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Jean Rochefort, homme de théâtre avant tout

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Jean Rochefort, cigarette à la main, dans une loge du Théâtre Antoine.
Jean Rochefort, cigarette à la main, dans une loge du Théâtre Antoine.
© AFP - JEAN CLAUDE MALLINJOD / INA

1969. Comédien par vocation, c'est ainsi que se définissait Jean Rochefort. En 1969, sur l'antenne de France Culture, il racontait la naissance de cette prédestination théâtrale, mais également son indéfectible passion pour le jeu d'acteur.

Alors que Jean Rochefort est décédé ce lundi 9 octobre 2017 à l'âge 87 ans, nous vous proposons de réécouter le comédien dans une archive radiophonique diffusée sur France Culture le 4 avril 1969. Dans l'émission Images et visages du théâtre, au micro de Moussa Abadi, il racontait, d'une voix calme et assurée, sa passion pour son métier :

Moussa Abadi s'entretient avec Jean Rochefort (Images et visages du théâtre d'aujourd'hui du 03.04.1969)

29 min

26 min

Son métier ? Le cinéma, où il se fera connaître du grand public, mais aussi le théâtre. Et même d'abord, le théâtre, comme nous l'apprend cette archive. En 1969, à trente-neuf ans, Jean Rochefort confiait en effet à Moussa Abadi sa préférence pour le théâtre, même si celui-ci lui donnait davantage le trac que le cinéma. Mais qu'il s'agisse de l'un ou de l'autre, c'est d'une passion intacte pour le métier de comédien qu'il témoigne. "Je serais comédien, sans hésiter", affirmait Jean Rochefort avec la même assurance qu'à ses débuts, lorsque le producteur lui demandait quel autre métier il choisirait s'il n'était pas comédien.

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Le théâtre, une vocation

Au départ de sa vocation théâtrale, la radio. C'est en effet par l'intermédiaire de la radio qu'il a été pour la première fois en contact avec le théâtre :

J’avais le goût du théâtre - que je connaissais uniquement par la radio d’ailleurs - parce que j’écoutais une fois par semaine les retransmissions théâtrales qu’il y avait en direct des théâtres, ce qui ne se fait plus d’ailleurs maintenant. Et je trouvais ça absolument admirable. Pour un adolescent, l’atmosphère à la radio était rendu merveilleusement. On entendait grincer le plancher de la scène quand les acteurs se déplaçaient. Et c’est ça qui m’a donné immédiatement l’attirance pour le théâtre que je ne connaissais pas, que je n’avais jamais vu.

En 1947, sa première rencontre avec le théâtre à la Comédie Française, est pourtant très décevante. Livrant son ennui au filleul de guerre de sa mère, celui-ci l'emmena voir un deuxième spectacle, l'après-midi même, à la Gaité Montparnasse cette fois :

Quand la lumière s’est rallumée après cette représentation, je savais que je serai comédien.

Quelques mois plus tard, il tente le conservatoire de Nantes et dit, à quiconque voulait l’entendre, qu’il deviendra comédien professionnel. Il n'est pas retenu au concours, et l'échec est cuisant, difficile à encaisser. Il décide alors de tenter l'aventure parisienne et intègre l'école de la Rue Blanche.

En 1949, il entre au Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique dans la classe de Georges Le Roy. A la fin de première année, il s'en va pour son service militaire. A son retour au Conservatoire, les têtes ont changé et parmi ses camarades de promotion, de futurs grands noms : Jean-Paul Belmondo, Jean-Pierre Marielle ou encore Annie Girardot. Au gré des rencontres, le réseau théâtral se forge. "Un acteur, dit-il, apprend aussi sa profession par les gens qu’il fréquente et qu’il voit."

"J’aime l’acteur-artiste"

A la sortie du Conservatoire, il entre dans la compagnie Grenier-Hussenot pour faire du cabaret. Il y restera sept ans. Puis les grands noms s'enchaînent. Il joue les textes de René de Obaldia, François Billetdoux, Harold Pinter, Luigi Pirandello ou encore Arthur Miller, et a par ailleurs travaillé avec de grands metteurs en scène tels que Claude Régy. Se tenant à distance des metteurs en scène trop dirigistes, il refuse de travailler avec des metteurs en scène qui enferment le comédien dans un rôle marionnettique, et revendique la démarche de création de l'acteur :

J’aime que le metteur en scène ne soit pas totalement un directeur d’acteur. […] Ce que je lui demande surtout, c’est de me donner envie d’arriver à me dépasser moi-même. J’aime l’acteur par vocation. J’aime l’acteur-artiste, le monsieur qui, de par sa vocation exprime des choses, fait passer des choses. J’aime chercher moi-même, et j’aime que ça soit Rochefort qui interprète un rôle, à sa manière, et non pas un metteur en scène qui va m’enfermer dans un carcan.

Une carrière exigeante

En 1969, au micro de Moussa Abadi, il poursuit alors, sur la manière dont il travaille ses personnages :

Je me raconte des choses. J’aime toujours me demander - et ça m’est très bénéfique - ce que ce personnage était en train de faire cinq minutes avant d’entrer en scène. Savoir ce qu’il fait, d’où il vient, le situer socialement et intellectuellement. Quand je me suis fait cette petite histoire intérieure, les réactions sur le dialogue viennent assez vite, parce que je sais - parce que je me le suis raconté avant - comment il va réagir devant cette situation.

Dans cette même archive de 1969, Jean Rochefort revendique l'enthousiasme comme critère principal lorsqu'il choisissait soigneusement ses rôles. Il l'expliquait en ces termes :

J’ai toujours refusé ce qui ne m’inspirait pas. Depuis douze ans, je ne joue que ce que j’aime passionnément. C’est souvent difficile, il faut faire des sacrifices à tous points de vue. Mais c’est toujours cette passion pour le théâtre qui m’a forcé dans des moments difficiles pour faire ce qui m’enthousiasmait.

Pour réentendre Jean Rochefort, vous pouvez également l'écouter à travers cinq entretiens diffusés dans l'émission A voix nue en 2012 :

A voix nue Jean Rochefort épisode 1

28 min

Vous pouvez également l'entendre dans Les Nuits de France Culture, lorsqu'il lisait Les Petites dames de Raymond Queneau :

Archive INA - Radio France