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Jean-Marie Le Pen livre son testament politique : l'historien Nicolas Lebourg lui répond

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Jean-Marie Le Pen à son domicile à Rueil-Malmaison le 1er février 2021.
Jean-Marie Le Pen à son domicile à Rueil-Malmaison le 1er février 2021.
© Radio France - Antoine Marette

Entretiens croisés. Plus jeune député de France en 1956 sous l'étiquette poujadiste, cofondateur du FN en 1972, cinq fois candidat à la présidentielle, Jean-Marie Le Pen a traversé l'histoire politique française. Sans jamais obtenir le pouvoir. Il y revient, avec l'analyse d'un spécialiste de l'extrême droite.

En plus de six décennies de vie politique, Jean-Marie Le Pen a fait de ses dérapages une véritable marque de fabrique. Ils l'ont distingué du reste de la classe politique, mais l'ont cantonné au rôle d'éternel opposant au "système". C'est cette histoire qui traverse deux Républiques qu'il nous raconte sous le regard de l'historien de l'extrême droite Nicolas Lebourg.

Votre histoire politique commence quand vous devenez député en 1956. Vous rejoignez le mouvement créé par Pierre Poujade. Qu'est-ce qui fait que vous décidez alors de suivre cet homme-là ? 

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Je participe de l'action collective avant cela, puisque je serai président de la Corpo de droit. Les étudiants en droit de Paris… Ils sont tous à ce moment-là au Panthéon, il n’y a pas encore Assas. C’est cette action collective qui, dans le fond, me fera connaître des milieux qui, de près ou de loin, touchent au social et à la politique. Et puis, je pars en Indochine à un moment où je pense que le sort du monde se joue là-bas et pas ici. Et c'est en revenant d'Indochine que, avec quelques amis, nous décidons de faire une campagne symbolique d'opposition à la politique qui a été menée jusque-là. 

Avec Jean-Maurice Démarquet et Jean Dides, nous décidons de présenter trois candidats têtes de liste à Paris. Et puis quelqu’un nous dit : "Vous devriez rencontrer Poujade, c’est un garçon qui a votre âge, à peu de choses près. Et puis, qui est plutôt sympathisant de vos idées, qui peut vous aider". Nous avons rencontré Poujade. Et il nous a dit : "Malheureusement, on vient juste de décider de se présenter aux élections". Je lui ai dit : "On fera en tous les cas un pacte de non-agression". Il m'a dit : "Non. J'ai peut-être quelque chose de mieux que ça à vous proposer : pourquoi ne marcheriez-vous pas avec nous ? (le mouvement syndical Union de défense des commerçants et artisans prenait à ce moment-là une importance considérable). Nous allons nous présenter aux élections sous le titre d'Union et Fraternité française. Et après tout, nous sommes ouverts à des gens comme vous". Et j'accepte ce deal en quelque sorte. Je suis donc tête de liste à Paris, mais je fais campagne comme orateur national, car les congrès de l'UNEF (organisation à l'époque unitaire qui allait de l'extrême gauche à l'extrême droite) duraient huit jours, nuits comprises, et donnaient lieu à des affrontements verbaux qui ont été en quelque sorte mon école politique de militant et de dirigeant. 

On m'envoie contre Mitterrand à Nevers, contre Minjoz, le ministre du Travail, à Besançon, et contre Edgar Faure, président du conseil, à Lons-le-Saunier dans la même semaine ! Je rentre à Paris et je suis élu tête de liste de l'Union et Fraternité française sans pratiquement avoir fait campagne à Paris. Mais ma campagne avait des échos nationaux qui m'ont bénéficié, bien sûr. Et puis, au bout de quelques mois, nous constatons que Poujade, qui n'a pas été candidat lui-même, ne souhaite pas développer son mouvement politique jusqu'à l'accession au pouvoir. Nous ne rompons pas avec Poujade, mais nous lui disons : "Écoute Pierre, tu n'as pas l'intention d'aller jusqu'au bout de ton action politique, mais nous allons nous en Algérie, tenir les promesses qui leur ont été faites. En revenant, si nous en revenons, on reparlera de la chose". Et puis nous partons. Et entre temps, Poujade prend la décision absolument folle de se présenter dans une élection partielle à Paris, au scrutin majoritaire, alors que nous avions été élus à la proportionnelle. Nous revenons à Paris faire une déclaration en disant que nous sommes en désaccord avec cette candidature et Poujade subit là un échec écrasant. Ce qui va mettre fin dans le fond à son expérience politique "Union et Fraternité française" car nous avions quand même élu 53 députés en 1956, dont je faisais partie. 53 députés, ça n'était pas rien, mais ça, ça n'était pas son affaire, voilà la vérité, mais néanmoins je lui garderai toujours la reconnaissance de m'avoir mis le pied à l'étrier politique.  

