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Joseph Joffo, l'auteur d'"Un sac de billes", est mort

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Joseph Joffo à Altkirch en 2011
Joseph Joffo à Altkirch en 2011
© Maxppp - PHOTOPQR/L'ALSACE

Disparition. Connu dans le monde entier pour le témoignage sur la Seconde Guerre mondiale qu’il a laissé dans son roman "Un sac de billes", l’écrivain Joseph Joffo est mort à l’âge de 87 ans. Réécoutez-le en 2007 parler de son métier d'écrivain.

L'écrivain Joseph Joffo, auteur du célèbre Un sac de billes paru en 1973, est mort ce jeudi 6 décembre, âgé de 87 ans. 

Né en 1931 à Paris, il a passé son enfance à Montmartre, un quartier empreint d’une culture proche de la sienne : “C’était un melting-pot de réfugiés juifs polonais, roumains, allemands... Tous ces gens n’avaient qu’une chose en commun : ils parlaient le yiddish et avaient cette même volonté de refaire le monde” déclarait-il dans un entretien accordé au Parisien en mars 1998. Son père est alors coiffeur, une voie que le petit Joseph suivra lui-même plus tard.

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Est-ce ce double statut, ce double métier qui explique que Joffo n’ait jamais réellement trouvé sa place dans le milieu intellectuel français ? Lui témoigne en effet de l’hostilité et du dédain dont l’intelligentsia aura tout au long de sa vie fait preuve à son égard : on lui a notamment reproché, malgré ses quelque 17 romans, de ne pas écrire lui-même ses livres, ou encore d’être un “conteur” plutôt qu’un véritable écrivain. 

Son premier livre, Un sac de billes (1973), avait ainsi été refusé par près de 15 maisons d’édition avant que Jean-Claude Lattès finisse par l’accepter. Il est pourtant devenu par la suite un véritable best-seller mondial, vendu à 22 millions d’exemplaires et traduit en 18 langues. Il a également fait l’objet de deux adaptations cinématographiques, dont l’une date de 2017 : c’est dire le succès durable de l’œuvre. Une postérité que revendiquait déjà l’auteur dans un entretien au Figaro en mars 2007 :

Mon histoire touche de nouvelles générations. Je donne régulièrement des conférences dans les écoles et lycées. L'autre jour, à Paris, j'ai même planché devant des étudiants américains de l’université de Columbia. À chaque fois, c'est complet.

Cette histoire relatant la survie de deux jeunes enfants juifs dans la France occupée, c’est la sienne : capturé par les SS à Nice avec son frère, Joseph Joffo sera sauvé par l’archevêque Raymond qui leur délivrera de faux certificats de baptême. C’est peut-être cette inscription autobiographique - présente également dans le reste de son travail - qui explique la réussite de l’œuvre : “On ne raconte bien que les choses que l’on ressent intimement”, confiait l’auteur au Parisien, toujours en 1998.

Venu parler de son conte pour enfants Incertain sourire (2007) et de son roman La Vieille dame de Djerba (1977) dans l’émission “Le Choix des livres” avec Tewfik Hakem (25/04/2007), Joseph Joffo livrait sur nos ondes sa conception du métier d'écrivain :

Joseph Joffo, invité de l'émission "Le choix des livres" (25/04/2007)

14 min

Dans la vie, on ne peut raconter que ce que l’on aime, ce que l’on ressent le plus profondément.

Je crois qu’il faut beaucoup d’humilité pour écrire sur les cons. Et si j’en étais un ? Car on est toujours le con de quelqu’un et l’intelligent d’un autre, ne l’oubliez pas. [...] Un monde où il n’y aurait que des gens intelligents ce serait presque invivable. Mais imaginez le pire : un monde où il n’y a que des cons !

Je suis le seul écrivain qui sache couper des cheveux, j’en suis assez fier. Mais pas en quatre, cela dit ! [Rires.] Ce n’est pas incompatible, je ne suis pas le seul : le grand comédien Fabrice Luchini a aussi été coiffeur avant. Vous voyez, la coiffure mène à tout, à condition d’en sortir un jour ou l’autre.