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Journée spéciale à l'hôpital : la campagne présidentielle vue par des soignants

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Le personnel des urgences du centre hospitalier de Laval est en grève illimitée depuis le 9 octobre dernier.
Le personnel des urgences du centre hospitalier de Laval est en grève illimitée depuis le 9 octobre dernier.
© Radio France - Julie Pacaud

Que pensent les professionnels de santé du quinquennat écoulé et des promesses des candidats à la présidentielle ? Réponses d'infirmiers et de médecins au centre hospitalier de Laval et au CHU d'Angers. Et revue des engagements politiques du moment à ce sujet très prégnant.

Comment des professionnels de santé considèrent-ils aujourd'hui leur métier et l'appréhendent-ils au regard du mandat d'Emmanuel Macron et des promesses des différents candidats à la présidentielle ? Deux de nos journalistes, Tara Schlegel et Julie Pacaud, sont allées poser ces questions à Laval et à Angers à l'occasion d'une journée spéciale sur notre antenne, le 19 janvier.

À Laval, l'hôpital est à la fois le premier et le dernier recours des patients

À Laval, en Mayenne, le service des urgences du centre hospitalier a dû être fermé, la nuit, à une quinzaine de reprises depuis le mois de novembre, faute de soignants. Les médecins manquent à l'appel à l'hôpital comme en ville. Un habitant sur cinq de la ville n'a plus de médecins traitants. "La situation aux urgences est compliquée parce que nous manquons de médecins, parce que nos locaux ne sont pas adaptés, parce que nous n'accueillons pas les gens dans des conditions dignes, du coup, on écoeure les médecins en place et ils s'en vont. Mais la situation est compliquée parce que nous sommes en amont dans un désert médical et que le flux de patients retombe souvent sur les urgences parce que les gens n'ont pas d'autre choix. Nous sommes à la fois le premier et le dernier recours", explique Caroline Brémaud, la cheffe du service des urgences du centre hospitalier. Pour elle, c'est un cercle vicieux : 

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Caroline Brémaud : "les ratios patients-soignants sont complétement aberrants. On a déshumanisé le soin".

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Centre Hospitalier de Laval. Le 19 janvier 2022.
Centre Hospitalier de Laval. Le 19 janvier 2022.
© Radio France - Julie Pacaud

Dans le principal centre de soins du département, Caroline Brémaud ne compte plus ses heures supplémentaires ni ses nuits de garde pour maintenir son service ouvert. Avec 5 équivalents temps plein médecin pour une cible entre 16 et 18, "ce qui fait qu'il y a beaucoup d'organisation de plannings et je suis contrainte de faire des enchaînements de garde où il n'y a pas le repos total de sécurité", raconte-t-elle. C'est un reportage signé Julie Pacaud à découvrir pleinement ici.

La campagne présidentielle vue des soignants à Laval par Julie Pacaud.

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Caroline Brémaud, cheffe du service des urgences de l'hôpital de Laval, est en grève depuis le 9 octobre pour alerter sur la situation du centre hospitalier.
Caroline Brémaud, cheffe du service des urgences de l'hôpital de Laval, est en grève depuis le 9 octobre pour alerter sur la situation du centre hospitalier.
© Radio France - Julie Pacaud

CHU d'Angers : côtoyer la mort au quotidien dans un service Covid. 

Tara Schlegel s'est rendue dans l'un des services accueillant des malades du Covid : le service des maladies infectieuses. Il compte 18 lits - tous occupés. Le flux de patients positifs est incessant et la dégradation de l'état de santé des personnes hospitalisées peut avoir très vite, en une heure ou deux, de dramatiques conséquences nécessitant jusqu'à trois ou quatre passages d'infirmières en une matinée :

Reportage dans le service des maladies infectieuses

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À Angers l'hôpital universitaire, comme partout en France, a subi la crise sanitaire. Au sortir des premières vagues, pendant lesquelles il était parvenu à doubler le nombre de lits de réanimations, pour atteindre une centaine, le CHU a décidé de former plusieurs infirmières volontaires pour venir en aide à leurs collègues au sein des services Covid et notamment en réanimation. Ces formations n'ont pu durer que quatre jours, ce qui est très insuffisant reconnaît le professeur Alain Mercat, chef du service de réanimation et soins intensifs au CHU. Néanmoins, elles sont indispensables, confie à Tara Schlegel ce médecin aguerri, qui travaille depuis 1987 dans les hôpitaux publics : 

Récit du chef de service du département de réanimation

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Vue générale du CHU d'Angers
Vue générale du CHU d'Angers
- Catherine Rouger Jouannet

Depuis le début de la pandémie, le CHU d’Angers tient très régulièrement des cellules de crise dédiées à l’épidémie. Au cours de la première vague, dans cet hôpital qui compte 1 555 lits, ces réunions étaient même quotidiennes. Depuis l’arrivée d’Omicron, elles sont organisées deux fois par semaine. Une quinzaine de personnes seulement sont admises autour d’une grande table ovale. C’est dans ce quartier général que se prennent toutes les décisions relatives au Covid et où Tara Schlegel a pu pénétrer le 6 janvier dernier : 

Au coeur d'une cellule de crise à l'hôpital d'Angers

2 min

Au service de réanimation du CHU d'Angers
Au service de réanimation du CHU d'Angers
- C Jouannet

La directrice générale du CHU d'Angers a accordé un long entretien sur la gestion d'un hôpital par temps de crise et sur sa vision du système de santé. Cécile Jaglin-Grimonprez y détaille sa fierté d'être à la tête d'un établissement qui a su montrer "des ressources extraordinaires" en ces temps de tempête sanitaire. Un entretien avec Tara Schlegel à découvrir en longueur, ici 