Jean-Marie Le Pen, le 16 janvier 1956, à la tribune dans un meeting de l'Union de défense des commerçants et artisans (UDCA), créée par Pierre Poujade.
Jean-Marie Le Pen, le 16 janvier 1956, à la tribune dans un meeting de l'Union de défense des commerçants et artisans (UDCA), créée par Pierre Poujade.
© Getty - Keystone-France / Gamma-Keystone

Et donc là, en 1958, je suis seul, isolé. J'ai quelques amis dans les députés nationaux du Parlement, dont Frédéric-Dupont, qui sera d'ailleurs après sur une de mes listes. Il me conseille de me présenter au Quartier latin dans le 5e. Je me présente donc dans le Quartier latin, où j'ai vécu quand même comme étudiant pendant un certain temps. Et là, je suis élu au scrutin majoritaire au deuxième tour. Je suis en tête au premier tour et au deuxième tour, je suis élu député. Et puis, somme toute, je serai un tout petit peu dans la majorité, si j'ose dire, puisque je serai même rapporteur du budget de la guerre, qui est un budget très important pour un pays qui a un contingent très important en Algérie. Et puis, la suite des événements, le déroulement des événements de la politique algérienne du général de Gaulle va créer une rupture telle que je vais repartir très vite dans une opposition dans laquelle je passerai toute ma vie politique, en quelque sorte. 

Finalement, ce moment, quand vous êtes rapporteur, c'est le seul moment où vous approchez le pouvoir… 

Oui, c'est en effet le moment où je suis considéré comme un député normal si j’ose dire (rires), par mes adversaires et par mes compagnons du Parlement. Je suis battu en 1962 à la suite de l'Algérie algérienne. A ce moment-là, je suis obligé de gagner ma vie et j'ai une idée qui est de faire des éditions de disques de documents sonores. Je vais me consacrer à cela dans la SERP, qui publiera en vingt ans plus de cent 30 cm sur différents sujets, sur des sujets politiques, des hommes politiques différents d'ailleurs, y compris le général de Gaulle, mais aussi Tixier-Vignancour, François Mitterrand, etc. Il y a une volonté un petit peu encyclopédique si vous voulez. Je ferai de la musique de cuivres, mais ça ne sera pas un succès. Les seuls qui marcheront bien, c’est la musique de kiosques, et puis aussi les marches funèbres (rires) ! Le reste, les disques d'événements, ça ne marchera pas très bien.  

Avant Poujade, qu'est-ce qui fait que vous décidez de militer, de vous inscrire dans une droite nationale ? Parce que vous venez d'un milieu populaire : vous êtes fils de marin pêcheur, vous le dites vous-même : vous êtes né sur un sol en terre battue. Vous êtes pupille de la nation.  

On peut être pauvre et de droite (rires) ! C'est plutôt à gauche qu’on est dans le caviar (rires) ! J'étais un patriote de naissance je dirais, d'adolescence et de jeunesse, y compris à l'UNEF, j’étais à la droite de l'UNEF. C'était assez naturel.  

Mais cela vient d'où ? Parce que vous ne veniez pas d'une famille de politiques… 

J'étais pupille de la nation, vous savez, et je dois dire que ce terme a probablement déterminé ma vie_,_ parce que bien que ce soit un terme administratif, en fait, fils d'un mort pour la France, on est pupille de la nation, mais ça m'a semblé signifier que j'étais un Français pas comme les autres et que j'avais des droits et des devoirs supérieurs, et c’est ce qui m'a incliné à m'intéresser de plus près à la marche du pays. 

Nicolas Lebourg : "La question du père est fondamentale chez Jean-Marie Le Pen. Elle revient constamment".

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C'est un discours que Jean-Marie le Pen a très souvent tenu, cette idée d'être redevable à la Nation. Et cela va avec l'image du père. La question du père est une question fondamentale chez lui, qui revient constamment. (...) Dans ses mémoires, il faut bien reconnaître que les meilleures pages sont les 60, 80 premières, consacrées à la biographie de son père. Il raconte la vie de son père, des marins bretons au début du XXe siècle. On voit bien qu'il se représente son enfance comme une espèce d'image de prototype de la France elle-même.                
Nicolas Lebourg

Candidat à la présidentielle, Jean Marie Le Pen pose le 30 mars 1995 avec une photo de son père qui était pêcheur, dans son maison de La Trinité-sur-Mer, en Bretagne.
Candidat à la présidentielle, Jean Marie Le Pen pose le 30 mars 1995 avec une photo de son père qui était pêcheur, dans son maison de La Trinité-sur-Mer, en Bretagne.
© AFP - Marcel Mochet

Et quand vous êtes élu député à 27 ans, plus jeune député de France, (le record a été battu par votre petite fille depuis), quand vous rentrez au Palais Bourbon, vous qui venez d'un milieu très modeste, que ressentez-vous ?  

J'avais été un dirigeant de l'UNEF et j'avais déjà rompu beaucoup de lances idéologiques. Je n’étais pas tombé du ciel. J'avais déjà milité. Je m'étais engagé, mais de façon apolitique et aconfessionnelle, mais quand même politiquement engagé dans cette conception patriotique et nationaliste de la vie politique.  

