Publicité

Jirō Taniguchi, disparition du "Hergé japonais"

Par
Jirō Taniguchi au musée du Louvre en janvier 2015
Jirō Taniguchi au musée du Louvre en janvier 2015
© AFP - Stéphane de Sakutin

L'auteur de manga japonais Jirō Taniguchi, connu notamment pour "Quartier lointain", est mort ce 11 février. Avec son dessin épuré et son style nourri de la bande dessinée européenne, il était très célèbre en France, plus même qu'au Japon. En archives, réécoutez sa voix et redécouvrez son oeuvre.

Nous avons appris la disparition du mangaka (auteur de manga) Jirō Taniguchi, ce 11 février. Auteur d'une cinquantaine d'albums en 40 ans de carrière, il était surnommé "le Hergé japonais", ou encore, "le Miyazaki du manga". Très influencé par la bande dessinée franco-européenne, sa ligne claire, il avait travaillé avec Moebius pour le manga Icare. Le 27 janvier 2015, La Grande table consacrait sa première partie à l'oeuvre de Taniguchi. C'était à l'occasion de la sortie de son dernier album, Elle s’appelait Tomoji, récit d'une femme du Japon rural d'avant-guerre.

La BD entre Orient et Occident

Au micro de Caroline Broué, Benoît Mouchart, historien de la bande dessinée et directeur éditorial de Casterman et Benoît Peteers, écrivain et scénariste, spécialiste de Tintin, rendaient un hommage appuyé au trait et à la poésie de Jirō Taniguchi.

Publicité

Taniguchi, la BD entre Orient et Occident_La Grande Table, janv. 2015

24 min

Durée : 25 min

"Taniguchi nous emmène dans une histoire longue dans laquelle on s'immerge et dont on sort avec une petite pointe de mélancolie, mais avec tendresse et douceur… des émotions assez rares pour la bande dessinée". Benoît Mouchart

En 1995, L'homme qui marche, décrit comme "de la non-histoire, les rêveries d'un promeneur solitaire" par Benoît Mouchart, paraît en France. Ce manga est considéré comme la première des oeuvres majeures de Taniguchi. Mais c'est Quartier lointain, paru en 2003 en France, qui restera son plus grand succès, avec plus de 300 000 exemplaires vendus, un prix du scénario au festival d'Angoulême… et une adaptation au cinéma par Sam Garbarski, un réalisateur belge.

"Jirō Taniguchi est l'homme qui a fait aimer le manga à ceux qui croyaient que le manga n'était pas fait pour eux. Et même qui a fait aimer la bande dessinée à des gens qui n'en lisaient pas.(…) Miyazaki c'est celui qui permet d'aller voir des dessins animés même quand on n'est pas accompagné d'enfants. Je dirais que les grands albums de Taniguchi sont pour tous. (…) C'est d'autant plus surprenant qu'au Japon, son travail a été au départ adressé à des publics assez segmentés. Il était fait plutôt pour des revues d'hommes quadras ou quinquas, et Taniguchi, quand il a commencé à avoir du succès en France, la première chose qui l'a émerveillé, ébahi, c'était de voir tous les publics se retrouver dans cet album." Benoît Peteers

"On peut dire que Taniguchi a apporté dans la bande dessinée, en général, une approche des personnages plutôt fondée sur les sentiments, moins sur l'action que sur le monde intérieur, la famille… je crois aussi que c'est un des points très importants de son oeuvre à partir de la fin des années 1980. C'est quelqu'un qui travaille beaucoup sur la question de la mémoire, de la transmission, de toutes ces relations difficiles entre enfants et parents… et comment, quand on devient adulte, on finit par mieux comprendre ses parents. C'est un thème qui est au coeur de plusieurs de ses livres, dont bien évidemment son plus grand succès en France qui est Quartier lointain." Benoît Mouchart

Jirō Taniguchi par lui-même : aux sources de la fibre intimiste

Jirō Taniguchi avait été reçu par Tewfik Hakem le 30 janvier 2015, en deuxième partie de son émission Un autre jour est possible (à partir de 12 min). C'était cette fois à l'occasion de la parution de son album Les Gardiens du Louvre. Il y expliquait sa manière d'aborder un nouveau dessin, de se mettre dans la peau de ses personnages (pour "par exemple, devenir un boxeur, ou un catcheur"), le contexte dans lequel il préférait dessiner… racontant également la naissance de ses inspirations ("J'ai généralement toujours au moins trois histoires en tête"), ou encore ses débuts, la manière dont il acquit la fibre intimiste, ses voyages en Europe…

Jirô Taniguchi pour 'Les gardiens du Louvre'_Un autre jour est possible, janv. 2015

16 min

Durée : 16 min

"Je ne me regarde pas dans un miroir quand je dessine, mais je pense que j'ai souvent le visage des personnages que je dessine."

"Chaque minute est presque un nouveau jour, une nouvelle avancée vers le futur, donc je pense que c'est important de bien vivre le présent, et de passer toujours d'un présent à un nouveau présent."Jirō Taniguchi