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'Jean Fil' : la seule marque textile 100% made in France

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Yohan de Wit dans le premier champs de coton en France à Montréal du Gers.
Yohan de Wit dans le premier champs de coton en France à Montréal du Gers.
© Radio France - Annabelle Grelier

Demain l'éco. Trois jeunes agriculteurs ont décidé de produire dans l’hexagone des polos issus du fil de coton qu’ils cultivent eux-mêmes dans le Gers. Leur ambition est de maîtriser la chaîne de production et de limiter l’impact environnemental, tout en maintenant des emplois et un savoir-faire français.

Faire pousser du coton en France n’est pas une mince affaire. La plante est exigeante et sensible, elle a besoin de beaucoup de chaleur et d’eau mais d’un temps sec en fin de cycle végétatif. Des conditions climatiques que l’on trouve généralement dans les zones tropicales et subtropicales arides. A Montréal du Gers, Samuel et Médéric Cardeillac, deux frères agriculteurs et leur beau- frère Yohan de Wit, représentant de matériel agricole, ont fait une première expérimentation en 2016 en plantant quelques pieds de coton dans l’espoir de trouver la variété de graine la plus adaptée à leur terroir. Quatre ans plus tard, ils ont planté 14 hectares de coton qui leur permettront de fabriquer 3 000 polos sous la marque Jean Fil.

Le reportage d'Annabelle Grelier diffusé dans notre journal de 18h

3 min

"Sans irrigation ni pesticides"

Il y a déjà de la prouesse agronomique dans cette récolte. Les conditions climatiques dans le Sud-Ouest de la France ne sont pas optimales mais la production est au rendez-vous. "Sans irrigation ni pesticides" tiennent à préciser nos agriculteurs gersois travaillant aujourd'hui en agriculture raisonnée sous le label Haute Valeur Environnementale et qui devraient petit à petit passer leur culture de coton en bio. Car il s’agit d’améliorer le rendement de leur culture en restant écologique. Le coton n’a pas bonne réputation, on lui reproche notamment d’engloutir des milliers de litres d’eau. Selon un rapport de l’ONU, 7 500 litres d’eau seraient nécessaires pour la confection d’une seule paire de jean !

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Le polo de Jean Fil n’a cette année pas coûté une goutte d’eau supplémentaire à ce qu’a bien voulu donner la nature grâce à la terre calcaire du Gers qui retient bien l’humidité. Les épisodes caniculaires de plus en fréquents ne sont pas non plus pour déplaire à cette plante qui a besoin de grosses chaleurs pour fleurir.

Introuvable en France, Yohan de Wit a fini par trouver une veille machine à récolter le coton d’occasion dans le sud de l’Espagne
Introuvable en France, Yohan de Wit a fini par trouver une veille machine à récolter le coton d’occasion dans le sud de l’Espagne
© Radio France - Annabelle Grelier

Il faut avoir une âme de pionnier pour se lancer dans une telle entreprise mais le réchauffement climatique poussera de plus en plus les agriculteurs à explorer et à innover pour s’adapter aux nouvelles contraintes climatiques qui pourront aussi devenir de nouvelles opportunités comme celle de cultiver du coton.

Du champ de coton à l’armoire sans franchir aucune frontière

En localisant la culture du coton en France, la marque Jean Fil réduit considérablement l’empreinte carbone de ses polos. L’impact environnemental du transport est faible puisque du champ de coton à l’armoire, le produit n’aura parcouru qu’environ 2 500 kilomètres sans franchir aucune frontière. Un circuit au moins vingt fois plus court qu’un tee-shirt produit en Asie !

En effet, partant du Gers, les balles de cotons sont envoyées dans une filature des Vosges puis sur Troyes pour le tricotage et la teinture. Les rouleaux de piqué de coton et de jersey reviennent ensuite dans le Sud-Ouest dans des ateliers de confection landais à Mont-de-Marsan.

Nous voulions repenser la manière de produire en maîtrisant la chaîne de production de la matière première au produit fini » Yohan de Wit co-fondateur de Jean Fil
Nous voulions repenser la manière de produire en maîtrisant la chaîne de production de la matière première au produit fini » Yohan de Wit co-fondateur de Jean Fil
© Radio France - Annabelle Grelier

Alors que la pandémie a révélé les problèmes de rupture de chaîne de production avec la pénurie des masques pendant le confinement, les trois jeunes agriculteurs gersois cherchent depuis quelques années comment repenser la manière de produire du textile en France.

On pourrait bien sûr faire nos polos au Portugal où le coût de la main d’œuvre est moins chère. Mais pour nous, maintenir l’emploi et le savoir-faire en France est tout aussi important que de préserver l’environnement.

relève Yohan de Wit qui assure que trouver des partenaires n’a pas été si compliqué. Pourtant, l’industrie textile en France a perdu en vingt ans plus de la moitié de sa production et les deux tiers de ses effectifs.

"Notre première motivation a quand même été de produire un vêtement 100% français, avec une matière première venant de notre ferme."

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Mode durable et responsable

Loin de la fast fashion, Yohan de Wit et ses deux associés misent sur un mode de consommation plus frugal. Avec un prix de vente à 120 euros sur leur site internet, le polo Jean Fil se veut un vêtement basique de qualité fait pour durer dans le temps.

Parce que la mode est l’une des industries les plus polluantes au monde, l’enjeu dans l’avenir sera de moins consommer mais mieux.

Les trois jeunes entrepreneurs en sont convaincus. Leur rêve ? Créer à terme toute une ligne de vêtements basiques qui permettrait de s’habiller de la marque gersoise de la tête au pied !

Les nouveaux ateliers de la société de confection Adichats à Mont de Marsan où sont façonnés les polos Jean Fil
Les nouveaux ateliers de la société de confection Adichats à Mont de Marsan où sont façonnés les polos Jean Fil
© Radio France - Annabelle Grelier

Pour l’heure, la collection 2020 de polos Jean Fil sera déclinée en modèle féminin et en plusieurs coloris.

Trois ans à peine après son lancement, la petite entreprise est aujourd’hui rentable. Déjà une belle victoire pour les 3 jeunes associés qui comptent lancer en cette nouvelle année une collecte de fonds participative pour continuer de se développer.

De la mode éthique aujourd'hui en France. Précisions d'Annabelle Grelier

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59 min