Il y a un autre moment, une étape importante, c'est évidemment la création du Front national en 1972. Et on fait appel à vous pour le diriger. Pourquoi vous le demande-t-on ? 

Cela ne se passe pas comme ça. D'abord, en même temps que mon activité politique, je vais monter le comité Tixier-Vignancour, un comité d'opposition nationale et je pousse à la désignation de Tixier. C'est une erreur politique. J'aurais dû moi-même être candidat, mais je me trouvais trop jeune. J'avais une trentaine d'années et Tixier-Vignancour était un homme qui avait un grand talent oratoire et un abattage certain. Et j'ai fait ce comité qui s'est appelé ensuite comité de Tixier-Vignancour et qui réunissait un groupe assez flatteur de personnalités à la fois de la politique, mais aussi de la littérature, de la vie sociale. Et ça m'avait quand même remis en quelque sorte dans le coup, si vous voulez. 

L'avocat Jean-Louis Tixier-Vignancour, au centre, et Jean-Marie Le Pen lors d'un repas en 1960.
L'avocat Jean-Louis Tixier-Vignancour, au centre, et Jean-Marie Le Pen lors d'un repas en 1960.
© Getty - André SAS / Gamma-Rapho

Et puis, en 1972, je décide de fonder le Front national ; on ne me le demande pas, c'est moi qui décide de fonder le FN, ce qui n'ira pas d'ailleurs sans difficulté parce qu’il se créera presque en même temps un rival qui est Ordre nouveau, qui est un mouvement d'extrême droite militant d’étudiants très parisiens, mais quand même un mouvement effectif qui a déjà rompu des lances avec la gauche et surtout l'extrême gauche. Et ce mouvement va concurrencer d'ailleurs le Front national pendant plusieurs années, jusqu'au moment où, aux dernières élections européennes, le candidat de ce mouvement sera battu. Et donc, je serai considéré comme le seul représentant de cette tendance.  

La création du Front national

1 min

Alors pourquoi décidez-vous de créer le Front national en 1972 ? De revenir déjà en politique et de créer le Front national ? Quel est l'objectif de ce nouveau parti ? 

C'est de revenir dans la vie politique de façon officielle, je m’en étais écarté pour des raisons professionnelles. Il fallait que je consacre mon temps à gagner ma vie. Je n'avais pas beaucoup de temps à consacrer à la politique et à un moment donné, je me suis dit "maintenant, il faut penser aux élections suivantes". L'élection présidentielle allait avoir lieu en 1974, et donc je le fonde en 1972 et je serai candidat à cette élection présidentielle où je mesurai que l'on peut avoir été connu et ne plus l'être puisque je ferai 0,74 % des voix. Un chiffre inoubliable en 74 ! Le procédé mnémotechnique m’a bien aidé (rires) ! Mais j'avais dit quand j'ai fondé le Front national : je ne m'arrêterai pas. Et je n'ai pas arrêté. Cela ne m'a pas découragé, j'ai continué inlassablement.  

Les débuts difficiles du Front national

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Mais au départ, le Front national, de 1972 à 1984, cela ne marche pas, ça ne prend pas. 

Si, ça marche, ça progresse difficilement, lentement, parce que ça n'a pas de moyens financiers et qu'il faut aller sur le terrain, faire prendre langue avec les gens qui ne sont pas très loin de nous et qui ne sont pas encartés ou engagés dans d'autres formations. Et puis faire des petites réunions ou des petits meetings et ainsi de suite, c’est un travail de Romain, je vous l'accorde.  

7 novembre 1972 : Jean-Marie Le Pen lors de la première réunion publique du Front national à La Mutualité en présence notamment de Pierre Bousquet, François Brigneau, Roger Holeindre et Alain Robert.
7 novembre 1972 : Jean-Marie Le Pen lors de la première réunion publique du Front national à La Mutualité en présence notamment de Pierre Bousquet, François Brigneau, Roger Holeindre et Alain Robert.
© Getty - Alain Nogues / Sygma

Dans vos Mémoires, vous dites avoir été presque découragé dans les années 70, avoir été tenté de tout arrêter. 

Oui, bien sûr. Quand on fait 0,74%, on peut peut-être considérer que le sort vous signale qu'il ne faut pas rester, mais moi, j’avais dit "je resterai" et je repars donc pas à zéro puisque j'ai 0,74%, c'est pas tout à fait pareil. C'est quand même plusieurs centaines de milliers de voix, ce que je considère comme un capital politique précieux dans les circonstances qui sont les nôtres. Et je vais continuer à organiser ce mouvement militant qui bénéficiera du dévouement héroïque de beaucoup de gens, aussi bien de garçons que de filles d'ailleurs, et qui aboutira dix ans plus tard, seulement ! Dix ans, ça paraît très long quand on a 25 ans, beaucoup moins quand on en a 90 (rires) ! J’aurai ce résultat qui sera pratiquement constamment confirmé avec des hauts et des bas, pendant les 35 ans qui vont suivre.  

