James Baldwin, le "nègre" de personne - #CulturePrime

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James Baldwin : le "nègre" de personne

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Figure indispensable de la littérature américaine, son oeuvre n'a cessé d'être redécouverte ces dernières années à la lumière du mouvement "Black Lives Matter".

Toute sa vie, il a dénoncé le racisme et milité pour les droits civiques aux côtés de Martin Luther King et Malcolm X. Voici comment James Baldwin est devenu l'un des plus grands auteurs du XXe siècle.

Un enfant doué pour l'écriture

James Baldwin naît en 1924 dans une Amérique ségrégationniste où être Noir signifie : être un citoyen de seconde zone et être banni de nombreux lieux. Mais aussi avoir peur de mourir des mains de la police ou du Ku Klux Klan.

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Élevé à Harlem, un quartier pauvre de New York, James Baldwin est extrêmement intelligent et doté d’un don pour l’écriture. Passionné par les livres, il trouve refuge dans les bibliothèques. Mais malgré son génie, remarqué par une enseignante, James Baldwin comprend que le rêve américain n’est réservé qu’aux Blancs. Dans un entretien de 1957 accordé à la RTF, il raconte en français comment il a été confronté au racisme dès l'enfance. 

Mettons, entre 5 et 7 ans. "Il ne faut pas jouer avec ce garçon-là parce qu'il est noir." Et à ce moment-là... on se rend compte de quelque chose... qu'on ne comprend pas du tout. Mais on est tellement blessé... On se rend compte qu'il y a une distance. Et à partir de ce moment-là, on est dans le bain. James Baldwin à la RTF en 1957

Adolescent, il rencontre des artistes noirs comme le poète Countee Cullen et le peintre Beauford Delaney, qui le conduisent à mener une vie d’écrivain. À 19 ans, il assiste aux émeutes de Harlem et témoigne des violences policières sur la communauté noire. Un épisode de sa vie qui va le marquer : il écrira dessus en 1955 dans son essai Notes of a Native Son

Portrait de James Baldwin en 1950.
Portrait de James Baldwin en 1950.
© Getty - Corbis

À 24 ans, il est tourmenté par son homosexualité et traversé par le désespoir. Un soir, il  commande à manger à dessein dans un restaurant interdit aux Noirs. On refuse de le servir. Pris d’un accès de colère, il lance un verre d'eau qui frôle la serveuse. Il comprend qu’il n’a plus d’autre choix que de fuir.

Baldwin était menacé, c’est bien le mot qu’il utilise, car il était un Noir en Amérique. Donc, il a dû, comme il le dit, “trouver un endroit où aller respirer” et c’est comme ça qu’il a atterri à Paris. (...) Son premier roman “Go Tell It on the Mountain” a été écrit dans un chalet en Suisse. James Baldwin a fait une sorte de dépression nerveuse. Il avait besoin, comme il le dit, de “vomir les saletés qu’on lui avait fait avaler”. Raconter cette histoire est ce qui l’a soigné et brisé dans le même temps. Rich  Blint, professeur de littérature américaine

Vivre en France et se sentir libre

À partir de 1948, James Baldwin vit en France et se sent libre. Il s’entoure d'artistes et d'intellectuels comme Joséphine Baker, Richard Wright, Maya Angelou et se consacre pleinement à l’écriture. Pendant ces huit années expatriées, il publie  : Go Tell It on the Mountain (1953), Notes of a Native Son (1955) et Giovanni's Room (1956).

Des écrits précurseurs qui abordent l’homosexualité, la bisexualité mais aussi l'identité et le racisme. En 1956, James Baldwin est rattrapé par l’actualité américaine. Le pays vit des tensions raciales sans précédents à la suite d’une décision de la Cour Suprême. 

En 1954, Brown v. Board of Education met fin à la ségrégation des écoles publiques. Mais l’Amérique blanche fait tout pour conserver le status quo. James Baldwin voit les images terribles des émeutes à Little Rock, dans l'Arkansas, et se décide à rentrer au pays.

Il se promenait sur le boulevard St-Germain lorsqu’il raconte avoir vu l’image de Dorothy Counts en train de se faire attaquer par tous ces Blancs, en train de se faire cracher dessus… Au vu de ce qu’il se passait dans son pays, il se devait de rentrer au pays pour payer ses dettes.Son pays avait besoin de lui, son peuple avait besoin de lui. Rich  Blint, professeur de littérature américaine

Militer pour les droits civiques

James Baldwin part pour le sud des États-Unis. Il rejoint le mouvement des droits civiques et se lie d’amitié avec Malcom X, Martin Luther King ou encore Medgar Evers.

James Baldwin regarde la foule au concert "Salute to Freedom" en 1960.
James Baldwin regarde la foule au concert "Salute to Freedom" en 1960.
© Getty - Grey Villet / The LIFE Picture Collection

Il est un grand pédagogue et débat sans relâche sur les plateaux de télévision pour expliquer aux Blancs les conséquences du racisme. 

Nous avons inventé le "nègre". Je ne l'ai pas inventé. Les Blancs l'ont inventé. James Baldwin dans le documentaire "Take this hammer" (1963, KQED)

Je suis terrifié par cette apathie morale, cette mort du coeur, qui se passe dans mon pays. James Baldwin dans le documentaire "The Price of the ticket" (1989, PBS)

C'est un grand choc de réaliser que lorsque Gary Cooper tue les Indiens et alors même que vous étiez avec Gary Cooper... que le Indiens, c'était vous.  James Baldwin en 1965 lors d'un débat à l'université de Cambridge

En 1964, grâce au travail des militants pour les droits civiques, le président américain Lyndon Johnson signe le Civil Rights Act, une loi interdisant la discrimination raciale et donc la ségrégation. 

Mais après les assassinats successifs de Martin Luther King, Malcolm X, Medgar Evers et J. F. Kennedy, James Baldwin revient s’installer dans le sud de la France en 1970. Dans sa maison de Saint-Paul-de-Vence, il continuera d’écrire jusqu’à la fin de ses jours, en 1987. 

Il n’était le nègre de personne. Et ça, c’était un crime dans cette pourriture de pays libre. James Baldwin dans "If Beale Street Could Talk" en 1974

A lire, à voir : 

Le livre de Rich Blint__, "Baldwin for Our Times: Writings from James Baldwin for an Age of Sorrow and Struggle" paru aux éditions Beacon Press en 2016.

Le documentaire de Raoul Peck__, "I am not your negro", sorti en 2016 et disponible sur la plateforme de streaming Netflix. Un livre du même nom est également sorti aux éditions Robert Laffont en 2017.