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Joël Pommerat : tu seras un homme mon fils

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"Pinocchio" à Aix-en-Provence
"Pinocchio" à Aix-en-Provence
© AFP - BORIS HORVAT

Festival d'Aix-en-provence. Direction le Festival d’Art Lyrique d’Aix en Provence avec la mise en scène par Joël Pommerat de Pinocchio. Après avoir monté son texte pour le théâtre, l'artiste le propose désormais pour la scène de l’opéra sur une musique du compositeur Philippe Boesmans. Une transposition pleinement réussie.

Joël Pommerat est-il un alchimiste ? On serait tenté de répondre oui lorsqu’on voit à quel point il transforme en or tout ce qu’il a entre les mains. Lui qui vient vers l’opéra pour la seconde fois seulement de sa longue carrière réussit à faire de Pinocchio un livret d’une étonnante modernité. Apre et drôle, angoissant et majestueux, le spectacle se déroule dans une ambiance tranchée où le noir et le blanc prédominent. Comme il en a l’habitude au théâtre, Joël Pommerat se débarrasse des décors pour leur préférer un plateau vide où les lumières et les obscurités se chargent d’édifier les images. Et quelles images ! On gardera longtemps en tête celle d’une fée haute de trois mètres. Ou celle de Pinocchio se débattant sur les flots déchainés de la mer. Ou encore celle d’un âne épuisé qui s’écroule sur le sol. On est ici très loin du conte de Carlos Collodi. Avec Pommerat, l’histoire de Pinocchio s’étoffe d’une noirceur et d’une brutalité que la langue se charge de transmettre. Parfois triviale, la parole trouve, dans la partition de Philippe Boesmans, son double musical. Les notes sont anguleuses, discontinues et éruptives. Elles soutiennent des chanteurs qui ne s’attardent jamais dans le lyrisme. Pinocchio n’est pas un opéra harmonieux. Il est fait d’éclats et de surgissements, de chocs et de fragments qui ne cherchent pas l’unité mais l’affrontement. C’est peut être pour cela qu’il crée, chez le spectateur, une sensation de qui vive permanente. Joël Pommerat n’a jamais eu du monde une vision lumineuse ou apaisée. Tout son travail d’artiste consiste à mélanger le merveilleux au prosaïque, de chercher un peu de douceur là où ne règne que la dureté. On ne devient un homme, semble nous dire l’artiste, qu’en gardant les yeux grands ouverts sur le pire de nous même. Pinocchio, lui non plus, n’échappe pas à cette règle.

INFOS : au Festival d'Aix-en-Provence jusqu'au 22 juillet

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