Il y a quand même un frémissement dont vous n'avez pas parlé en 83. Ce sont les municipales partielles de Dreux. Jean-Pierre Stirbois fait 16% au premier tour… 

Je suis moi-même candidat et je fais 12% dans une partielle dans le Morbihan. Donc, je trouve qu'il y a là, trois ans après l'élection de Mitterrand, une promesse de sursaut qui va m'encourager, bien sûr, à me présenter aux élections européennes. 

Nicolas Lebourg : "Jean-Marie Le Pen considère le Front national comme une aventure personnelle. (...) Il ramène toute l'aventure de ce parti à lui".

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Le problème, c'est que Jean-Marie Le Pen considère le Front national uniquement comme une aventure personnelle. (...) Il ramène toujours l'aventure de ce parti à lui. (...) Jean-Marie Le Pen dit que c'est lui qui a créé le Front national et que ça a été plus ou moins parasité par Ordre nouveau. C'est un effet de reconstruction mémorielle. C'est en réalité Ordre nouveau qui a lancé le Front national.                
Nicolas Lebourg

Avant les élections européennes, il y a un moment très important, c'est l'Heure de vérité. Vous apparaissez dans une émission grand public et là, vous crevez l'écran. 

En effet, pour être connu, il faut être invité. Si vous n'êtes dans aucune émission, il est évident que vous continuerez à marcher sur la route pendant de longues années. Et en effet, les résultats partiels obtenus tant à Dreux qu'à Paris, dans le 20e arrondissement, et dans le Morbihan me font inviter. Mes adversaires se disaient en m’invitant sur un théâtre public, qu’ils allaient pouvoir me descendre en flammes assez facilement. Je crois que ce qu’il s'est passé c’est que j'ai défendu ma thèse avec suffisamment de force et de conviction pour que ça crée un évènement, un événement politique qui va donner les élections suivantes.  

Vous souvenez-vous de la façon dont vous vous êtes préparé pour cette Heure de vérité qui était vraiment la grand messe politique à l'époque ? 

Je ne me suis jamais préparé spécialement pour aucune émission, j’y allais de bon cœur avec mes atouts naturels. Je n'ai jamais fait de préparation particulière, de briefing, de réunion de bureau, de choses comme ça.  

Le 13 février 1984 , Jean-Marie Le Pen est pour la première fois invité à L'Heure de vérité, sur Antenne 2, quatre mois avant les élections européennes.
Le 13 février 1984 , Jean-Marie Le Pen est pour la première fois invité à L'Heure de vérité, sur Antenne 2, quatre mois avant les élections européennes.
© Getty - Laurent Maous / Gamma-Rapho

Il y a une part d'improvisation dans cette émission ? 

Sûrement oui, bien sûr, totalement improvisée. Et je ne sais pas du tout les questions qui me seront posées, y compris quand je ferai la minute de silence pour les gens du goulag, ça me vient à ce moment-là. Je vis mon débat politique.  

Avez-vous le sentiment à la sortie de cette émission que quelque chose s'est produit dans l'opinion publique ? 

Pas du tout. Je n'ai pas du tout le sentiment d'avoir fait quelque chose d'extraordinaire parce que ce que j'ai fait là, je le fais sur des tribunes, dans des petites réunions de province, mais avec la même fougue, la même flamme, le même enthousiasme. Seulement avec beaucoup moins d'auditeurs !  

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En juin 1984, vous faites un score de 11% au niveau national. Et là, le Front national sort réellement de l'anonymat. 

C'est ça. C'est la première fois. Et puis il se maintiendra avec des hauts et des bas, mais toujours en place. Quand j'ai cessé d'être député il y a deux ans, j'avais fait 35 ans de mandat européen !  

Nicolas Lebourg : "L'élément le plus important qui permet au Front national d'émerger au début des années 80, c'est la victoire de la gauche qui change complètement le paysage politique".

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Le premier élément qui permet au Front national d'émerger au début des années 80, c'est la victoire de la gauche, qui change complètement le paysage politique. Aux élections européennes de 84, ceux qui votent FN viennent de milieux plutôt bourgeois : ils n'ont pas voté Georges Marchais en 81, ils ont voté pour Jacques Chirac. C'est une droite conservatrice qui se radicalise face à la gauche au pouvoir, et qui va envoyer un signal fort aux partis de droite, comme quoi elle veut une opposition musclée. Ensuite, cette sociologie va évoluer.                
Nicolas Lebourg

Trente-cinq ans comme élu européen et vous dites dans votre livre que cela n'a servi à rien… 

J’ai fait ce que j’ai pu, ça n'a pas abouti aux résultats que je souhaitais, mais peut-être cela aboutira un jour, je n'en sais rien. L'essentiel est de se battre. Ça n'est pas l'espoir de la victoire qui fait la dignité du combattant, c'est sa volonté de combattre, quels que soient les circonstances. Moi, j'ai combattu pour mes idées, sans problème tout le temps. 

Le Parlement européen était-il le bon endroit pour combattre puisque vous étiez anti-européen ?  

