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Kamala Harris : de procureure à vice-présidente des États-Unis, une pionnière à chaque étape de sa carrière

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Kamala Harris, première femme à la vice-présidence des États-Unis, était habillée tout en blanc pour son discours de victoire auprès de Joe Biden ce samedi 7 novembre pour rendre un vibrant hommage aux femmes qui ont "ouvert la voie" à son élection.
Kamala Harris, première femme à la vice-présidence des États-Unis, était habillée tout en blanc pour son discours de victoire auprès de Joe Biden ce samedi 7 novembre pour rendre un vibrant hommage aux femmes qui ont "ouvert la voie" à son élection.
© AFP - Angela Weiss

Kamala Harris est devenue ce samedi 7 novembre la première femme vice-présidente de l'histoire des États-Unis. Le candidat démocrate Joe Biden a annoncé au mois d'août que la sénatrice de Californie serait sa colistière sur le "ticket" présidentiel. Retour sur le parcours d'une pionnière de 56 ans.

L'élection présidentielle 2020 aura marqué l'histoire américaine à tous points de vue : un scrutin très serré qui s'est déroulé dans un contexte de crise sanitaire, un taux de participation record, avec plus de 101 millions de votes par anticipation, un Président élu avec plus de 74 millions de voix soit plus que les 69,5 millions de voix recueillies par Barack Obama en 2008 et pour la première fois l'accession d'une femme à la vice-présidence. 

Malgré les recours en justice annoncés par le président sortant, Donald Trump, Joe Biden devrait prendre ses fonctions officiellement le 20 janvier 2021 et devenir ainsi le 46e président des États-Unis, aux côtés de Kamala Harris. "Je serai peut-être la première à ce poste, mais pas la dernière. J'espère que chaque petite fille qui regarde ce soir voit que c'est un pays de tous les possibles. Et aux enfants de notre pays, quel que soit votre sexe, notre pays vous a envoyé un message clair : rêvez avec ambition, dirigez avec conviction (...)", a déclaré la nouvelle vice-présidente élue des États-Unis ce samedi 7 novembre, après l'annonce de la victoire démocrate. 

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Retour sur le parcours de cette femme de 56 ans, fille d'immigrés de Jamaïque et d'Inde, qui a d'ores et déjà marqué l'Histoire.

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Une "success story" à l'américaine

Kamala Harris se distingue d'abord par son histoire personnelle, celle d'une femme issue de l'immigration qui a gravi les échelons un à un jusqu'à atteindre une des plus hautes marches : la vice-présidence des États-Unis. Elle est née en 1964 de deux parents immigrés, d'un père d'origine jamaïcaine d'une mère d'origine indienne. Ses parents Donald Harris et Shyamala Gopalan se sont rencontrés sur le campus de l'Université de Berkeley, en Californie. Kamala Harris a régulièrement mis en avant ce récit familial, dans son livre autobiographique The Truths We Hold, publié en janvier 2019, ou lors de la convention démocrate au mois d'août. "[Ma mère] est arrivée d'Inde à l'âge de 19 ans pour concrétiser son rêve de soigner le cancer. À l'université de Berkeley, en Californie, elle a rencontré mon père, Donald Harris, qui était venu de Jamaïque pour étudier l'économie. Ils sont tombés amoureux d'une façon très américaine, en marchant ensemble pour la justice et le mouvement des droits civils dans les années 1960", a raconté Kamala Harris lors de son discours à la convention démocrate le 19 août 2020.

Sa mère l'a élevée, avec sa soeur Maya, après la séparation de ses parents quand elle avait 5 ans. "Ma mère a très bien compris qu'elle élevait deux filles noires. Elle savait que son pays d'adoption nous verrait Maya et moi comme des filles noires et elle était déterminée à faire en sorte que nous grandissions comme des femmes noires sûres de nous et fières", écrit-elle dans son autobiographie The Truths We Hold.

