Julie, 27 ans : "Quand j'ai voulu avorter, je n'ai pas eu l'impression que c'était un droit"

Publicité

Julie, 27 ans : "Quand j'ai voulu avorter, je n'ai pas eu l'impression que c'était un droit"

Par
Manifestation pour le droit à l'avortement organisée par le collectif Avortement en Europe à Paris le 25 septembre 2021.
Manifestation pour le droit à l'avortement organisée par le collectif Avortement en Europe à Paris le 25 septembre 2021.
© AFP - Sophie Libermann / Hans Lucas

Témoignage. Le Parlement a adopté mercredi une proposition de loi transpartisane pour allonger la durée légale de l'IVG de 12 à 14 semaines. Une jeune femme qui a immédiatement décidé de se faire avorter quand elle s'est rendue compte qu'elle était enceinte raconte ses difficultés et sa course contre la montre.

Le Parlement a adopté ce mercredi une proposition de loi transpartisane pour allonger la durée légale de l'IVG de 12 à 14 semaines, après un ultime vote de l'Assemblée nationale. Le texte qui a démarré son sinueux parcours parlementaire en octobre 2020 a été définitivement adopté avec le soutien de LREM par 135 voix pour, 47 contre et 9 abstentions. Concocté par l'opposition, il a été soutenu par la majorité, comme un signal envoyé aux électeurs de gauche en pleine campagne présidentielle.

Cet allongement du délai de l'IVG s’accompagne de la création d'un répertoire des lieux et personnes pratiquants l’IVG, de la possibilité ouverte pour les sages-femmes de réaliser des avortements par aspiration.

Publicité

La députée non inscrite porteuse du texte, Albane Gaillot, revient sur son examen au Parlement. Elle répond à Ouafia Kheniche

1 min

Outre le manque de personnel, c'est aussi le manque d'informations qui manque encore trop souvent aux femmes. 

C'est ce qui apparait dans le récit de Julie, qui nous raconte comment elle a dû batailler pour parvenir à une IVG. La jeune femme s'est aperçue en décembre à Paris qu'elle était enceinte. Elle a alors appelé médecins et sage-femme pour obtenir un rendez-vous. Voici son récit :

"On me disait qu'il n'y avait pas de rendez-vous avant un mois, un mois et demi. J'avais entamé les démarches très tôt, de peur de devoir passer par une IVG, par aspiration, voire par curetage. 

L'essentiel pour moi, c'est que je souffre le moins possible physiquement, parce que déjà, psychologiquement, c'est compliqué. Finalement, j'ai regardé sur Internet, il n'y avait pas grand chose comme information. Il y avait beaucoup d’informations sur les IVG par curetage mais très peu sur les IVG médicamenteuses. 

Finalement, une amie m'a conseillé d'appeler le planning familial. J'ai appelé une première fois, on ne m'a jamais répondu. J'ai appelé 11 fois... J'ai réussi à les avoir le lendemain. On m'a dit que le Xe arrondissement de Paris ne pratiquait pas d'IVG, donc il fallait que je trouve un rendez-vous ailleurs...

J'ai appelé dans un autre arrondissement. Finalement, j'ai eu un rendez-vous au cours duquel on a daté ma grossesse. J'étais potentiellement entre 6 et 7 semaines, ce qui était plus que ce que je pensais.

Il n'y avait pas de place avant la semaine suivante donc finalement, j'ai pris rendez-vous pour la semaine suivante pour le faire. C'est là où on prend le premier comprimé et où on a on fait une échographie pour mesurer la taille de l'œuf. J'étais à pratiquement 8 semaines. 

La Question du jour
7 min

Une course contre la montre

Si je m'étais dit j'ai le temps, j'attends qu'on me réponde, vu les délais, j'aurais dû forcément passer par le curetage. Je pense que j'ai été rapide dans ma démarche, mais dans tous les cas, ça m'aurait dépassé. Parce qu'au final, on ne peut pas anticiper combien de temps vont prendre toutes ses démarches. 

C'est un peu une course contre la montre, même pour quelqu'un comme moi qui est au courant de sa grossesse très tôt. En plus, on est à Paris. C'est censé être une ville hyper dynamique où l'accès aux soins est quand même énorme et au final, j'ai quand même galéré !

Au planning familial, une prise en charge incroyable

Je pense que c'est une bonne chose qu'on fasse passer le délai de 12 à 14 semaines. Cela permettra déjà d'avoir quand même deux semaines supplémentaires pour pouvoir accéder aux soins et d'envisager les choses un peu plus sereinement. 

Pendant ce parcours, je n'ai pas eu véritablement l'impression que l'on mettait des bâtons dans les roues mais j'avais l'impression qu'en fait, les gens ne mesuraient pas l'urgence que je pouvais ressentir, que ce soit psychologique ou physique. 

Et j'ai vraiment eu l'impression que ce n'était pas quelque chose d'acquis comme droit à part au planning ou vraiment, c'était une prise en charge incroyable. Ils ont vraiment été présents. Mais sinon, partout ailleurs, je n'ai vraiment pas l'impression que c'était quelque chose de normal. Franchement, c'est ça qui m'a miné psychologiquement parce que j'avais l'impression que ce n'était pas facile alors ça devrait l'être."