Je n'étais pas anti-européen, j'étais contre cette Europe-là. Vous savez, je suis plutôt partisan du bloc Boréal, c'est à dire de convention boréale qui irait de Vladivostok à Gibraltar et qui comprendrait bien sûr la Russie, la Sibérie et les pays de l'ouest européen, qui seront d'ailleurs, les uns et les autres la cible de la déferlante migratoire qui vont naître de l'explosion démographique, le phénomène principal de notre siècle. Et je crois que là, nous avons une idée qui est celle de la défense de nos derniers bastions. Car si nous ne sommes pas capables de faire cette organisation boréale, nous serons sans doute submergés par les vagues migratoires du monde entier.  

Jean-Marie Le Pen au Parlement européen de Bruxelles le 24 avril 2002.
Jean-Marie Le Pen au Parlement européen de Bruxelles le 24 avril 2002.
© AFP - Gérard Cerles

La phrase exacte de votre livre est : "En sept mandatures au Parlement européen, j’estime que mon bilan là-bas est nul". 

J'ai écrit ça dans un accès de modestie (rires). Un bilan n'est jamais nul. Les gens que j'ai entraînés que j’ai formés, qui se sont formés dans le combat et qui ont continué, ça n'est pas nul. Je ne souscrirais pas à nouveau à cette formule. Elle est venue un jour de détresse, un jour de spleen, qu’on traverse aussi même quand on est un vigoureux combattant (rires) ! 

En 1987, il y a la fameuse affaire du "détail" et vous écrivez dans vos mémoires que sans le "détail", vous auriez sans doute obtenu le pouvoir. 

Oui. Cette affaire était une escroquerie. Mes adversaires se sont servi d'une formule qui n'avait absolument aucune signification malveillante ou même négative. J'avais dit qu’un des phénomènes de la Deuxième Guerre mondiale était un détail de l'histoire de la guerre, ce qui était évident. De la même manière que cette table est un détail de l'ameublement de cet immeuble et on s'est servi de ça pour faire croire que je méprisais, et que j’agressais en quelque sorte, le souvenir des gens qui étaient morts, etc. J'avais dit pourtant que le mort de la Deuxième guerre mondiale le plus important pour moi, c’était mon père. Il paraît que ça n'était pas suffisant, il fallait plutôt reconnaître les morts des autres que les miens.  

Jean-Marie Le Pen revient sur l'affaire du "détail"

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En 1987, quand vous dites cette phrase, c'est un malentendu ou au contraire, c'est réfléchi ? 

C’est un débat, comme ce que je vous dis maintenant, c'est pas plus réfléchi que ça. On me suggère une formule. Je dis non : "Je pense que c’est un détail de la Deuxième Guerre mondiale", ce qui était une évidence, sauf pour les malveillants et les fraudeurs politiques qui s'en sont servis comme d'une arme en faisant semblant de croire que j'avais voulu dire autre chose.  

Mais vous avez par la suite réitéré ces propos à plusieurs reprises. 

Je les ai réitérés (rires), parce que je les croyais vrais et que je les crois vrais, c’est tout. Si on vous dit : "Vous avez dit que ça, c'était un verre et vous l’avez répété". Bah je dis : "Oui, oui, je vous le répète en effet et je le répéterai tant qu’il sera là." 

Nicolas Lebourg : "Jean-Marie Le Pen dit dans le second tome de ses Mémoires, que c'est la réaction au "point de détail" qui a fait qu'il a regardé autrement ce que disait François Duprat".

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Jean-Marie Le Pen au départ n'était pas tellement intéressé par la question du négationnisme dans les années 70. (...) Mais les choses évoluent au fur et à mesure. Lui-même dit dans le second tome de ses "Mémoires" que c'est la réaction au "point de détail" qui fait qu'il s'y est plus est intéressé. sous entendu, il a découvert l'importance du "lobby juif" et de sa capacité à créer des "campagnes de calomnies" à son encontre.                    
Nicolas Lebourg

Avez-vous vraiment le sentiment que c'est cette phrase qui vous a empêché d'accéder au pouvoir ? 

On ne peut pas dire ça aussi simplement que ça. Mais il est certain que cela a été un des éléments qui ont contribué à discréditer l'action du Front national et à lui donner une réputation qu'il ne méritait pas. C'est de la diffamation. Mais quand les diffamateurs sont au pouvoir et vous dans l'opposition, eh bien leurs propos ont beaucoup plus d'importance que les vôtres.  

Parce que suite à cette phrase-là, beaucoup ont dit : "Jean-Marie Le Pen ne souhaite pas accéder au pouvoir"

(rires) Je dois dire que ce raisonnement est absurde puisque toute action politique a pour objectif, bien sûr, d'arriver au pouvoir, pour mettre en œuvre le programme que l'on croit nécessaire, différent de celui qui a été suivi jusque alors, et que l'on croit nécessaire au redressement du pays. Et en plus, les attaques que j'ai subies de ce chef ne m'ont jamais découragé de me battre. J’ai continué à combattre imperturbablement. 

