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Jean Renoir : "A partir du moment où dans un métier on est sûr de ce qu'on fait, on est perdu"

Jean Renoir à Paris en 1960.
Jean Renoir à Paris en 1960.
© Getty - Tony Vaccaro/Hulton Archive

1958. Quatrième entretien avec Jean Renoir qui raconte ses débuts de cinéaste en 1922, alors qu'il était à la recherche d'un travail plus artisanal qu'artistique. Abandonnant la céramique, c'est tout naturellement qu'il se tourne vers le cinématographe auquel il portait un grand intérêt.

Au cours de cette discussion enregistrée en 1958 et rediffusée en 2001, Jean Renoir commence par revenir sur ses souvenirs de guerre et compare l'aviation de chasse dans laquelle il a combattu, à une "prolongation" de la cavalerie.

Jean Renoir dans "Mémorables", une série d'entretiens réalisée en 1958 et rediffusée en 2001. 4/10

23 min

Jean Renoir raconte ensuite comment avec son frère Claude, ils sont devenus céramistes malgré ses doutes sur cette pratique artistique. 

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L'exemple de mon père et le fait que tous les jours nous le voyions peindre faisait que pour rien au monde nous n'aurions voulu faire de la peinture. Cette crainte allait même jusqu'à nous éloigner de toute profession artistique, de toute profession dans laquelle on peut avoir la prétention de s'exprimer soi-même. Nous étions les témoins journaliers de cette espèce de miracle qu'était mon père devant un chevalet et nous savions bien que nous ne pourrions jamais espérer atteindre cette maîtrise et nous préférions nous confiner à des exercices plus modestes.

Alors que son frère continue la céramique d'art, Jean, lui, se tourne vers le cinéma.

J'ai peur de faire de la peinture, par conséquent je vais faire autre chose. Et c'est à ce moment-là que j'ai décidé que j'allais essayer de faire du cinéma. Le cinéma me semblait un métier plus artisanal et me semblait, en tous cas en ce qui concerne le metteur en scène, plus anonyme. J'étais même convaincu que le cinéma serait pour moi une façon de travailler tout en gardant un anonymat complet, d'être simplement une sorte d'artisan derrière la caméra et de ne jamais me trouver en face des problèmes redoutables de la réalisation et de l'expression personnelle.

Commençant le cinéma en 1922, Jean Renoir se souvient de ses débuts.

Je crois énormément au hasard. Je crois qu'à partir du moment où dans un métier on est sûr de ce qu'on fait, on est perdu. Et il me semblait que la part du hasard dans le cinéma... Surtout au début, il est évident que la somme des hasards était très grande et c'est ce qui rendait le cinéma de cette époque absolument passionnant.

Convalescent à Paris pendant la guerre, il raconte qu'il pouvait voir une cinquantaine de films par semaine, très friand des films américains : "Plus je voyais de films, plus j'aimais ça." Son intérêt pour le cinéma remontait même avant cet épisode, au cours d'une permission pendant laquelle des camarades lui avaient conseillé : "A ta première permission, il faut aller voir Charlot !"

  • "Mémorables" avec Jean Renoir 4/10
  • Première diffusion le 10/05/2001
  • Producteur : Jean Serge
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France