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Jorge Semprun : l'écriture et une vie

Par
Jorge Semprun en juillet 2003
Jorge Semprun en juillet 2003
© Sipa - IBO

C'est l'un des plus grands témoins du XXe siècle qui s'est éteint ce 7 juin 2011. Partisan, déporté, fils de Républicains résistant à Franco, scénariste de près d'une quinzaine de films, dont L'aveu de Costa-Gavras, homme politique et ministre de la Culture espagnol (PSOE) et bien sûr écrivain.

Qualifié d'"intellectuel total", Jorge Semprun avait été élu à l'Académie Goncourt en 1996, récompensé du Prix Fémina en 1969 pour "La deuxième mort de Ramon Mercader" et du prix Ulysse en 2004 pour l'ensemble de son oeuvre.

Correspondance de Madrid de Marie-Hélène Ballestero :

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On disait de lui qu'il était le plus français mais aussi le plus européen des écrivains espagnols

1 min

Une vie hors du commun, saluée par la presse internationale et le web, passée à lutter et à témoigner, entre l'Espagne et la France, et pour un continent : l'Europe. Écoutez le à ce sujet interviewé en mars 2010 par Jean-Marc Four :

Sa vision de l'Europe

1 min


On connaissait moins également son engagement humanitaire. Président d'Action contre la faim à Madrid de 1995 à 2000 puis Président d'honneur. Directeur général d'Action contre la faim Espagne, Olivier Longué répond à Nadine Epstain :

"Son indignation, qui a été un fait marquant dans sa vie, nous a rejoint dans un combat lorsque nous avons créé Action contre la faim en Espagne. Il a été très moteur."

2 min


Matricule 44.904 à Buchenwald, à 20 ans, Jorge Semprun avait confié à El Pais l'odeur de la chair brûlée qui l'avait marqué à jamais. "J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans" avait-il écrit dans "Adieu, vive clarté", reprenant les mots de Baudelaire. Le voici interviewé par Marc Voinchet, pour Les Matins, en février 2010 :

L'hommage de Bernard Pivot , qui l'avait de très nombreuses fois reçu à Apostrophes, à "un homme exceptionnel par son intelligence, sa culture, son don des langues." :

La fascination de Bernard Pivot pour l'homme et ses talents

53 sec

L'hommage d'Alexandre Adler :

"Comme tous les grands hommes, un homme de notre passé, le plus immédiat, l'Espagne, et un homme de notre avenir, le plus immédiat, l'Europe."

4 min


L'hommage de Philippe Meyer :

"Ma patrie, disait-il, c'est le langage." Pour une vie d'écriture et de parole.

3 min


L'hommage d'Alain-Gérard Slama :

"Ce qui est frappant c'est la lucidité avec laquelle cet écrivain à la fois intellectuel et sensible a dégagé dans l'histoire de l'Europe les deux courants totalitaires (nazisme, bolchévisme)"

3 min


Écoutez aussi la séquence hommage de Tout feu, tout flamme :

Evocation de Marc Voinchet

19 min


A réécouter également : la rencontre Jorge Semprún et Elia Suleiman diffusée dans "la Grande table " du 2 février 2011

"La Grande table " qui a également rendu hommage à Jorge Semprun en première partie de son émission du 8 juin 2011.

Les souvenirs de Costa-Gavras et Jean d'Ormesson

1h 28

Enfin, du lundi 13 au vendredi 17 juin, sera rediffusé un "A voix nue" avec Jorge Semprun, réalisé par Jean Lacouture et Nicole Vuillaume en 1996.  

Hommage de Nicolas Sarkozy

Hommage de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication

Hommage de Martine Aubry

Hommage du PCF

Vos commentaires :

Enrique, 12.06.2011

Mon père aussi fut enterré dans le drapeau républicain de l'exil. Hommage à tous ceux qui ont vécu debout pour la liberté.

liberté, 11.06.2011

Sur la colline de mon pays, à BIRIATOU, que Jorge aimait tant, je porterai un toast de PAXARAN avec mes amis de l'âme, eux aussi proches de Jorge. Il est parti, mais sa pensée, son oeuvre, l'unité de sa vie au service de la liberté sont la force de ceux qui restent encore sur cette terre si fragile et déchirée. Jorge est entré dans la lumière, son esprit est en nous. Dans ma langue basque un vieux proverbe dit: "bidaide gogaide" : "compagnons de voyage, compagnons de l'esprit". La douleur du silence à venir et de son absence s'accompagne de douceur. Jorge lu à 15 ans face au pont de Santiago à Hendaye reste pour toujours un maître de vie. Ma double culture familiale (en réalité triple : basque, française, espagnole !) et les drames de l'Espagne des années d'ombre et de fer m'ont fait lire Jorge avec la proximité de la déchirure; les écrivains de l'exil parlent aussi de notre exil et de nos blessures infinies.

