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Jean-Luc Godard et Jia Zhang-Ke : image et parole

Par
Jean-Luc Godard
Jean-Luc Godard
- Wild Bunch

Très attendu, le film de Jean-Luc Godard, passionnant collage d’images et de sons, est d’une beauté sépulcrale, un film-somme sur un monde en guerre depuis longtemps, et un retour sur sa propre œuvre. Comme aussi le mélancolique dernier opus du meilleur cinéaste chinois en activité : Jia Zhang-Ke.

Chronique Cannes Antoine Guillot - PODCAST

2 min

Absent ? Pas tout à fait, Camille : contrairement aux deux dernières fois, pour Film socialisme et Adieu au langage, Jean-Luc Godard sera bien à Cannes, mais sous forme d'images et de sons : tout à l'heure, à 11h, il tiendra, c'est une première dans l'histoire du festival, une conférence de presse en Facetime. Ce qui est tout à fait raccord avec le film qu'on a vu, et entendu, hier après-midi au Grand Théâtre Lumière : "Image et Parole", c'est le sous-titre de ce Livre d'image, qui désarçonnera ceux qui en étaient resté au Godard de Pierrot le fou, dont est tiré l'affiche du festival cette année, mais sera familier aux admirateurs de ses Histoire(s) du cinéma : comme dans cette série de films, l'ermite suisse pratique l'art du collage, en montant des extraits de 120 années d'image, et des citations de livres qu'il prononce de sa voix sépulcrale. Ce qui est nouveau, c'est qu'il revient aussi sur sa propre filmographie, et que son utilisation du son est phénoménale : spatialisé, allant et venant dans la salle, il subit la même déstructuration que les images, retravaillées, refilmées en numérique sur des moniteurs, comme s'il voulait pénétrer leur matière même. Que nous dit-il, Godard, avec ce très réussi nouveau film ? Même si on n'est jamais sûr de tout comprendre (mais ce n'est pas l'enjeu : un tableau abstrait, une symphonie, toute grande oeuvre d'art, est plus à ressentir qu'à comprendre), que nous sommes depuis longtemps en état de guerre perpétuelle, qu'il aurait pu y avoir une Arabie heureuse (dans sa dernière partie, la plus narrative, Godard cite longuement un livre d'Albert Cossery, Une ambition dans le désert), et que, "même si rien ne devait arriver de ce que nous avions espéré, cela ne changerait rien à nos espérances". 50 ans après Mai 68, on ne saurait mieux dire...

Chine en mutation, pègre et histoire d'amour

Une maxime que pourraient d'ailleurs reprendre à leur compte les personnages du très beau, et très mélancolique, nouveau film du cinéaste chinois Jia Zhang-Ke : Les Eternels. Histoire d'amour sur 17 ans entre deux membres de la pègre, il raconte aussi les transformations radicales de la Chine contemporaine, et pourrait valoir un prix d'interprétation à son actrice et égérie, la formidable Zhao Tao.

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