Nicolas Lebourg : "Jean-Marie Le Pen rêve vraiment en 1986 d'une grande coalition à laquelle il pourrait participer dans le gouvernement de Jacques Chirac".

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Il rêve vraiment en 1986 d'une grande coalition à laquelle il pourrait participer dans le gouvernement de Jacques Chirac. On lui prête d'avoir eu le rêve d'être ministre de la Défense. Là, il croit dans la possibilité de participer au pouvoir.                    
Nicolas Lebourg

En 1988, un an après cette affaire, il y a la présidentielle et vous faites 14,4%. Vous passez de 0,74% quatorze ans plus tôt à 14,4. Là, de nouveau, quelque chose se passe dans l'opinion publique. 

Oui, le Front national commence à s'imposer comme une force nouvelle, comme une option, peut-être un peu plus tard comme une alternative à la politique dont un certain nombre de gens voient bien qu'elle commande le déclin progressif de la France.  

Et puis, en 1998, il y a la fameuse scission avec l'équipe de Bruno Mégret… 

Je crois en avoir l'explication. La plupart de mes opposants étaient des hauts fonctionnaires qui estimaient que j'avais largement dépassé l'âge de la retraite et que, conformément à leurs administrations, il était normal que je cède la place à mes successeurs. Et comme je n'avais pas le même sentiment qu’eux, ça a créé une difficulté qui a provoqué leur départ. 

Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret le 11 février 1993 dans un meeting électoral à Toulon.
Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret le 11 février 1993 dans un meeting électoral à Toulon.
© AFP - Georges Gobet

Ce sont des différences sociologiques, ou alors il y avait des différences idéologiques aussi derrière ? 

Je pense que c'était sociologique, principalement plus qu’idéologique. Je déplore pour ma part l’excès de l'importance des hauts fonctionnaires dans la vie politique française et les espèces d'allers-retours qu'ils font avec le pantouflage, les entreprises privées et le retour dans la fonction publique et inversement. Et je le regrette parce que quelles que soient les hautes qualités de notre haute administration, elle a aussi des vices fondamentaux dans le domaine de l'imagination, de l’enthousiasme, de la lutte.  

Sans parler d'idéologie, malgré tout, au niveau de la stratégie, il y a quand même des différences entre Bruno Mégret et vous. Bruno Mégret pense qu'il faut s'allier avec la droite, et vous vous dites que le système va s'écrouler et que vous allez récupérer la mise derrière. 

Oui, je pense qu’il y a de ça. Mais d'abord, pour s'allier avec la droite, il faut que la droite soit d'accord et elle est d'accord si vous adoptez ses positions, et en tout cas si vous renoncez à la partie de votre programme qui fait justement votre originalité et votre attrait sur des catégories sociales que justement, la droite ne touche plus. Oui, c'est vrai, il y a là une différence idéologique certaine, mais je continue à croire que c'est moi qui avais raison.  

Qu'est-ce qui fait votre originalité par rapport à la droite ? Qu'est-ce qui vous différencie d'elle, et qui fait que vous ne pouvez pas vous allier à elle ?  

Je n'ai jamais dit que je ne pouvais pas m’allier à elle et qu'on ne pouvait pas s'allier à elle. Mais encore faut-il que ce soit sur une base de respect réciproque, et que, si nous acceptons nous de nous allier dans un combat électoral quelconque avec la droite, il faut aussi qu'elle accepte de le faire avec nous ou sans poser de conditions inacceptables.  

C'était quoi les conditions inacceptables ?  

Nous avions des positions différentes sur pas mal de points. Nous étions plus une formation sociale et la droite est une formation plus bourgeoise. 

On parle encore de différences sociologiques. 

Oui, oui. C’est sûr.  

Nicolas Lebourg : "Jean-Marie Le Pen liquide complètement la question politique. Plusieurs fois (...), il revient plus à de la sociologie qu'à de l'idéologie".

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Il liquide complètement la question politique. Plusieurs fois quand vous l'interrogez sur les rapports entre l'extrême droite et la droite, c'est vrai qu'il revient plus à de la sociologie qu'à de l'idéologie. Jean-Marie Le Pen paraît ne pas vouloir admettre que son programme puisse sincèrement rebuter des gens de droite.                      
Nicolas Lebourg

A propos de cette non-alliance avec la droite, vous pensiez réellement à l'époque que le système allait s'écrouler et que derrière, vous alliez pouvoir récupérer le pouvoir ? Vous en étiez persuadé ? 

Oui, mais c'est sur le long terme tout ça. Je mettais en cause le système que j'appellerais déclinatoire, le système du déclin, les gens qui acceptaient somme toute que la France régresse sur beaucoup de sujets. Moi, j'étais partisan, au contraire d'un esprit de reconquête, de dynamisme. Que la France joue son rôle d'entraîneur de pays, c’était la divergence. Et il y avait peut-être incompatibilité entre les deux formes d'expressions politiques.  

Et en 2002, la "divine surprise". Vous êtes au second tour devant Lionel Jospin. Vous vous y attendiez ? 

