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#JourdelaTerre2021

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Pour une société durable
Pour une société durable
© Getty

Le Journal des idées. C’est aujourd’hui le Jour de la Terre, depuis que le 22 avril 1970 le sénateur démocrate du Wisconsin Gaylord Nelson encouragea les étudiants à célébrer une journée de sensibilisation à l’environnement.

Le Earth Day est devenu une importante organisation planétaire engagée dans des actions pour une société durable, à l’échelle des individus, des groupes ou des associations. Et parmi ces actions, en France, le programme de plantation d’arbres, Corridors Verts offre aux entreprises la possibilité de compenser leurs émissions de CO2 en participant au « verdissement de leur région". Dans Libération, Nicolas Celnik évoque l’initiative de plusieurs économistes qui développent « des programmes de garantie d’emploi pour réduire le chômage et amorcer la transition écologique". Des modèles qui ont commencé à être expérimentés.

Portée par le candidat à la primaire démocrate Bernie Sanders aux États-Unis, la garantie d’emploi est vue par certains comme «la» mesure essentielle pour faire face aux remous de la pandémie et amorcer une transition écologique d’envergure.

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L’idée de la "garantie d’emploi" est de remplacer les dépenses publiques liées au chômage (l’allocation versée aux chômeurs, les frais engagés pour les différentes aides sociales) en un investissement dans des travailleurs qui créent de la valeur. Pour l’économiste Pavlina R. Tcherneva, conseillère de Bernie Sanders, "une transformation écologique repose sur une sécurité économique de base pour tous". Elle explique dans son essai La garantie d’emploi. L’arme sociale du Green New Deal  (La Découverte, 2021) comment il faut d’abord identifier les besoins d’un territoire pour établir une liste d’emplois locaux de service public, des activités qui ne doivent pas entrer en concurrence avec celles des entreprises privées. La garantie d’emploi intervient en cas de pénurie de travail, quand le secteur privé recrute moins.

Il s’agit donc d’intervenir de manière contracyclique, une vision post-keynésienne de l’économie portée par les tenants de «la théorie monétaire moderne» (ou Modern Monetary Theory) : quand le secteur privé a un fort taux de recrutement, le système de garantie d’emploi est peu mobilisé ; quand le secteur privé recrute peu, l’Etat employeur en dernier ressort doit éponger les pertes du secteur privé pour éviter une flambée du chômage.

La crise environnementale joue ici un rôle éminent. Tous les travaux à engager pour aligner les États sur les accords de Paris - rénovation d’infrastructures urbaines ou des passoires thermiques, par exemple - ouvrent d’ores et déjà des perspectives considérables dans le domaine de la protection de l’environnement, "un secteur d’activité qui n’a pas toujours vocation à être lucratif". Pour transformer ce travail en emploi, la garantie d’emploi serait une sorte de filet de sécurité, une "réserve" de main-d’œuvre qui pourrait également accompagner la reconversion de certains pans de l’industrie. En France, la campagne Un emploi vert pour tous, initiée par deux think tanks, ou laboratoire d’idées - Hémisphère gauche et l’Institut Rousseau - suggèrent d’instaurer une garantie à l’emploi vert inspirée de l’expérimentation Territoire Zéro Chômeur de longue durée, et de l’inscrire dans la loi.

En additionnant les coûts directs (l’allocation chômage, les programmes d’accompagnement social) et indirects (liés à la maladie, à la délinquance ou à l’échec scolaire) ainsi que le manque à gagner (impôts et cotisations sociales perçues sur les travailleurs), une étude d’ATD Quart Monde estime le coût du chômage entre 16 027 et 18 896 euros par an et par personne.

La garantie de l’emploi présente le double avantage "d’activer les dépenses passives" au lieu de se résigner à encaisser le chômage comme un coût, et de restaurer le tissu social, ce qui n’entre pas dans les bilans comptables. Des évaluations ont été réalisées sur les Territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD), initiés par ATD Quart Monde, forme restreinte et locale de la garantie de l’emploi. Le phénomène est en pleine expansion et il a fait la preuve de sa viabilité économique. Au point qu’il s’est trouvé limité par le principe de non-concurrence aux entreprises privées.

Les économistes peuvent-ils sauver la planète ?

C’est le sujet de la dernière livraison de la revue Regards croisés sur l’économie (La Découverte) : Urgence écologique : l’économie en transition. Cécile Bonneau et Mathilde Salin soulignent que jusqu’à présent, les économistes ne semblent guère s’intéresser aux questions environnementales.

Sur 77 000 articles publiés dans les neuf revues les plus influentes de la discipline économique depuis leur création jusqu’à 2019, 57 ont été consacrés au changement climatique, soit moins de 0,1%.

Peut-être parce que les nécessaires transformations du système économique face à l’urgence climatique "ne sauraient être apportées par le seul progrès technique et impliquent aussi des innovations politiques et sociales". Visiblement, les politiques de taxe écologique et quotas de carbone ne suffisent pas à enrayer l’évolution climatique. C’est le modèle de croissance qui est en cause, et c’est pourquoi certains économistes s’appuient sur le concept de "découplage" : "l’idée qu’il serait possible de maintenir la croissance tout en réduisant voire en supprimant l’usage de ressources et l’émission de polluants". L’équation reste malaisée, même dans les pays développés où la conscience écologique est forte. Le Haut Conseil pour le climat "pointe l’insuffisance du rythme de découplage observé par le passé pour respecter l’accord de Paris et en déduit qu’il est improbable d’obtenir des réductions d’émissions de GES suffisantes à court-terme en ne comptant que sur un découplage des émissions et du PIB : il est nécessaire de compléter de telles mesures par des mesures de sobriété."

Et c’est donc le Earth Day que le président américain a choisi pour la lancer son grand sommet mondial sur le climat, actant le retour des États-Unis dans l’accord de Paris. Dans Les Echos, Christian de Perthuis rappelle que l’administration Biden a annoncé une réévaluation de ses engagements internationaux par rapport à ceux déposés aux Nations unies par Obama en 2015. "Mais à quelle hauteur fixer la marche d’escalier ? Un objectif de baisse des émissions de 50 % entre 2005 et 2030 serait une contribution équivalente à celle de l’UE (–55 % relativement à 1990)." Le professeur d’économie à Paris-Dauphine souligne que la crédibilité de Biden se jouera au Congrès "où il devra faire passer l’American Jobs Plan projetant d’injecter plus de de 2 trillions de dollars d’investissement dans l’économie", dont la moitié (0,6 % du PIB) "est fléchée sur le bas carbone, avec deux objectifs prioritaires : décarboner la production d’électricité à l’horizon 2035 ; basculer l’industrie automobile vers le tout-électrique". Reste la position de la Chine, premier émetteur au monde, dont on attend des clarifications.

A l’origine de plus du quart des émissions mondiales, la voix de la Chine pèse lourd. Elle est devenue inaudible.

Le Journal des idées de Jacques Munier est proposé uniquement en version numérique pendant le mois d'avril, vous retrouverez toutes ses diffusions précédentes ici.