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Kamala Harris va à l'école secondaire dans les années 1970 et bénéficie du système de "busing", "ce qui lui a permis d'aller dans des écoles à majorité blanche et d'être élevée avec des jeunes de l'élite", souligne Cécile Coquet-Mokoko, professeure de civilisation américaine à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Cet épisode de sa vie a d'ailleurs été au cœur d'un de ses échanges houleux avec Joe Biden lors d'un débat des primaires démocrates, auxquelles elle était également candidate. "Il s'était opposé en tant que sénateur du Delaware à cette politique d'intégration raciale des écoles et des lycées, en disant qu'on ne pouvait pas forcer les familles blanches à accepter que leurs enfants aillent à l'école avec des enfants de minorités racisées", retrace Cécile Coquet-Mokoko. 

"Il y avait une petite fille en Californie qui appartenait à la deuxième génération à aller dans son école publique en bus chaque jour. Cette petite fille, c’était moi", a déclaré Kamala Harris à l'intention de Joe Biden, durant le deuxième débat télévisé de la primaire démocrate le 27 juin 2019 (tweet ci-dessus).

En 1976, Kamala Harris part ensuite vivre à Montréal, où sa mère, chercheuse sur le cancer du sein, travaille à la faculté de médecine de l'Université McGill. Elle étudie d'abord à Notre-Dame de grâce, à Montréal, une école francophone, et semble avoir retenu quelques bribes de la langue française, comme en atteste ce tweet de l'ancien ambassadeur de France aux États-Unis :

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Elle obtient ensuite son diplôme dans l'école secondaire de Westmount en 1981, selon la presse canadienne. Après cinq ans à Montréal, Kamala Harris entre à Howard, la plus grande université noire du pays fondée en 1867 à Washington, où elle devient membre d'Alpha Kappa Alpha, une association d'étudiantes noires aux États-Unis. Elle obtient un diplôme de droit à l'Université de Hastings en Californie puis intègre le barreau en 1990.

Une procureure "redoutable et sans pitié" en Californie

Kamala Harris commence sa carrière comme adjointe au procureur de district du comté d'Alameda, en Californie. Elle est ensuite élue procureure du district de Californie de 2003 à 2010. Puis elle monte encore un échelon et devient la première femme noire à occuper le poste de procureure générale de Californie. Sur sa page de sénatrice de Californie, poste qu'elle occupe depuis 2016, Kamala Harris met en avant les dossiers dont elle s'est saisie pendant ses deux mandats de procureure générale de Californie. "Kamala a remporté un accord de 25 milliards de dollars pour les propriétaires immobiliers en Californie qui ont vu leur biens saisis à cause de la crise, elle a défendu une loi contre le changement climatique en Californie, protégé l'Affordable Care Act - loi qui permet à plus d'Américains d'avoir accès à une assurance de santé, également connue sous le nom d'Obamacare -, et traduit en justice les gangs transnationaux qui participaient à un trafic d'armes, de drogues et d'êtres humains", peut-on lire.

"Son bilan est quand même assez mitigé en Californie. Elle n'a pas eu une position vraiment très claire concernant la peine de mort par exemple. Elle a d’abord été critiquée pour ne pas avoir réclamé la peine de mort pour le meurtrier d'un policier, mais elle a ensuite refusé d'apporter son soutien à deux projets de référendum qui auraient aboli la peine de mort dans l'État de Californie", précise Cécile Coquet-Mokoko, professeure de civilisation américaine à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

À mon avis, Kamala Harris est plutôt une politicienne qu'une idéologue ou une personne de convictions. Je peux me tromper, mais elle ne donne pas vraiment le sentiment d'avoir une grande cause qui l'aurait amenée en politique.                                                                                    
Cécile Coquet-Mokoko

En 2008, Kamala Harris, alors procureure du district de San Francisco, s'est opposée à une mesure, appelée "Proposition K", visant à dépénaliser la prostitution dans la ville.
En 2008, Kamala Harris, alors procureure du district de San Francisco, s'est opposée à une mesure, appelée "Proposition K", visant à dépénaliser la prostitution dans la ville.
© AFP - Justin Sullivan