Je ne fais pas ce genre de raisonnement. Je me bats dans la campagne électorale et je vais aux résultats sans spéculer. Je suis en seconde position. Je suis à près de 18% et Jacques Chirac, président sortant, ne fait pas 20%. Nous sommes donc très proches l’un de l'autre, mais toutes les forces politiques, sociales, économiques, religieuses vont se coaliser pour s'opposer à moi et soutenir Chirac dont ils disaient quelquefois pis que pendre dans leurs journaux. Mais ils vont le soutenir contre moi, présenté comme l'alternative abominable d'un pouvoir national accusé d'être fasciste. Bref, tout simplement des mensonges mais qui ont porté et qui portent parce quand il n’y a qu'une seule source, il est évident qu'elle va apparaître comme presque officielle. L'ensemble du monde politique et autres étaient contre moi, contre le changement. Vous voulez continuer dans la voie du déclin ? C'est vrai que la pente descendante est plus agréable que la pente montante. Moi, je proposais de remonter, eux proposaient de continuer à descendre tranquillement.  

Le soir du premier tour, tout le monde est enthousiaste au sein du parti. Vous, vous avez un air grave. Pourquoi ? 

Comme je vous l'ai dit, j'ai fait 17,8%, et Jacques Chirac ne fait pas 20% et par conséquent, il est possible de gagner, et je me dis que nous allons peut-être dans quinze jours devoir nous trouver, désigner un secrétaire général de l'Élysée, un Premier ministre, faire un nouveau gouvernement, de nouvelles élections et toutes ces perspectives sont des perspectives qui me poussent à la gravité plus qu'à l’enthousiasme. 

Êtes-vous prêt ?  

Je me dis : "On fera avec ce qu'on a" bien sûr, comme on a toujours fait, mais ce n'est pas sans une certaine appréhension quand même qu'on envisage des perspectives de ce genre. 

La "divine surprise" de 2002

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En 2011, il y a donc la succession au sein de la présidence du Front national. Vous choisissez Marine Le Pen plutôt que Bruno Gollnisch, qui, pourtant, était votre dauphin désigné pendant de nombreuses années… 

Non, il n'a jamais été le dauphin désigné. Il était l’une des principales personnalités et il le méritait. C'est quelqu’un de grande qualité, c’est un ami de surcroît. Mais je lui ai dit : "Bruno, tu as subi une opération cardiaque importante. Marine est une femme. Et il me semble que le temps, la mode mondiale est aux femmes. Et troisièmement, elle s'appelle Le Pen. Elle a un atout maître. Par conséquent, je la soutiendrai, ayant toujours cette tendance de soutenir plutôt les jeunes que les anciens".  

Et donc elle est désignée présidente du Front national pendant ce fameux congrès. Quel est votre sentiment à ce moment-là ? 

Je suis très content. Il y a un responsable, jeune, dynamique, sympathique, attractif et tout le monde, y compris Bruno Gollnisch, accepte le résultat du congrès et nous allons de l'avant. Nous espérons que ça va marcher, mais je laisse à Marine Le Pen l'ensemble de ses responsabilités et je n'essaie pas de gouverner par personne interposée, ni même d'influencer la marche du mouvement, convaincu que, comme elle l'a dit dans son discours d'investiture, elle va continuer dans la voie que j'avais tracée.  

Marine Le Pen le 16 janvier 2011, à Tours, alors qu'elle vient d'être élue présidente du Front national avec 67,65 % des voix contre 32,25 % à son challenger, Bruno Gollnisch.
Marine Le Pen le 16 janvier 2011, à Tours, alors qu'elle vient d'être élue présidente du Front national avec 67,65 % des voix contre 32,25 % à son challenger, Bruno Gollnisch.
© AFP - Miguel Medina

Et pourtant, elle vous écarte progressivement du parti jusqu'à l'exclusion définitive… 

Quatre ans après ! Mais il a passé de l'eau sous les ponts. Il est arrivé un certain nombre de gens dont Philippot. Il a une autre vision que moi, une autre expérience… 

À réécouter : Du FN au RN : dix ans de dédiabolisation

Et ce sont notamment les questions qui tournent autour de la Seconde Guerre mondiale qui sont le point de discorde… 

Non, pas du tout (rires). Ce sont les adversaires qui ont voulu faire porter le débat sur ces questions-là, essentiellement sur l'affaire du détail d'ailleurs. Parce que pour ce qui est de la résistance, j'avais personnellement des titres plus importants que la plupart des gens qui se trouvaient me contester. 

En 2015, il y a ce moment, le 1er mai, où vous criez "Jeanne au secours !" Qu'est-ce que ça veut dire, cette phrase-là ? 

Jeanne, au secours de la France, bien sûr ! Pas au secours de Jean-Marie Le Pen. J’appelle rarement au secours ! C'était une formule percutante. Demander que l’une des patronnes principales de la France vienne à son secours le jour du défilé en son honneur n'avait pas quelque chose de détonnant pour la plupart des gens, sauf ceux qui se sont félicités de cette proclamation solennelle. 

