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Jocelyn Bell, passion pulsars

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 A photograph of Jocelyn Bell Burnell au Mullard Radio Astronomy Observatory à Cambridge University, en 1968.
A photograph of Jocelyn Bell Burnell au Mullard Radio Astronomy Observatory à Cambridge University, en 1968.
© Getty - Daily Herald Archive/SSPL

L'Effet Matilda c'est le phénomène qui veut que les femmes de science ne bénéficient que très peu des retombées de leurs découvertes, quand elles ne voient pas tout simplement le prix Nobel leur échapper. Au rang de ces dernières, Jocelyn Bell, la découvreuse des pulsars.

Tout comme Rosalind Franklin avant elle, Jocelyn Bell Burnell n’est pas passée loin d’un prix Nobel. Pourtant, le fruit de ses recherches ne lui a pas d'emblée été attribué, conformément à l'effet Matilda, théorisé par l’historienne des sciences Margaret Rossiter, qui veut que la contribution des femmes scientifiques à la recherche soit souvent minimisée au profit des hommes

Née en juillet 1943, Jocelyn Bell Burnell se passionne très jeune pour l’astronomie, lorsqu’elle accompagne son père à l’observatoire d’Armagh. C'est tout naturellement qu'elle s'oriente vers les sciences, et qu'elle commence, après avoir obtenu son diplôme à l’université de Glasgow en 1965, ses études en radioastronomie à l’université de Cambridge. Elle participe alors à la construction d’un radiotélescope destiné à étudier les quasars, sous la direction de l’astronome britannique Anthony Hewish.

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En 1967, le télescope est terminé, et c’est Jocelyn Bell Burnell qui est chargée d’analyser les données captées grâce à l’instrument. Sur les enregistrements - plus de 30 mètres de papier étaient imprimés par jour - Jocelyn Bell remarque, en les analysant à l’oeil, des anomalies qui ne correspondent pas aux schémas typiques des quasars .

Dans l’émission Dialogues du ciel et de la vie, en 2006, Hubert Reeves racontait cette découverte : 

Jocelyn Bell, opérant un radiotélescope, détecte des signaux bizarres dans une région du ciel. Au lieu de la friture habituelle, elle découvre une séquence très régulière de “bip bip bip”. 30 bips par seconde. Cela ressemble à du morse ultra rapide. S’agirait-il d’un message codé en provenance d’une source céleste ? Une manifestation depuis si longtemps attendue d’extraterrestres ?

Les Pulsars (Dialogues du ciel et de la vie, 18/06/2006)

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Jocelyn Bell et Anthony Hewish, en mars 1968.
Jocelyn Bell et Anthony Hewish, en mars 1968.
© Getty - Brian Seed/The LIFE Images Collection

Elle signale alors sa découverte à Anthony Hewish. “On ne peut pas dire qu’elle ait vraiment été soutenue par son patron”, rappelait l’astrophysicienne Yaël Nazé, dans une émission de La Marche des sciences consacrée aux femmes dans l’astronomie : 

Jocelyn Bell a fait cette découverte pendant sa thèse, qu’elle a fait sous l’ordre d’Anthony Hewish, mais il lui avait donné l’ordre de s’occuper des Quasars, ce qu’elle a fait. En étudiant cela, là elle a trouvé les pulsars. Mais on ne peut pas dire qu’elle ait été vraiment soutenue par son patron, ce qui est connu en Angleterre. Anthony Hewish lui a d’abord dit que c’était des extraterrestres, qui nous appelait… ce dont elle n’était pas persuadée évidemment. Elle était persuadée qu’il s’agissait d’objets un peu similaires à des phares. Ce que les pulsars sont, effectivement. 

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Jocelyn Bell Burnell va néanmoins contre la volonté de son responsable de thèse et approfondit, de son côté, ses recherches. Elle découvre alors les pulsars, des étoiles à neutrons qui tournent très rapidement sur elles-mêmes en émettant un important rayonnement électromagnétique : les fameux “bip bip” réguliers que l’astrophysicienne a repérés. 

"Je me suis bien plus amusée que si j’avais eu le prix Nobel"

Quand, en février 1968, le résultat de ces recherches est publié dans la revue Nature, la première signature qui y apparaît est celle d’Anthony Hewish, le directeur de thèse de Jocelyn Bell. La même année, cette dernière obtient son doctorat, et sa découverte lui vaut une brillante réputation dans le domaine.

Pourtant, en 1974, c’est Anthony Hewish qui est récompensé, avec Martin Ryle, du prix Nobel de physique. Une partie de la communauté scientifique s’indigne alors de l’”oubli” de Jocelyn Bell Burnell, rappelait Yaël Nazé :

Il y a eu une réaction assez violente de la communauté, qui a dit que ça n’était pas normal qu’elle ne soit pas au moins associée. Anthony Hewish ne lui a même pas donné l’ordre de s’en occuper : elle a fait la découverte par hasard, elle a approfondi par elle-même, elle a été contre la volonté de son patron… Ça n’a rien changé mais malgré tout, au sein de la communauté astronomique et au-delà, elle est officiellement connue comme celle qui a découvert les pulsars. 

Philosophe, Jocelyn Bell Burnell rappelle qu’elle n’avait, lors de la découverte, pas encore de diplôme et préfère en plaisanter dans le documentaire de la BBC “Beautiful Minds” :

On peut actuellement s’en tirer extrêmement bien sans avoir obtenu de prix Nobel, et j’ai eu de nombreux autres prix, et tellement de récompenses et d’honneur que, en réalité, je pense que je me suis bien plus amusée que si j’avais eu le prix Nobel. C’est un feu de paille en quelque sorte : vous l’avez, vous êtes heureux le temps d’une semaine , et tout est terminé, plus personne ne vous remet quoi que ce soit après, parce qu’il y a le sentiment que rien ne peut être au même niveau. 

Depuis, Jocelyn Bell a en effet obtenu de nombreuses récompenses, parmi lesquelles, le prix d’astronomie Beatrice M. Tinsley en 1986, le prix Women of the Year Prudential Award en 2015 et la Grande Médaille 2018 de l’Académie des sciences, en France.

Son histoire n’est pas sans rappeler celle d’Henrietta Leavit qui découvrit, alors qu’elle était calculatrice à l’Observatoire de l’Université de Harvard, la relation entre la luminosité des étoiles et leur période de variation, qui permit notamment de mesurer la distance entre la Terre et les autres galaxies. Ses calculs permirent ensuite à Edwin Hubble de prouver sa théorie d’expansion de l’univers. Lui-même déclara à plusieurs reprises que Leavitt aurait mérité le prix Nobel.