Kamala Harris "souffle le chaud et le froid pour ce qui est de ce bilan", selon Cécile Coquet-Mokoko, notamment sur le dossier des violences policières en Californie. "Elle est à l'origine de la création d'une base de données publique où l'on peut vérifier le degré d'avancement des enquêtes concernant des violences policières pendant les gardes à vue", affirme la professeure en civilisation américaine. Mais d'un autre côté, "elle a refusé que l'on poursuive des policiers qui avaient été accusés de violences". Son bilan de procureure générale de Californie a été très critiqué par une partie de la communauté afro-américaine qui avait placé beaucoup d'espoirs en elle, alors qu'elle était la première femme noire à occuper ce poste. "C'était une procureure redoutable et sans pitié", affirme David Vauclair, professeur à l’Institut Libre d'Études des Relations Internationales (ILERI), spécialiste de géopolitique et d’histoire contemporaine. "En 2014, elle va refuser d'enquêter sur la mort de deux Afro-Américains qui sont abattus par la police. En 2015, elle ne soutiendra pas un projet de loi qui obligeait le procureur général, elle à l'époque, à nommer un procureur qui se spécialise dans la poursuite judiciaire des violences policières", explique-t-il.

Pendant son mandat de procureure, Kamala Harris a tout de même mis en place des mesures à même de satisfaire l'électorat démocrate plus à gauche sur l'échiquier politique, comme le programme "Back on Track", en 2005. "Ce programme de retour sur les rails lui a permis de réduire les taux de récidive en Californie de 70% à 10%. Et c'est probablement son plus grand et son plus beau succès en tant que procureure", affirme David Vauclair. "En tant que procureure, elle a aussi réorienté la Loi sur la prostitution des adolescentes et permis de considérer les jeunes filles comme des victimes d'abord, et non pas comme des criminelles, ce qui était le cas auparavant", précise-t-il.

La deuxième femme noire élue au Sénat

Son entrée en politique se fait par la force des choses "puisque dans le système américain, le procureur est élu", rappelle David Vauclair. "Il faut donc appartenir à une liste électorale et choisir son parti. Kamala Harris a choisi le Parti démocrate assez naturellement, vu son enfance, son éducation par des parents qui étaient démocrates et puis socio-économiquement", affirme ce professeur à l'ILERI. Kamala Harris occupe une place importante au sein du Parti démocrate, notamment depuis qu'elle s'est affichée comme soutien de Barack Obama pour la présidentielle de 2008. Lorsqu'elle devient procureure générale de Californie en 2010, elle se fait remarquer sur la scène nationale. "Si vous lisez la presse américaine, vous vous verrez qu'en 2010, elle fait partie des démocrates à suivre, des démocrates qui ont du talent, des dix femmes les plus importantes des États-Unis au niveau politique", souligne David Vauclair.

Kamala Harris, sénatrice de Californie depuis 2016, s'est illustrée notamment lors des questions du Sénat au juge Brett Kavanaugh, nommé à la Cour suprême par Donald Trump.
Kamala Harris, sénatrice de Californie depuis 2016, s'est illustrée notamment lors des questions du Sénat au juge Brett Kavanaugh, nommé à la Cour suprême par Donald Trump.
© AFP - Drew Angerer

Lorsque la sénatrice de Californie Barbara Boxer annonce qu'elle prend sa retraite politique en 2015, Kamala Harris "se présente immédiatement, poussée par les pontes du Parti démocrate, en particulier Elizabeth Warren, Cory Booker, mais également Obama, qui est tout à fait ravi de la voir vouloir prendre une place au Sénat", raconte David Vauclair, spécialiste de géopolitique et d’histoire contemporaine.

Kamala Harris est élue sénatrice de Californie en 2016 et marque à nouveau l'histoire des États-Unis, en devenant la deuxième femme noire à être élue au Sénat, vingt-trois ans après Carol Moseley Braun. Lors de son mandat, elle a été membre de plusieurs commissions, dont celle du renseignement. Elle participe ainsi à l'enquête sur de possibles collusions entre l'équipe de campagne du Président et le Kremlin. "Elle a soumis Jeff Sessions, qui fut ministre de la Justice du président Trump dans les premiers temps de son mandat, à une telle batterie de questions qu'il s’est quasiment déclaré vaincu", retrace Cécile Coquet-Mokoko, professeure de civilisation américaine à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Et d'ajouter : "Elle a tendance à mitrailler de questions".

