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Jérusalem : la France n'a pas pu ouvrir le Tombeau des rois après des incidents

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Des juifs ultra-orthodoxes ont tenté ce jeudi d'entrer dans le Tombeau des rois pour prier, mais sans les billets ou réservations nécessaires.
Des juifs ultra-orthodoxes ont tenté ce jeudi d'entrer dans le Tombeau des rois pour prier, mais sans les billets ou réservations nécessaires.
© AFP - Menahem Kahana

Propriétaire des lieux, la France a suspendu les visites au Tombeau des rois de Jérusalem. Ce monumental ensemble funéraire historique devait à nouveau ouvrir ce jeudi après presque dix ans de travaux. Mais des échauffourées ont eu lieu, menées par des juifs ultra-orthodoxes.

Aussitôt ouvert, aussitôt refermé. Le Tombeau des rois n'aura ouvert ses portes qu'une matinée ce jeudi, après près de dix ans de fouilles et de restauration. Des juifs religieux ont provoqué un incident devant ce joyau archéologique vieux de 2000 ans.

Le reportage de notre correspondant à Jérusalem, Etienne Monin

1 min

"C’est presque comme une synagogue pour nous"

Le portail surmonté du drapeau tricolore du Tombeau des rois était clos depuis 2010. Ce jeudi n'y changera rien. La France avait décidé de le rouvrir ce matin, sur réservation, pour de petits groupes. 

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Les visites étaient limitées et très encadrées pour tenter d’éviter un coup de force des juifs radicaux qui manifestent depuis des mois devant le site. Mais une vingtaine d'ultras orthodoxes a tenté d’entrer par la force dans ce lieu au centre d’une lutte de pouvoir qui implique le religieux et le politique. Reconnaissables à leurs costumes noirs et chemises blanches, ils se sont présentés sans réservation pour prier. Et des agents du consulat général de France "ont été agressés", a indiqué la mission diplomatique dans un communiqué.

Cela fait partie de notre histoire. Là où des juifs sacrés sont enterrés, on vient prier. C’est presque comme une synagogue pour nous. Tout ce que l'on veut c’est entrer. 10, 15 minutes. Prier et sortir. On n’essaye pas de prendre le contrôle, on ne veut pas s’installer ici. Tout ce qu’on veut c’est prier.                                                    
Yonathan Franck, ultra orthodoxe.

Un tribunal rabbinique en Israël et une association en France ont lancé, à des époques différentes, des procédures. Elles revendiquent le caractère religieux du site et elles contestent le droit de propriété de la France.

Pour Yonathan Mizrachi, le directeur d’Emek Shaveh, une organisation d’archéologues opposés à la colonisation, "Ce conflit autour du Tombeau des rois est un mélange de sentiments religieux et d’intérêts politiques. L’intérêt des colons à avoir un meilleur accès à ce quartier palestinien. Il y a plusieurs justifications à la colonisation mais l’une d’entre elles est justement la présence de ses tombes avec des figures juives. C'est central dans le conflit."

Un Tombeau légué à la France par des industriels

Le Tombeau des rois fait partie des sites archéologiques majeurs de Jérusalem. Monumental ensemble funéraire taillé dans la roche, il date du 1er siècle, de l’époque du deuxième temple. Mentionné dans les écrits au fil des siècles, y compris par Chateaubriand, il renfermerait le mausolée des rois David et Salomon pour les uns, ou celui de la reine Hélène D’Adiabène, ou même du dernier roi de Judée d’après les dernières fouilles menées par l’école Biblique. 

Ce vaste exemple d'architecture funéraire juive a été découvert au XIXe siècle. Il a été légué à la France par des industriels, les Frères Pereire, et n’est plus accessible depuis 2008. Il a été fouillé puis restauré, alors que certains sarcophages sont au Louvre. 

Placé dans la partie annexée de la ville, dans un quartier qui subit de plus en plus fortement la pression de la colonisation, il fait partie des quatre domaines nationaux gérés par le consulat général de France.
 

Avec la collaboration d'Eric Chaverou