l'aventure et on ne sait pas très bien où on va arriver"

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Jacques Nichet
Jacques Nichet
© Maxppp - PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI

Disparition. Metteur en scène et auteur, Jacques Nichet est mort lundi 29 juillet 2019, à l'âge de 77 ans. Fondateur du Théâtre de l'Aquarium et directeur du Théâtre National de Toulouse, acteur de la décentralisation du théâtre qui défendait la création contemporaine, il fut souvent invité sur France Culture.

Il était l'un des grands défenseurs de la décentralisation culturelle. Le metteur en scène de théâtre Jacques Nichet est mort ce lundi 29 juillet, à l'âge de 77 ans. Parmi les diverses fonctions qu'il a occupées pendant sa vie de théâtre, il fut Directeur du Centre dramatique national de la région Languedoc-Roussillon à Montpellier,de 1986 à 1997, puis du Théâtre National de Toulouse, à partir de 1998.

En savoir plus : Jacques Nichet

"Le théâtre m'a toujours fait rêver. Je crois que j'ai toujours été animé par la surprise. L'art est un voyage, le théâtre est un voyage. On part à l'aventure, et on ne sait pas très bien où on va arriver," confiait Jacques Nichet, en 2011 au micro de Lucien Attoun dans l'émission "A voix nue" sur France Culture. Né à Albi en 1942, Jacques Nichet intègre l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm en 1965. Il y découvre une communauté d'étudiants passionnés par le théâtre qui le pousseront à fonder une troupe universitaire, le "Théâtre de l'Aquarium". Un nom qui fait écho aux fameux poissons rouges du bassin des jardins de la rue d'Ulm, mais aussi au premier choc esthétique de Jacques au théâtre : 

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Enfant, je suis entré dans une salle de patronage, j'ai été frappé par la lumière qui était celle d'un aquarium, d'une ménagerie de verre. Le cadre de scène nous plongeait dans un aquarium... ça m'a subjugué ! C'est la lumière qui m'a attiré.  Jacques Nichet au micro de Lucien Attoun, en 2011 sur France Culture

Diplômé de l'ENS, et l'agrégation de lettres classiques en poche, le jeune metteur en scène voit déjà grand. À la fin des années 1960, il collabore avec Ariane Mnouchkine, metteuse en scène fondatrice du Théâtre du Soleil. Jacques Nichet s'entoure de plusieurs actrices et acteurs de talent, comme Didier Bezace, Thierry Bosc, Bernad Faivre, Karen Rencurel ou encore Laurence Février. Le théâtre de l'Aquarium devient alors une pépinière expérimentale et collective, abritée à la Cartoucherie de Vincennes, à partir des années 1970 : 

C'était un lieu à inventer ! C'était un lieu ouvert, donc on était libres. On pouvait inventer un espace d'imagination réel. Une autre chose importante, c'était le collectif. On instaurait l'égalité des salaires et la prise de décision collective. Jacques Nichet

Acteur de la décentralisation culture et du théâtre pour tous, Jacques Nichet prend la tête du Centre dramatique national de la région Languedoc-Roussillon à Montpellier en 1986. Il met alors en scène des textes parfois oubliés, comme La Savetière prodigieuse de Federico Garcia Lorca : "Tout le monde s'est moqué de moi pour ce choix, et personne ne comprend ce choix. (...) Un ami hispanophone a repris les textes, et il en a jailli un mythe", expliquait-il en 2011. 

En savoir plus : Jacques Nichet : Le théâtre n'existe pas

En 1998, il devient le directeur du Théâtre national de Toulouse. Toujours soucieux d'être au contact du public, toujours habité de l'ambition de faire découvrir des auteurs parfois méconnus : 

Lorsque je montais des scènes, je me souviens des professeurs qui me disaient : "Mais pourquoi vous ne jouez pas Molière, ici, dans nos villages on ne connait pas Molière". Là, j'ai compris que la décentralisation était à faire. Je leur répondais : "Non ! Vous ne connaissez pas les textes d'Euripide, voilà ce qu'il faut vous faire découvrir". (...) Il faut ouvrir le théâtre sur plusieurs publics. J'ai gardé l'esprit de la Cartoucherie pour faire du théâtre ensemble, pour former un organisme vivant. Jacques Nichet au micro de Lucien Attoun, en 2011 sur France Culture

En 2007, Jacques Nichet publie Je veux jouer toujours, un livre de souvenirs théâtraux retraçant ses années de metteur en scène et de directeur de Centre dramatique. À travers les pièces qu’il avait créées, Jacques Nichet laissait une anthologie de scènes et de photos, éclairées par son commentaire avisé : "J’aimerais que ce manuel soit utile pour les jeunes comédiens".

En 2012, dans ses entretiens "A voix nue" avec Lucien Attoune, il se rappelait sa passion précoce pour le théâtre, les événements de mai 68 ou sa rencontre avec le public : 

En savoir plus : Jacques Nichet : le théâtre comme littérature

Mon père était médecin, il ne connaissait rien au théâtre, mais il appréciait les arts. Lorsque j'étais étudiant à Paris, il m'emmenait au théâtre, pour son plaisir. Je venais de ma province, je n'y connaissais rien. Jacques Nichet 

Mai 68 a été un mouvement politique et festif. Et les deux se mêlent. On disait souvent "En 1789, on a pris la Bastille, en 1968, on a pris la parole". Et cette prise de parole dans les rues, ça a eu un grand impact au Théâtre de l'Aquarium, au Théâtre du Soleil, et jusqu'à Avignon. On a essayé de rendre compte de notre vérité, à partir de la parole de groupe. Jacques Nichet 

Koltès est le seul auteur que j'ai monté deux fois. D'habitude, je n'aime pas monter les auteurs plusieurs fois. Mais pour Koltès, j'ai eu un déclic. J'ai essayé de le défendre jusqu'au bout, et cela n'a pas été facile. Jacques Nichet

Les gens venaient avec leur propre chaise, mais ils ne s'asseyaient pas. Ils écoutaient, et si ça leur plaisait, il s'asseyaient. C'était magnifique, c'était vraiment l'épreuve du public. C'était très beau. Jacques Nichet