L'hôpital public dans la campagne électorale 

À Angers, notre journaliste a sollicité trois acteurs du système de santé du CHU pour qu'ils exposent leur vision de la campagne présidentielle avec une question : la santé est-elle suffisamment évoquée par les candidats à l'élection ? Sur le terrain, tous sont d'accord pour dire que, si l'actualité du Covid est omniprésente dans les discours des candidats, les vrais problèmes de fond sont pour l'instant totalement éludés. Quels sujets souhaiteraient-ils voir émerger ? Une syndicaliste de la CGT, Monique Boutin; le Professeur Alain Mercat, également ancien président de la société de réanimation de langue française; et la directrice du CHU, Cécile Jaglin-Grimonprez, livrent leur point de vue : 

Reportage au CHU d'Angers, qui compte 1 555 lits et environ 6 800 personnels hospitaliers. Par Tara Schlegel

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C'est un sujet absolument majeur. Je travaille à l'hôpital public depuis trente-sept ans, je n'ai jamais vu ça ! Là, on est au bord du gouffre. Des praticiens partent parce qu'ils sont fatigués. Et quand une infirmière rentre de son travail et que plusieurs mois d'affilée, chaque jour, elle rentre en se disant 'je n'ai pas fait exactement au mieux. Là, ce patient avait envie de parler, j'ai vu son regard, je n'ai pas eu le temps, j'ai fait semblant de ne pas le voir. Il y a un moment où cela devient insupportable.                                      
Professeur Alain Mercat

Afin de prolonger ces débats sur la présidentielle, Tara Schlegel s'est tournée vers la CGT du CHU d'Angers qui est le quatrième syndicat représentatif sur place. Le syndicat majoritaire étant FO. Quatre représentants de la CGT ont bien voulu se prêter au jeu et donner leur sentiment : jusqu'ici, à leurs yeux, le système de santé et l'hôpital public ne figurent pas au coeur des préoccupations des candidats. Monique Boutin est infirmière depuis 1987, trésorière du syndicat, elle exerce dans un secteur de consultation. Julien est aide-soignant depuis 12 ans et fait des remplacements entre les réanimations, les urgences et les salles de réveil. Franc est infirmier en salle de réveil, il travaille au CHU depuis 1992. Cécile est secrétaire dans un service de cardiologie, elle travaille au CHU depuis 2005 et est secrétaire du syndicat CGT : 

Monique, Cécile, Franc, Monique à nouveau et Cécile, puis Julien, Cécile et Monique.

7 min

Dans cette interview, Cécile, Franc et Julien notamment pointent que la formation des personnels est insuffisante au sein du CHU. Même si ce problème est national, la CGT estime que la direction à Angers ne fait pas assez d'efforts pour que des personnels volontaires puissent suivre une formation afin devenir aide-soignants, par exemple. L'hôpital n'aurait financé que 11 ou 12 demandes de la sorte ... Sollicitée à son tour, la direction de l'hôpital universitaire d'Angers a répondu par écrit à ces critiques : 

Voici la réponse du CHU d'Angers
Voici la réponse du CHU d'Angers
© Radio France - T.S.

Voici une copie du mail envoyé : "   Budget formation :

Il est fait référence au budget dédié aux études promotionnelles (= financement et prise en charge d’études permettant aux professionnels d’évoluer dans leur carrière). Il s’agit d’une part du budget de la formation, lui-même issu du niveau de cotisation normé du CHU à l’Agence nationale pour la formation hospitalière (ANFH). Le budget relatif aux études promotionnelles représente plus de 52 % du budget total de la formation au CHU d’Angers.

les budgets formation ne diminuent pas, preuve en est avec les études promotionnelles :

Le CHU a fait le choix d’augmenter le nombre d’agents pouvant partir en études promotionnelles : 33 départs étaient prévus en 2020 pour autant le CHU a choisi d’en financer 39, même nombre en 2021 et 40 en 2022. Parmi eux, 12 aides-soignants (AS) mais aussi 17 infirmiers (IDE) et infirmiers spécialisés. Le budget formation sert aussi à financer des actions de formation continue et ponctuelle visant à enrichir ses compétences

La formation continue existe bel et bien :   3 648 agents sont partis en formation à fin octobre 2021 (3 295 à fin octobre 2020), soit + 353 départs /  Et  la durée moyenne de formation par agent est passée de 2,44 jours à 1,62 jour. Cela s’explique par les difficultés à organiser et maintenir de la formation continue dans un contexte Covid. Mais le CHU fait bien de la formation et l’encourage. "

Les propositions des candidats 

"Recruter des soignants", rarement un engagement n'aura fait, comme celui là, l'unanimité chez les candidats qui, à droite comme à gauche, dénoncent en coeur la crise de notre système de santé. Le sujet s'impose comme un enjeu majeur du scrutin suprême. Plan d'urgence, recrutements massifs ou moratoire sur la fermeture des lits. À moins de trois mois du premier tour, quelles sont les propositions des candidats dans ce domaine ? Précisions de Julie Pacaud :

Quelles sont les propositions des candidats dans la santé ? Julie Pacaud a épluché leurs programmes

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Avec la collaboration de Caroline Bennetot 

À écouter aussi > Sur les lignes de front du virus, au plus près des services hospitaliers, entretien avec Tara Schlegel sur son travail journalistique, dans Profession reporter, d'Éric Valmir