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Jean Renoir raconte les derniers jours de son père, Auguste Renoir

Auguste Renoir en train de peindre vers la fin de sa vie, souffrant de polyarthrite qui déforme ses mains.
Auguste Renoir en train de peindre vers la fin de sa vie, souffrant de polyarthrite qui déforme ses mains.
© Getty - Pictures Inc./The Life Picture Collection

1958. Dixième et dernière partie d'une série d'entretiens avec le cinéaste Jean Renoir qui relate la fin de la vie de son père, le peintre Auguste Renoir, chantonnant devant sa toile, malgré la pneumonie qui devait l'emporter en 1919, à l'âge de 78 ans.

Lors de ce dixième et ultime entretien avec Jean Renoir, enregistré en 1958, le cinéaste fait encore appel à ses souvenirs autour de son père. Il relate avec force d'anecdotes, les relations d'Auguste Renoir avec différents marchands de tableaux, notamment Ambroise Vollard, pas encore célèbre, venu le trouver pour lui acheter des toiles. 

Mon père m'a souvent raconté la première visite de Vollard. Il était dans une très grande misère mais il avait de la détermination. Il voulait être marchand de tableaux. Il est venu voir mon père parce qu'il avait vu des toiles exposées et qu'il aimait la peinture de mon père. [...] Mon père lui a dit non car il tenait à être fidèle à Durand-Ruel. Mais mon père lui a dit : "Je connais un peintre qui, lui, je vous assure a du génie et vous devriez aller le voir et lui acheter des toiles si vous avez de l'argent, même très peu." Et ce peintre, c'était Cézanne. Mon père a envoyé Vollard à Cézanne et cette circonstance a certainement permis à beaucoup de gens de connaître les tableaux de Cézanne et a permis en tout cas à Vollard de connaître la réussite la plus étourdissante du siècle.

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Jean Renoir dans "Mémorables", une série d'entretiens réalisée en 1958 et rediffusée en 2001. 10/10

24 min

Sa palette était d'une propreté minutieuse et à certaines époques de sa vie, je l'ai vu ne pas dépasser huit couleurs, huit couleurs qu'il mélangeait très proprement. C'était exactement le contraire de l'époque de l'école qui consiste à employer des couleurs en masse et à les mélanger sur la palette. Sa palette était aussi minutieuse que le panier à ouvrage d'une couturière bien ordonnée. Il peignait à tous petits coups de pinceau. Il employait peu de couleurs.

Pour conclure cet entretien, Jean Renoir raconte les derniers jours de son père souffrant d'une bronchite devenue pneumonie qui se rajoutait à sa polyarthrite de plus en plus paralysante.

Nous l'asseyions sur sa chaise à porteur, et encore deux jours avant sa disparition, il a tenu à aller dans le jardin et à commencer un paysage. Nous l'avons porté dans le jardin [...] Il a regardé les oliviers, j'ose dire qu'il s'est perdu dans les oliviers, mais il souffrait, il souffrait terriblement. De temps en temps, lui qui ne se plaignait jamais laissait même échapper un gémissement. On a placé la toile sur son chevalet, devant lui, on a ouvert la boîte de couleurs, la palette était toute prête, bien propre, le pinceau qu'on a mis dans sa main et il a commencé à prendre de la couleur, à la mettre sur la toile. Il a cessé de gémir, son œil s'est éclairé. Nous sentions que la joie de peindre était en train de le posséder et au bout de quelques minutes il s'est mis à chantonner.

58 min
  • "Mémorables" avec Jean Renoir 10/10
  • Première diffusion le 18/05/2001
  • Producteur : Jean Serge
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France