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JO de Tokyo : la défiance des Japonais ne cesse d'augmenter

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L'emblème des Jeux Olympiques 2021 à l'Odaiba Marine Park de Tokyo
L'emblème des Jeux Olympiques 2021 à l'Odaiba Marine Park de Tokyo
© AFP - NORIKAZU TATEISHI / YOMIURI / THE YOMIURI SHIMBUN VIA AFP

Les Jeux olympiques d'été de Tokyo sont maintenus, malgré l'épidémie de Covid grandissante dans le pays. De plus en plus de voix s'élèvent contre la tenue de cet événement, y compris celles des soignants sollicités pour assurer les urgences médicales pendant la compétition.

A moins de trois mois des Jeux olympiques de Tokyo, des doutes grandissants pèsent sur la capacité du Japon à les organiser cet été, et l’option de l’absence totale de spectateurs est évoquée. La presse locale se montre de plus en plus critique, se faisant l’écho du grand public, d’élus d’opposition et même de membres du parti au pouvoir. 

Le Premier ministre, Yoshihide Suga, explique que la décision revient au Comité international olympique (CIO). Ce dernier a décidé de maintenir ces jeux en mettant l’accent sur les mesures sanitaires. Le corps médical japonais, tout accaparé par les patients Covid-19, est extrêmement inquiet. Car la situation au Japon n’est pas bonne : l’épidémie y connaît une forte recrudescence à cause des variants, Tokyo et plusieurs régions sont sous état d’urgence et seulement moins de 2% de la population a reçu une première dose de vaccin. 

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70% des Japonais contre l'organisation des JO cette année 

Le 28 avril, lors d’une réunion avec les organisateurs japonais des Jeux olympiques de Tokyo, le président du Comité international olympique, Thomas Bach, saluait les préparatifs et le courage de la population nippone :

C’est seulement du fait de cette capacité du peuple japonais à surmonter l’adversité que ces Jeux olympiques sont possibles dans des circonstances aussi difficiles

Mais Thomas Bach se trompe. La très grande majorité de la population japonaise ne veut pas des JO cette année : selon les sondages, environ 70% des personnes interrogées réclament leur report ou leur annulation. Alors que la vaccination n’avance pas (seulement un million de soignants ont été totalement vaccinés et 141 000 personnes âgées ont reçu une première dose), le grand public ne comprend pas l’entêtement des autorités, ce que souligne cette septuagénaire de Tokyo :  

J’étais vraiment très heureuse quand Tokyo a été choisie mais mon enthousiasme est totalement retombé. Il vaudrait mieux renoncer. Beaucoup le disent.

Une grande partie de la population a la sensation que les autorités sont prêtes à accorder des privilèges aux athlètes (tests PCR à répétition, lits réservés dans des hôpitaux au cas où, etc.) au détriment des citoyens, car certains décèdent à domicile faute d’avoir pu être hospitalisés. Selon un sondage réalisé par le quotidien Mainichi, 9 des 47 gouverneurs du pays considèrent que l’on doit organiser ces JO uniquement si les circonstances sanitaires le permettent. Les autres ne se prononcent pas. Des personnalités, comme l’écrivain Keiichiro Hirano, l’avocat Nobuo Gohara,  l’activiste Keiko Kojima, s’élèvent contre ce qui est pour eux devenu irresponsable.  

Mais les organisateurs restent déterminés à braver les circonstances sanitaires en promettant une sûreté maximum, même si les préparatifs sont très handicapés et les incertitudes encore nombreuses. "Faisant de la sûreté la première priorité, d’un commun accord avec l’ensemble des organisateurs, nous avons décidé d’organiser ces Jeux olympiques", insiste Seiko Hashimoto, présidente du comité d’organisation. 

Le temps du débat 

Les autorités n’ont pas assez préparé l’arrivée des variants car les précédentes vagues n’ont pas été trop violentes et la population a jusqu’à présent été disciplinée. Mais désormais, la lassitude s’est installée et les mesures ne sont plus efficaces. Avec une explosion du nombre de personnes infectées et des hôpitaux saturés dans plusieurs régions, le relais de la torche olympique, accompagné de ses tambours festifs, s’est déjà transformé en véritable chemin de croix, avec des étapes amputées ou annulées et des cas de Covid-19 confirmés. Des photos ont circulé sur Twitter pour montrer que le public ne pouvait parfois pas voir passer la flamme, protégée derrière une bâche, comme ici à Okinawa : 

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Les experts s’interrogent, à commencer par le principal conseiller du gouvernement japonais, l’épidémiologiste Shigeru Omi : "Je pense que le moment d’un débat sérieux est venu entre les parties prenantes sur la tenue ou non de ces JO, compte-tenu de la situation de la contamination et des tensions hospitalières".

Même sans les spectateurs venus de l’étranger, des dizaines de milliers d’athlètes, accompagnateurs, journalistes, débarqueront du monde entier. En temps normal, le personnel médical requis aurait joyeusement contribué à l’événement, mais cette fois, beaucoup refusent de participer, qui plus est bénévolement, dont le médecin Yasuhiro Mizuno :

Je ne suis pas d’accord avec ces JO, donc je n’apporterai pas mon concours. A tout le moins, autour de moi, les autres soignants pensent pareil. Nous ne sommes pas opposés aux JO en tant que tels, mais nous nous interrogeons sur le pourquoi de leur maintien. La gouverneure de la capitale va jusqu’à dire aux Japonais 'ne venez pas à Tokyo' pour ne pas véhiculer le virus, alors pourquoi on fait venir des gens du monde entier ? J’aimerais un débat un peu plus cohérent.

Les organisateurs décideront en juin, mais ils sont prêts à se résigner à des Jeux olympiques sans spectateurs du tout, ce qui d’un point de vue financier, serait totalement catastrophique et pose la question même du sens de ces JO. "Ils risquent de rester dans l’Histoire comme un échec majeur", écrivait il y a quelques jours l’agence de presse Kyodo. Sont aussi écoutées attentivement toutes les déclarations des parties prenantes, car la gouverneure de Tokyo et le gouvernement central ne sont pas nécessairement sur la même ligne, se rejetant la responsabilité de préparatifs médicaux trop lents par déclarations médiatiques interposées. La perspective d’élections à Tokyo puis à l’échelle nationale pourrait faire bouger les lignes.

Pour la ministre des JO, l’adhésion de la population est une condition sine qua non. "Nous devons réussir des JO sûrs en ayant obtenu la compréhension de la population", dit-elle. Contractuellement, la décision revient au Comité international olympique, mais nul ne sait aujourd’hui qui aura le dernier mot.

Avec la collaboration d'Élise Delève

Nombre de pays et d'athlètes ayant participé aux différents Jeux olympiques d'été depuis leur création.
Nombre de pays et d'athlètes ayant participé aux différents Jeux olympiques d'été depuis leur création.
© AFP - Staff, Sofiane Ouanes
38 min