Jeanne Vicérial invente la mode du futur - #CulturePrime

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Jeanne Vicerial invente la mode du futur

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Réconcilier mode et écologie ? C'est ce que propose l'artiste Jeanne Vicerial, actuellement pensionnaire à la Villa Médicis, en inventant une machine qui réunit prêt-à-porter et sur-mesure, au plus près de nos corps et à partir d'un seul fil recyclé.

_"La question principale c’est de savoir comment réintégrer le sur-mesure dans la création vestimentaire contemporaine, et essayer de trouver des solutions." C_outurière, inventeuse, designeuse, chercheuse, artiste, Jeanne Vicerial est l'une des 15 pensionnaires privilégiées de la Villa Médicis cette saison, et est en train d’y inventer la mode du futur.  

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Les oeuvres de Jeanne Vicerial à la Villa Médicis, à l'occasion de la Nuit blanche, en 2019
Les oeuvres de Jeanne Vicerial à la Villa Médicis, à l'occasion de la Nuit blanche, en 2019

Un nouveau paradigme : le prêt-à-mesure

La jeune designeuse textile a inventé une machine révolutionnaire qui permet de réconcilier industrie du prêt-à-porter et couture sur-mesure en un mot, le “prêt-à-mesure”. Proposant une alternative à la surproduction de vêtements standards et au diktat des normes du 36 au 42 pour lesquels nos corps sont contraints de s’adapter par des régimes ou du sport, elle veut créer des vêtements anatomiques au plus près de nos vrais corps, sans chute, sans gâchis. 

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Chirurgienne du vêtement, couturière des corps du XXIe siècle, elle réintègre l’humain dans la mode.

Jeanne Vicerial : "Par rapport à l’impact environnemental, c’est-à-dire que la mode est la 2e industrie polluante au monde, on le sait aujourd’hui, cette machine me permet de produire sans chute, et de manière locale. Puisqu’on peut rencontrer l’individu, que malheureusement en prêt-à-porter on appelle un consommateur, et n’existe pas du tout dans la chaîne de conception et de production. Donc il n’y a aucun lien, à aucun moment. Donc c’était important pour moi de repartir de l’individu au départ. D’où cet intérêt de regarder ce qui se passait sous notre peau, et ce rapport au sur-mesure."

Extrait de la thèse de doctorat de Jeanne Vicerial
Extrait de la thèse de doctorat de Jeanne Vicerial

De la confection de costumes à Chalayan

Formée à la confection artisanale de costume, passée chez Hussein Chalayan à Londres puis chercheuse aux Arts Déco et aujourd’hui résidente à la prestigieuse Villa Médicis à Rome, elle a fondé un studio de design innovant : “Clinique Vestimentaire”, où elle invente de nouveaux paradigmes comme le “tricotissage”.

Jeanne Vicerial : "C’est simplement une méthode qui prend en compte la présence de l’individu, dès le départ. Bien souvent, on l’oublie, et on ne correspond pas aux normes de gradation. Et notamment la prise de mesure est quelque chose de très important. Raccourcir le temps de production avec cette machine me permet de réintégrer un moment de partage, de prise de mesure et de décision, du modèle."

Jeanne Vicerial dans son studio
Jeanne Vicerial dans son studio

Imprimantes 3D et fil recyclé

À partir des données corporelles mesurées à la main puis numérisées, Jeanne s’inspire de la technologie des imprimantes 3D avec sa machine/robot capable de “tisser” des vêtements sur-mesure, à partir d’un seul fil recyclé : "La méthode que j’ai développée pour ma première collection, c’est une méthode qui me permet de faire un vêtement avec un seul fil. Donc par exemple j’ai des pièces qui font 150 km de long, et je mesure à chaque fois mes modèles comme ça. Sauf qu’en réalisant cette première collection, ça m’a pris un an, c’est très long. En fait, je fais toujours le même geste, et je me suis posé la question de l’automatisation, comment on pouvait rendre plus rapide cette technique-là. Et c’est comme ça que j’ai déposé un dossier de bourse de recherche pour essayer de mettre en place un outil qui me permettrait moi, artisan-designeur, de pouvoir réaliser ces pièces plus rapidement, dans une temporalité assez proche de l’impression 3D." 

Inspirée par les écorchés, Jeanne prend pour modèle les tissages musculaires humains pour créer littéralement une nouvelle peau : le vêtement. 

Merci à la Villa Médicis, et à Isabelle Baragan.  

Une des pièces de la collection de Jeanne Vicerial
Une des pièces de la collection de Jeanne Vicerial

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