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Jean de Loisy : "Gauguin est une brute et un savant à la fois"

Autoportrait au Christ jaune. Peinture de Paul Gauguin, 1891. Paris, Musée d'Orsay
Autoportrait au Christ jaune. Peinture de Paul Gauguin, 1891. Paris, Musée d'Orsay
© AFP - Josse/Leemage

1998. Entouré de ses chroniqueurs, Jean Daive consacre son émission "Peinture fraîche" au peintre Paul Gauguin dont la Fondation Gianadda à Martigny (Suisse) propose une rétrospective au cours de l'automne 1998 retraçant tout le parcours du peintre.

Dans l'émission "Peinture fraîche" Jean Daive nous invite à parcourir la rétrospective Paul Gauguin aux côtés du critique d'art Bruno Mathon. Celui-ci voit dans l'oeuvre de Gauguin un "refus de plus en plus envahissant jusqu'à devenir un refus total de la civilisation", refus qui expliquerait son destin. Gauguin cherchait à atteindre selon lui "une sorte d'extase par la peinture".

On sent dans le visage même du personnage, cette espèce de rêve qu'il a porté toute sa vie, qui lui a fait abandonner famille, enfants, fortune... pour peut-être pas forcément la peinture, qui n'était pour lui je crois que le moyen d'essayer de vivre ce rêve intérieur qui l'a emmené au bout du monde, au bout du compte. C'est ça qui est très particulier dans le destin de Gauguin.

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Bruno Mathon

Paul Gauguin dans sa peinture "Le Christ jaune" semble nous dire : "Je suis double, païen, chrétien... extrêmement païen et aussi dramatiquement chrétien."

Gauguin s'enfonce dans ce qu'il voit et au bout de cet enfoncement, de cette pénétration de la vue, tout d'un coup il y a un un tableau.

Bruno Mathon

"Peinture fraîche" consacrée à Paul Gauguin diffusée le 23/09/1998 sur France Culture.

51 min

Le critique d'art Jean de Loisy voit chez Paul Gauguin "une volonté de calme et d'immobilité chez ce grand voyageur", il est à l'origine d'un art "totalement mental et immobile".

Pour Bruno Mathon, Paul Gauguin recherchait la simplicité dans ses peintures "par tous les moyens". Il faudra attendre Tahiti pour que "cette lumière extraordinaire de la Polynésie" change"l'équilibre du colorisme chez Gauguin".

L'évidence de la fin de sa vie c'est cette extraordinaire simplicité mêlée à un raffinement dans le colorisme et dans la lumière tout à fait exceptionnel.

Bruno Mathon

Jean de Loisy insiste sur la complexité de l'oeuvre de Gauguin et une "sensualité paradoxale" dans cette "audace colorée".

Il [Gauguin] veut simplifier tout, il veut faire de la peinture une femme maorie, il veut que sa peinture devienne presque un objet primitif. C'est pour cela qu'il va aussi sculpter des morceaux de bois, il va essayer de créer un objet qui soit vraiment le plus simple possible avec la plus grande puissance possible pour contredire totalement tout l'usage de la peinture et même tout l'usage de la civilisation. C'est là où le risque est très grand.

Bruno Mathon

  • "Peinture fraîche"
  • Première diffusion le 23/09/1998
  • Producteur : Jean Daive
  • Réalisation : Brigitte Rihouay
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France