Jorge, gracias por haber dado tanto a tus lectores y amigos, gracias por todo lo que diste al mundo por tu claridad, inteligencia y coherencia. Somos huerfanos hoy, pero quedas presente dentro del espiritu, la fuerza del espiritu nos llama, hasta siempre Jorge !

Pachelle, le 10.06.2011

Plus de neige sur son sommeil. Que le soleil réchauffe son repos.

Kenan, le 10.06.2011

Je ne suis pas triste. Parce que je suis sûr qu'il n'aime pas être triste.

Je suis très fier qui de l'avoir lu.

Un homme parfait.

Je ne dis pas adios, parce que la vie continue. Il restera dans mon cœur et dans mon âme.

merci pour tout cher grand homme

Libertad, le 09.06.2011

Fille de Républicains, je suis triste du départ de Jorge Semprun et si je porte ce prénom c'est grâce à des hommes qui un jour ont dit non au fascisme.

Carpe diem, le 09.06.2011

Plus jamais.

Nous n'entendrons plus ta voix. Celle du souvenir pour tous ceux qui ont été stigmatisés par ce XXe siècle, celui de Malraux aussi.

Suivons ton chemin tant que nous sommes encore là, aujourd'hui en ce début de XXIe plus que jamais.

Tu faisais partie de l'espoir que nous devons encore et toujours transmettre, tu seras toujours SOUVENIR.

Richard, le 09.06.2011. Richard, "binational" FR + ESP

Adios Jorge.

Mi abuelo Pedro nacio en 1922 y murio este mes de febrero.

Mi abuela Pilar, su mujer, nacio en 1923, como tu, y murio la semana pasada.

Eran republicanos, como tu.

Gracias a ti, y gracias a ellos aprendi mucho sombre el siglo pasado, la libertad y el totalitarismo.

Adios y gracias,

Serge ULESKI, le 08.06.2011

Semprun… sans nous

Semprun souhaitait que les générations nées après 45 s'approprient les camps, la déportation, l'horreur du nazisme, le mensonge du Stalinisme…

On lui répondra : "Pour ça, il y a Arendt… et c'était dans les années 50 et 60".

Ainsi que…

"Mais… qui nous aidera à penser le nouvel enfer qui nous attend d'ici 2050 ; un marché mondialisé triomphant qui aura tout emporté : états, démocratie, nations, peuples, liberté, indépendance."

Car le vrai danger c'est bien la libéralisation des marchés financiers, l'hyper-mobilité des capitaux et la désintégration des processus de production ; des milliards d'êtres humains livrés à la logique d'un monde économique, un monde sans morale et sans esprit autre que mercantile et qui, à terme, n'habiteront plus aucun monde.

Confronté à cette nouvelle donne, Semprun est en panne ; et de sa génération, il n'est pas le seul : loin s'en faut.

Aussi…

Rien d’étonnant que seuls ceux qui n'ont de cesse de discourir sans fin autour du fascisme, du nazisme et du stalinisme soient ceux qui ne tarissent pas d'éloges à son sujet.

Et d'aucuns se souviendront avoir entendu Semprun affirmer que la classe ouvrière avait disparu…

Pour un homme de gauche… c'est dire ! C'est… tout dire !

La postérité ?

A la vue de Semprun, on peut craindre et souhaiter qu'elle détourne son visage pour mieux s'empresser de regarder ailleurs, plus loin aussi, et plus haut… finalement.

Qui la blâmera ?!

Car, il est grand temps de préférer le devin à l'historien ; une lecture du présent dans lequel on pourra y lire tous les dangers de l'avenir aux commentateurs littérateurs-témoins d'un passé miroir de sa propre image, impasse et cul-de-sac, tout à la fois.

Antonio, le 08.06.2011

Gracias por la lección de vida que has dado a quienes gustamos de la vida y la literatura con compromiso, Jorge, que tu memoria sirva para orientar a los descreídos europeos…