La dentelle peut servir de tuteur au corail pour aider les larves à se régénérer.
La dentelle peut servir de tuteur au corail pour aider les larves à se régénérer.

Jérémy Gobé : de la dentelle pour sauver le corail

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Jérémy Gobé, l'artiste qui veut sauver les coraux grâce à la dentelle

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C'est l'idée un peu folle mais séduisante à laquelle on a envie de s'accrocher : et si l'art nous sauvait ? Il pourrait déjà aider à préserver les coraux, véritables poumons de nos océans ; c'est l'idée de Jérémy Gobé qui utilise des œuvres en dentelle pour favoriser leur reproduction.

"Il n'y a pas de hasard dans la vie, il y a une telle ressemblance entre cette dentelle et ce squelette de corail, que je me suis dit : est-ce qu’on ne pourrait pas utiliser cette dentelle pour sauver les récifs ?" C'est cette réflexion de l'artiste Jérémy Gobé qui est à l'origine de son projet Corail Artefact, une initiative qui allie science, art, innovation, écologie, éducation et qui l'a même conduit à créer une nouvelle matière.

De la dentelle comme tuteur

Deux tiers des récifs coralliens sont menacés d’extinction : surpêche, tourisme de masse, réchauffement climatique, pollution… empêchent leur régénération.

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Jérémy Gobé : "Les coraux pondent des larves et ces larves vont se refixer à nouveau sur le récif. Sauf que sur cent larves à peu près il y en a trente qui vont effectivement retomber sur le récif et régénérer le tissu vivant du corail. L’idée de la dentelle c’est de l’utiliser comme un tuteur, comme un substrat, un support qui va aider à capter plus de larves et donner un coup de pouce à la régénération naturelle des récifs."   

Moins d'un tiers des larves de corail vont se fixer sur le récif et permettre sa régénération.
Moins d'un tiers des larves de corail vont se fixer sur le récif et permettre sa régénération.
© Getty

En 2010, Jérémy Gobé trouve des squelettes de coraux à Emmaüs, il décide de les agrandir, de les développer pour en faire des oeuvres d’art. Avec la dentelle, il veut inventer un projet qui propose une action écologique.

Pour transformer ce tissu en tuteur deux grands défis se sont posés :  le premier celui de la forme.

Jérémy Gobé : "J’aime bien m’inspirer des savoir-faire traditionnels, et j’ai découvert une dentelle qui s’appelle la dentelle au fuseau et cette dentelle traditionnelle - qui a plusieurs centaines d’années - a un motif qui s’appelle le point d’esprit. C’est vraiment le motif phare de cette technique. Ce motif ressemble comme deux gouttes d’eau a un squelette de corail que j’utilisais dans mes œuvres."

La dentelle au fuseau, savoir-faire de l'atelier de dentelle du Puy-en-Velay
La dentelle au fuseau, savoir-faire de l'atelier de dentelle du Puy-en-Velay
- Camille Gasser - Mobilier National

L'invention d'une matière

Après avoir retravaillé le motif et l’avoir miniaturisé, assez vite, s’est posée la question de la matière.  

Jérémy Gobé : "Au départ j’ai testé la dentelle standard, la dentelle traditionnelle qui est en coton. Mais le coton n'est ni la matière la plus écologique parce qu’elle demande beaucoup d’eau pour être produite, ni la matière la plus intéressante pour le corail parce qu’elle se dégrade très vite dans l’eau. L’idée c’était vraiment de partir de cette dentelle traditionnelle mais de l’améliorer au niveau de la fibre. Depuis fin 2017, je teste de nouvelles fibres, jusqu’à aujourd’hui avec mes collaborateurs où on a créé une nouvelle matière."  

Parti de matières naturelles comme le lin ou la soie, Jérémy Gobé a finalement privilégié une matière en biopolymère.  

Échantillons de matière en biopolymère créés en laboratoire
Échantillons de matière en biopolymère créés en laboratoire
- Polymaris

Ces nouveaux types de matériaux sont issus de ressources naturelles comme l’amidon et sont biodégradables. Mais ils peuvent avoir la solidité du plastique.  

Jérémy Gobé : "Il y a tout un travail de transformation avec cette matière première, pour arriver à en faire du fil, et ensuite ce fil il faut arriver à le tisser pour en faire de la dentelle."

De l'idée à l'action

Les premiers essais faits avec le coton ont fonctionné, le corail s’est régénéré sur la dentelle.  

Prototype du projet Corail Artefact
Prototype du projet Corail Artefact
- Coraibes

Il faut maintenant essayer in situ la nouvelle matière, ce qui pourrait être possible en Guadeloupe fin 2022. Parce que pour Jérémy Gobé, l'important c'est d'agir.

Jérémy Gobé : "Les artistes nous sommes dans la vie, dans la société. Nous ne sommes pas des albatros à la Baudelaire complètement en dehors du monde, même si c’est bien, il en faut et je suis tout à fait client de l’art conceptuel, des œuvres qui prônent la beauté et qui sont déconnectées du contexte. Mais je pense qu’il faut équilibrer avec des artistes qui montrent que l’art n’est pas qu’une illustration, qu’une manière de dénoncer, mais qu’on est aussi des forces de propositions."