Publicité

Kamel Daoud, Goncourt du premier roman

Par

Il faisait partie des grands favoris de la course au Goncourt et au Renaudot 2014, mais était finalement sorti bredouille de la dernière saison des prix littéraires. L’écrivain algérien Kamel Daoud a été récompensé ce 5 mai par le Goncourt du premier roman pour Meursault, contre-enquête , paru chez Actes Sud en 2014.

Kamel Daoud
Kamel Daoud

Aujourd’hui, M’ma est encore vivante. Elle ne dit plus rien, mais elle pourrait raconter bien des choses. Contrairement à moi, qui, à force de ressasser cette histoire, ne m’en souviens presque plus. Je veux dire que c’est une histoire qui remonte à plus d’un demi-siècle. Elle a eu lieu et on en a beaucoup parlé. Les gens en parlent encore, mais n’évoquent qu’un seul mort – sans honte vois-tu, alors qu’il y en avait deux, de morts. Oui, deux. La raison de cette omission? Le premier savait raconter, au point qu’il a réussi à faire oublier son crime, alors que le second était un pauvre illettré que Dieu a créé uniquement, semble-t-il, pour qu’il reçoive une balle et retourne à la poussière, un anonyme qui n’a même pas eu le temps d’avoir un prénom.Incipit de Meursault, contre-enquête , de Kamel Daoud

Publicité

"Aujourd'hui, M'ma est encore vivante ". Le lien est de suite établi : ce livre est une réécriture de* L'Etranger* , d'Albert Camus, qui s'ouvre abruptement par la fameuse phrase "Aujourd'hui, maman est morte ". A la différence près qu'ici, le protagoniste n'est plus Meursault mais "l’Arabe", tué par ce dernier sur une plage... Pour Kamel Daoud, ce personnage, sans nom, indifférait trop Camus. Son entreprise littéraire tendait donc à rendre toute son étoffe à "l’Arabe" en le baptisant d'abord (Moussa Ouled El-Assasse), puis en lui conférant des traits, une existence, des sentiments, une famille… D’ailleurs, le narrateur de Meursault, contre-enquête , n’est autre que le frère de Moussa, Haroun.

Sans l'avoir lu, de nombreuses personnes m'ont dit : * "Je suis sûr que vous avez rendu sa gifle à Camus." Elles ont pensé que c'était une attaque à L'Etranger, mais moi je n'étais pas dans cet esprit-là. Non, ce qui m'intéressait, c'était le fait littéraire, et pas politique ou lié à l'histoire coloniale. Je ne suis pas un ancien moudjahid.* Kamel Daoud, interviewé par Mohammed Aïssaoui, Le Figaro , 16-10-2014**

Chroniqueur vedette et virulent au Quotidien d'Oran , Kamel Daoud est victime d'une fatwa lancée en décembre 2014 par le mouvement salafiste algérien, suite à l’un des passages de l'écrivain sur France 2 dans lequel il évoquait le rapport des musulmans avec leur religion.

Il a également écrit un recueil de nouvelles paru en 2011 aux éditions Sabine Wespieser, Minotaure 504 .

A réécouter :

Le 29 novembre 2014, Kamel Daoud était l'invité de l'émission *Répliques * :

L'Etranger revisité

51 min

Le 29 janvier, dans Hors Champs , il évoquait plus largement son expérience, son existence, Alger...

Semaine spéciale Alger : Kamel Daoud

45 min