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Karamazov, cris et hurlements

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La pièce Karamazov par Jean Bellorini
La pièce Karamazov par Jean Bellorini
- Christophe Raynaud de Lage

Réouverture à Avignon d’un lieu mythique, la Carrière Boulbon, à une quinzaine de kilomètres, pour accueillir une épopée lyrique et flamboyante : les frères Karamazov, de Dostoïevski, adapté et mis en scène sous le titre Karamazov par Jean Bellorini. Une fresque de 5h30 haute en cris et en excès.

chronique Gayot 13 07

1 min

C’est une traversée frénétique et menée au pas de charge qu’a opéré dans le roman de Dostoïevski Jean Bellorini. Sur une scène remarquablement organisée, où des éléments de décor arrivent de droite et de gauche en roulant sur des rails automatisés, les comédiens se jettent à corps perdu dans les affres de la famille Karamazov. Une famille d’hommes, où quatre frères tentent d’exister sous le regard d’un père jouisseur qui leur laisse peu de place.

Un théâtre extraverti

Le texte est secoué de soubresauts, traversé par des passions amoureuses, religieuses, philosophiques, politiques et existentielles. Et c’est sans doute pour retrouver cette furieuse véhémence que les comédiens de Jean Bellorini jouent avec une énergie qui confine parfois à l’hystérie. La voix cassée, malgré les micros qui les sonorisent, ils cavalent dans les mots plus qu’ils ne cherchent à en pénétrer les nuances. Une bataille que Bellorini convertit aussi en chansons, le metteur en scène aime que la musique irrigue ses plateaux ; On aimerait parfois qu’une baisse de décibels tempère la représentation. On aimerait que des temps de décélération permettent au public de prendre, à son tour, le temps de la réflexion, de l’interrogation et de l’émotion. Ce théâtre extraverti a pour lui un tempérament de feu. Pourquoi pas ? Le spectacle est populaire et festif malgré la noirceur du propos. Mais il laisse à quai ceux qui espéraient s’immerger dans ce que Dostoïevski manie si bien : l’introspection, cet abîme vertigineux où plongent des héros totalement minés par le doute.

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Karamazov, d'après Dostoïevski, mise en scène de Jean Bellorini, du 11 au 22 juillet à 21h30, carrière de Boulbon (5h).