Cela me rend nerveux d’être ainsi pressé de questions.  
Jeff Sessions, ministre de la Justice de Donald Trump, s'adressant à Kamala Harris en juin 2017

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"Elle a procédé de la même façon avec le juge Brett Kavanaugh lors de sa procédure de confirmation par le Sénat", affirme Cécile Coquet-Mokoko. En effet, en septembre 2018, Kamala Harris demande au candidat conservateur à la Cour Suprême nommé par Donald Trump : "Pouvez-vous citer une loi qui donne au gouvernement le pouvoir de prendre des décisions concernant le corps d'un homme?", lui a-t-elle lancé pour tenter de lui faire dire ce qu'il pensait de l'arrêt historique légalisant l'avortement aux États-Unis. Brett Kavanaugh feint de pas avoir compris la question, puis finit par répondre, après avoir bafouillé : "Je n'ai rien qui me vienne en tête maintenant".

En tant que sénatrice, elle est surtout connue pour ses talents de débatteuse et les très mauvais moments qu'elle a pu faire passer à Jeff Sessions, sachant qu'il était alors garde des Sceaux de Donald Trump et Brett Kavanaugh, qui était candidat à la Cour suprême.                                                                          
David Vauclair, professeur à l'ILERI

Une "pragmatique" qui rallie Joe Biden

Kamala Harris s'était présentée comme candidate aux primaires démocrates avant de jeter l'éponge en décembre 2019 avant le lancement officiel de la campagne, face à des sondages qui ne lui étaient pas favorables et faute de fonds suffisants. Le 8 mars 2020, elle rallie officiellement le candidat Joe Biden parce que "c'est une pragmatique et qu'elle le rejoint sur bon nombre de ses opinions qui sont centristes", analyse David Vauclair. "Et puis, bien sûr, parce qu'elle est ambitieuse et qu'elle voit aussi la vice-présidence pour ce qu'elle est, c'est-à-dire une étape vers la présidence qui semble être son but ultime et un but qui est tout à fait atteignable puisque désormais, elle est vice-présidente des États-Unis", souligne le professeur à l'ILERI.

Le 11 août 2020, Joe Biden met fin à plusieurs semaines de suspens et annonce qu'il choisit la sénatrice de Californie comme colistière sur le "ticket" présidentiel.

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Joe Biden espère rallier un électorat plus vaste grâce à la candidature de Kamala Harris : c'est la troisième femme à avoir été choisie comme vice-présidente après Geraldine Ferraro en 1984 et Sarah Palin en 2008. Le candidat démocrate compte également séduire une partie de l'électorat afro-américain et asiatique en nommant cette femme de 56 ans issue de l'immigration jamaïcaine et indienne.

"Kamala Harris a siégé au Sénat dans quatre commissions qui portent sur les affaires juridiques, sur le budget, la sécurité intérieure et le renseignement. Donc, ce sont véritablement des commissions stratégiques du Sénat qui lui donnent les moyens d'être une conseillère vraiment au fait des dossiers. Ce n'est pas juste une femme qui a été mise là pour accompagner un vice-président d'âge mûr, mais c'est une politicienne qui connaît les dossiers et qui a l'assurance d'une procureure", souligne Cécile Coquet-Mokoko, professeure en civilisation américaine.

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Difficile de savoir quel sera son rôle dans la présidence de Joe Biden, d'autant plus que le vice-président a un rôle limité dans la constitution américaine. Dans une interview accordée au journal The New York Times le 27 juillet 2019, Kamala Harris esquissait sa vision de la politique : "Je n'essaye pas de restructurer la société, j'essaye juste de prendre soin des problèmes qui réveillent les gens au milieu de la nuit".

"On peut compter sur elle au niveau féministe, elle a toujours été une très grande avocate des femmes et elle a toujours essayé de soutenir le plus et le mieux possible la cause des femmes, qu'elles soient payées équitablement, qu'elles aient des possibilités qui soient égales aux hommes. Sa devise, qu'elle utilise de manière régulière, est : Vous pouvez être la première, soyez sûre de ne jamais être la dernière__. Sa volonté est vraiment d'ouvrir la route et là, on peut vraiment compter sur elle", conclut David Vauclair.

Kamala Harris, lors d'un meeting à Palm Beach en Floride, le 31 octobre 2020.
Kamala Harris, lors d'un meeting à Palm Beach en Floride, le 31 octobre 2020.
© AFP - Chandan Khanna