Jean Renoir sur son père : "Il n'aimait pas la perfection, il aimait mieux la vie"

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Jean Renoir sur son père : "Il n'aimait pas la perfection, il aimait mieux la vie"

Auguste Renoir en train de peindre vers la fin de sa vie, souffrant de polyarthrite qui déforme ses mains.
Auguste Renoir en train de peindre vers la fin de sa vie, souffrant de polyarthrite qui déforme ses mains.
© Getty - Pictures Inc./The Life Picture Collection

1958. Huitième entretien avec le réalisateur Jean Renoir pour parler de son père, le peintre Auguste Renoir. Il raconte que pour lui, tout était peignable, qu'il aimait le gris de Paris et qu'il peignait encore le dernier jour de sa vie le 3 décembre 1919 à l'âge de 78 ans.

Dans ce huitième entretien enregistré en 1958, Jean Renoir continue de faire revivre la mémoire de son père, Auguste Renoir.

Mon père, en réalité, était un révolutionnaire classique. D'ailleurs dans toutes ses idées, il présentait une espèce d'étrange mélange d'anarchie et de conservatisme qui troublait beaucoup les gens... en tout.

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Jean Renoir dans "Mémorables", une série d'entretiens réalisée en 1958 et rediffusée en 2001. 8/10

25 min

Auguste Renoir avait l'habitude, raconte son fils, de faire poser sa famille et ses amis pour ses tableaux. Il recherchait avant tout pour son modèle, "le naturel" et à "ce qu'il reste lui-même".

Dans l'esprit de mon père, tout ce qui était peignable, devait poser. On avait l'impression que son œil fouillait la nature autour de lui, fouillait les êtres humains, les arbres... et découvrait immédiatement tout ce qui était peignable. D'ailleurs, il ne comprenait pas que l'on se déplaça pour peindre, lorsque quelqu'un lui disait : "Moi, pour peindre j'aimerais beaucoup aller dans les Indes, ou bien j'ai besoin d'aller dans le Midi." Mon père ne comprenait pas et il disait : "Moi, vous savez, un pommier dans la cour de ma maison, ça me suffit très bien. Et s'il n'y a pas de pommier, et bien trois pommes sur un plat me suffisent. Evidemment, si en plus de cela j'ai des êtres humains, c'est encore plus passionnant que des pommes."

Jean Renoir raconte par la suite le départ de la famille dans le Midi en raison des problèmes de santé de son père mais aussi pour répondre peut-être à un besoin de changement de sujets à peindre, comme si Renoir avait atteint un seuil dans son "développement artistique" et pouvait enfin "embrasser le monde" : "On avait l'impression quand on enlevait les vitres, que l'herbe poussait dans l'atelier."

Mon père avait grandi dans le climat parisien et il considérait qu'il devait tout à l'atmosphère parisienne, au ciel de Paris, aux couleurs de Paris, au gris de Paris. Il tenait beaucoup au gris de Paris, il y croyait énormément.

Il évoque alors avec tristesse la fin de vie de son père, déformé par une polyarthrite, même si jusqu'à la fin, Auguste Renoir a peint : "Mon père a peint jusqu'à la fin de sa vie, mon père peignait le jour où il est mort."

Mon père a gardé jusqu'au jour de sa mort, une main d'une sûreté incroyable. Son corps était entièrement déformé, c'était vraiment très impressionnant de le voir. [...] Il avait l'air absolument détaché de tout lien matériel, il n'avait plus que la peau et les os. [...] mais il avait conservé des bras d'une sûreté absolue. Il pouvait prendre son pinceau, prendre une petite touche de blanc pour marquer un petit point dans l’œil du personnage, et le petit point blanc arrivait, toc, exactement comme si une flèche l'avait lancé.

Grands écrivains, grandes conférences
58 min
  • "Mémorables" avec Jean Renoir 8/10
  • Première diffusion le 16/05/2001
  • Producteur : Jean Serge
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France