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Qu'est-ce qui vous plaît tant chez Jeanne d'Arc ? 

(silence) Tout ! Même le cheval (rires). C'est un personnage extraordinaire, comme il n'en existe dans aucun pays du monde qui arrive sur la scène française à un moment dramatique pour la France et qui va servir de point de ralliement, organiser l'expulsion des occupants, et finir par l'obtenir, mourir en martyr dans des conditions absolument tragiques mais qui vont l’imposer, dans l'infini politique à un très très haut niveau. C'est une jeune fille, tout le monde l'oublie… Elle n'a pas 20 ans quand elle meurt ! Elle va être pour moi un modèle, non seulement intellectuel, mais aussi culturel, affectif.  

Quels souvenirs voudriez-vous que l'on garde de vous ? 

"Il était grand, il était beau, il sentait bon le sable chaud, mon légionnaire" (rires). Cela n’a pas beaucoup d’importance, vous savez… Si on garde le souvenir de quelqu’un qui a souhaité soutenir son pays dans l’adversité… Sans plus. Je pense que j'ai mené un combat honorable, et s'il est reconnu comme tel, au moins par ceux qui m’ont connu c’est l’essentiel ! Pour le reste, comme tout le monde, j'irai dans la caisse en bois.  

Est-ce un combat que vous avez perdu, puisque les causes que vous avez défendues, l'Algérie française, la mémoire de Pétain, par exemple… 

Je n'ai pas été un combattant de la mémoire de Pétain ! Mais je n'ai pas conspué l'image du maréchal Pétain. Et c’est un crime ? Le vainqueur de Verdun n'avait pas droit aux hommages de la France ? Mais même le général de Gaulle lui-même, dans ses mémoires, a reconnu le respect qui lui était dû. Pour le reste, ça appartenait au passé.  

Mais est-ce que dans les combats que vous avez menés, il y a un combat dont vous vous dites "Là, j'en suis sorti victorieux"

Oui, la France survit donc déjà j’ai gagné dans la mesure où la France, à l'heure où nous parlons, est encore une nation libre, vivante, même si elle connaît de grandes difficultés, si elle connaît un abaissement démographique redoutable. Il n'en reste pas moins que dans le combat que j'ai mené, même si il n'a pas abouti à des victoires... Je ne suis pas mal dans ma peau et dans ma conscience. Après tout, je n'ai peut-être pas fait grand chose, mais je l'ai fait de grand cœur.  

Nicolas Lebourg : "Le FN/RN est une force politique qui est arrivée à une capacité de blocage institutionnel absolument extraordinaire".

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L'Histoire politique retiendra une chose : Jean-Marie Le Pen a été en capacité à un moment de faire de ce qui n'a jamais été qu'un conglomérat diffus et impuissant, (...) d'en faire une force politique, cohérente et capable de remporter des millions de suffrages, et de peser sur le débat intellectuel. Et pas seulement : de peser également sur le débat parlementaire. Le FN agit comme un lobby.                
Nicolas Lebourg

Il y a quelque chose qui m'a marqué dans vos Mémoires, c'est qu'à plusieurs reprises, vous pardonnez, vous pardonnez beaucoup… vous pardonnez à tous ceux qui vous ont trahi. 

Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés… (rires) 

Vous avez cette faculté de pardon. Je ne sais pas s'il y a une origine chrétienne. Vous pardonnez beaucoup, mais vous ne vous excusez jamais… 

Je n'ai pas de raison de m'excuser. Je n'ai pas de raison de demander pardon. J'estime que l'on peut se tromper, que les hommes sont faillibles et qu’ils ne sont pas pour autant à rejeter définitivement parce qu'une fois ou l'autre, ils ont manqué. Il faut essayer en permanence de rassembler les gens tels qu'ils sont, avec leurs qualités, leurs défauts et ils ne sont généralement pas réductibles à une seule de ces valeurs. Ils n’ont pas que des défauts et des qualités. Ils sont des hommes et des femmes, des êtres humains avec lesquels il faut obtenir le dévouement, le détachement, le désintéressement. Ce qui est exiger beaucoup des hommes et leur mérite souvent le pardon.  

Et vous, vous avez commis des erreurs ? 

Sûrement ! Je vous ai dit que la première d'entre elles, c’était de ne pas m’être présenté comme candidat en 1965. 

Ça, c'est un regret. Mais est-ce que vous avez des remords ?  

Non, pas de remords. Sans haine, sans crainte, sans remords.  

Nicolas Lebourg "Le Pen est un homme de colères, qui ensuite pardonne. Il a fait ça toute sa vie. (...) En revanche, il ne s'excuse jamais. Il a toujours eu raison".

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Sa capacité à pardonner dans toute sa vie politique et sa vie personnelle est incroyable. Il se fâche avec les gens et après il leur pardonne. Le Pen est un homme de colères, qui ensuite pardonne. Il a fait ça toute sa vie. (...) En revanche, il ne s'excuse jamais. Il a toujours eu raison.                
Nicolas Lebourg