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Jonas Mekas, grande figure du cinéma expérimental, est mort

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Jonas Mekas en 2009 à New York
Jonas Mekas en 2009 à New York
© Getty - Mark Von Holden / WireImage

Pape du journal filmé et inventeur du home movie, le cinéaste Jonas Mekas est mort à l’âge de 96 ans, à New York. Réécoutez certains de ses entretiens sur l'antenne de France Culture.

Il avait fui sa Lituanie natale pour devenir, dans le New York de l'après Seconde guerre mondiale, l'un des pionniers du cinéma expérimental, influence majeure pour toute une génération de cinéastes. Le réalisateur Jonas Mekas est mort ce 22 janvier 2019 à l'âge de 96 ans.

Une vie en images 

Né en 1922 en Lituanie, Jonas Mekas est chassé de son pays à la fin des années 1940 pour ses activités dans la résistance, alors qu'il n'a que 22 ans. Il passe plusieurs années dans des camps de prisonniers, à Hambourg, dans l’Allemagne nazie. Durant sa captivité, il s'évade à travers la photographie et l’écriture, et débute la rédaction de son journal intime. À peine libéré, il s’envole pour les États-Unis et atterrit alors à New York, où il découvre le milieu artistique underground, accompagné par son frère, Adolfas. 

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Il achète alors la célèbre caméra Bolex, et commence à filmer cette nouvelle ville qui lui tend les bras, à travers les petites choses du quotidien. Comme un journal intime par l’image, en filmant tous les jours un petit bout de ce qu'il vit comme son "nouveau paradis", où il découvre rapidement des pans entiers de la culture occidentale. 

New York underground 

Dans les années 1950, il devient critique de cinéma pour diverses revues de l’intelligentsia américaine, notamment pour Film Culture et Village Voice. Et chef de file d’un cinéma indépendant qui s’affranchit de tous les diktats de la narration hollywoodienne de l’époque. À travers ses diverses productions, il devient le cinéaste de l'intime et poétise le quotidien. 

Adulé par de nombreuses figures artistiques du New York underground, Jonas Mekas collabore avec Andy Warhol en 1964 pour le film Empire, un long-métrage de huit heures sur l’Empire State Building. Son esprit libertaire et son goût pour la provocation lui vaudront même d’être emprisonné. Comme lorsqu'il projette en 1964 Un chant d’amour de Jean Genet, relation homosexuelle entre deux prisonniers qui fait scandale à l’époque.

En 1976, il raconte sa vie d'exilé et son sentiment de déracinement avec son film Lost, Lost, Lost, composé d'images personnelles qu'il avait tournées lors des premières années à New York avec son frère au sein de la communauté immigrée lituanienne.

Jusqu'à la fin de sa vie, Jonas Mekas a continué de voyager à travers différents pays pour promouvoir son oeuvre singulière, l’enseignement et la vulgarisation du cinéma expérimental.

Il y a exactement un an, en janvier 2018, Jonas Mekas était l'invité exceptionnel de l'émission Par les temps qui courent, et rapportait quelques-uns de ses souvenirs :

58 min

J'ai commencé par tenir un Journal alors que je ne savais pas écrire, c'était un journal fait de dessins. J'aimerais bien retrouver ces premiers documents, mais lorsque j'ai dû partir très vite parce que l'armée soviétique arrivait, il a fallu que j'enterre tout cela. Les Soviétiques ne se sont pas gênés, ils lisaient tout ce qui leur tombait sous les yeux, et ils ont pu découvrir pas mal de choses, savoir si on était avec eux ou contre eux. Voilà pourquoi j'ai enterré mes documents. Lorsque j'ai enfin eu le droit de revenir chez moi, j'ai retrouvé un immeuble par-dessus la parcelle de terre où j'ai enterré mes journaux, donc je ne sais pas ce qu'ils sont devenus.

En 2013, le réalisateur avait été reçu dans Hors-Champs et il y revenait sur son parcours, livrant un peu de son rapport si singulier aux images à travers ses "home movie" :

La vie que j’ai menée, la vie de mes amis, est constituée séquence après séquence. Par ailleurs mes films peuvent être mis bout-à-bout et ainsi constituer un grand film composé des différents chapitres d’une même vie. C’est une sorte de récit constitué de nombreuses histoires. Des récits un peu comme des petits poèmes japonais, des haïkus. Et le journal est une forme de récit, c’est le récit d’un quotidien constitué de petites histoires insignifiantes.