L'écrivain Jean Giono
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Jean Giono, l'écrivain de la violence humaine -#CulturePrime

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Jean Giono, l'écrivain de la violence humaine

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À l'occasion de l'exposition Giono au MuCEM de Marseille, nous nous sommes demandés qui était Jean Giono. Considéré comme un écrivain du folklore provençal, et s'il était en fait un des plus grands écrivains de la violence humaine ?

L’œuvre de Giono nous fait comprendre que pour trouver la lumière, il faut d’abord creuser les ténèbres.                  
Emmanuelle Lambert, romancière, commissaire de l'exposition Giono au Mucem.

"Le Hussard sur le toit", "Un Roi sans divertissement" sont des classiques de la littérature du XXe siècle et pourtant Jean Giono a quitté son école de Manosque à 16 ans seulement pour aider sa famille sans le sou.
Passionné de littérature gréco-latine, il commence à écrire. Mais à 20 ans, il est mobilisé et participe entre autres à la boucherie de Verdun.   
Il gardera un fort traumatisme de ces années de guerre, notamment du fait de la mort, à ses côtés, de son meilleur ami.

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Derrière l’armée, il y avait un cordon de gendarmerie et devant il y avait les Allemands. Il fallait fuir en avant. Si vous fuyiez en arrière vous étiez fusillé et chopé par les gendarmes. En avant, vous aviez quelques chances de vous en tirer parce que les Allemands faisaient aussi des prisonniers. Ce sont les vieillards qui ont peur de la mort, les jeunes n’ont pas peur de la mort. On avait peur de la souffrance et on avait peur surtout de cette espèce de mécanique horrible qui malaxait les membres et la boue dans une espèce de mélange horrible.    
Jean Giono à propos de son expérience de soldat                                                                                                                                                                                                          

Pour la romancière Emmanuelle Lambert, il exsite deux Giono : " On peut superposer deux choses, il y a l’homme réel et il y a l’écrivain. Et je pense que l’écrivain, lui, il est né dans la tranchée. Et de là est sorti un écrivain qui n’a cessé de travailler et de poursuivre la question du mal.”

En 1929, il publie son 1er roman Colline dans lequel les habitants d’un hameau doivent expier les crimes des hommes sur Terre. C’est un succès. Jean Giono quitte son emploi dans une banque pour se consacrer à l’écriture. Il achète une maison à Manosque dans laquelle il reste jusqu’à la fin de sa vie et passe ses journées à écrire, toujours dans un décor provençal, toujours sur la noirceur des hommes.

Une façon détournée d'évoquer la guerre d'après Emmanuelle Lambert : "Au fond, même si la guerre n’est pas directement mentionnée, elle est métaphorisée ou présente de manière discrète et détournée partout, par les épidémies - on se souvient du choléra qui frappe les humains dans Le Hussard sur le toit - par les catastrophes naturelles et puis par la noirceur dans le cœur des hommes qui sont poussés à commettre des assassinats."

Parce qu’il ne voyageait qu’en lisant dans son salon, et que la Provence est le décor de nombre de ses romans il est assimilé à un auteur régionaliste. Ce à quoi il répond n’avoir jamais “mis aucune cigale dans son œuvre”. Il dépeint une Provence aride et rude.  

Emmanuelle Lambert : “Il détestait la littérature régionaliste. Il trouvait que être au plus près, au plus plat des choses n’avait strictement  aucun intérêt. Lui, son modèle, c’est le modèle de l’Antiquité. Pour comprendre le rapport de Giono à la réalité, il ne faut pas penser Giono comme un écrivain au sens d’aujourd’hui. Il faut le penser comme au sens de l’Antiquité et de la Renaissance, c’est-à-dire comme un poète. C’est une langue et une écriture qui est extrêmement concrète, qui est attachée aux moindres plis et replis de la vie des plantes, des animaux, des hommes, des femmes et qui en même temps s’arrache de ça, de cette immédiateté et fait avec ça de l’art, c’est-à-dire de la poésie et s’élève au-dessus de la réalité."

C’est le plaisir véritablement sans aucun mélange d’écrire. D’écrire, de me livrer à ce travail de marqueterie qu’est le style, remplacer tel mot par une virgule ou remplacer cette virgule par un adverbe, allonger la phrase ou la raccourcir, sentir le rythme se faire ou le chercher, se heurter contre les difficultés. Par le caractère voir naître le style ou parfois par le style voir naître le caractère des personnages. Alors ça, c’est mon plaisir personnel.                  
Jean Giono, émission de l'ORTF en 1965

Jean Giono a écrit des dizaines de nouvelles, d’essais sur le pacifisme, quelques scénarios pour le cinéma et près d’une trentaine de romans. Il a écrit jusqu’aux derniers jours de sa vie, en octobre 1970.

À lire : "Giono, Furioso" d'Emmanuelle Lambert, éditons Stock, 2019.