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Keynes, que d'erreurs on commet en ton nom !

Par
L'économiste anglais John Maynard Keynes (1883-1946)
L'économiste anglais John Maynard Keynes (1883-1946)
© Getty - Bettmann

Les politiques dites de "relance keynésienne" par les déficits publics et la consommation que sont en train de décider tous les gouvernements vont échouer. Parce qu'elles ne sont pas coordonnées. Parce qu'elles interviennent à contre-temps...

Les mesures protectionnistes adoptées par Trump avaient déjà abîmé les chaînes d’approvisionnement que la crise sanitaire en cours est en train d’achever la désorganisation. Les bourses, dopées par l’afflux de liquidités créées par les banques centrales, flambaient comme dans les années 1920. La croissance chinoise, moteur de l’économie mondiale, donnait des signes de fléchissement. L’Europe était à la traîne. 

« L’économie mondiale était mûre pour la récession même avant que ne frappe l’épidémie du coronavirus. » Anne O Krueger.

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Maintenant, nous sommes face à une crise de très grande ampleur, provoquée par l'arrêt, quasi-complet, de l’économie mondiale pour cause de confinement. S'y ajoutent les effets de la guerre commerciale que se livrent Russes et Saoudiens sur le marché du pétrole ; la chute des prix qu’elle entraîne est catastrophique pour les pays producteurs et désastreuse pour l’économie américaine, fortement dépendante des pétroles et gaz de schistes locaux. Leur extraction devient trop coûteuse, face aux prix écrasés du pétrole mondial.

Trump, chantre du chacun pour soi

Aucune des grandes crises sanitaires précédentes, que ce soit celle du SRAS en 2003, du H1N1 en 2009, ou de l’Ebola en 2014-2016, n’a débouché sur une crise économique. C’est parce que la communauté internationale a su y faire face de manière coordonnée. Et que les Etats-Unis, dirigés par Barack Obama, ont joué le rôle de leader qu’on attendait d’eux. Des mesures "keynésiennes" d’expansion monétaire et de stimulus fiscal ont permis d’enrayer ces crises à leur départ. Les mêmes recettes ont permis de surmonter la crise des subprimes, en 2008/2010. 

Tout est différent avec Donald Trump à la Maison Blanche. Le multilatéralisme, le président américain n’y croit pas. Le leadership américain, il l’estime dépassé. C’est chacun pour soi, à présent. Même l’Union européenne a manqué de réactivité. Au motif que les politiques sanitaires sont du ressort des seuls états membres, la solidarité minimale à laquelle pouvaient s’attendre les premiers pays victimes du COVID-19, comme l’Italie, n'a pas été au rendez-vous…

Des politiques de relance devenues inappropriées

C’est pourquoi, avertit Anne Krueger, "la prochaine récession sera pire que les précédente_s". Il existe une "quasi-unanimité" pour une politique de soutien de la croissance par les méthodes traditionnelles (keynésiennes_) de soutien de la demande par création monétaire, hausse de la dépense publique et baisse d’impôts. C’est-à-dire par une fuite en avant dans les déficits budgétaires, alors que les dettes publiques de certains états, notamment des Etats-Unis et de la France, sont déjà problématiques et laissent peu de marge de manœuvre. 

Mais en l’absence d’une coordination mondiale, ces politiques vont simplement permettre à certains pays d’exporter leur crise chez leurs partenaires commerciaux, alors qu’il faudrait la résoudre ensemble…

Mais ces fameuses « politiques keynésiennes de relance » sont-elles appropriées ? Le fameux économiste britannique Robert Skidelsky, biographe de John Maynard Keynes ne le croit pas. 

1h 00

Du mésusage de la pensée de Keynes

On interprète bien mal la pensée de Keynes, écrit-il en la réduisant aux seuls déficits budgétaires. Car ces politiques de relance par la dépense publique, telle que le "paquet" annoncé par Boris Johnson en Grande-Bretagne, interviennent trop tard et à contre-temps. 

C’est en 2010 qu’il aurait fallu lancer une politique de relance. Mais ses prédécesseurs conservateurs au 10, Downing Street, ont préféré une désastreuse austérité budgétaire. Aujourd’hui, alors que le chômage est faible en Grande-Bretagne, comme aux Etats-Unis, le soutien de la demande et l’injection de liquidités vont se traduire par le retour de l’inflation. Les gouvernements seront alors obligés de combattre la hausse des prix par une hausse des impôts. Et l’on renouera avec une maladie de langueur que les Britanniques ont bien connue dans les années 1970 pour cause d’abus des politiques dites "keynésiennes", la stagflation

Le beurre ou les canons ?

On nous parle, poursuit Skidelsky, d’une "guerre contre le virus". Mais une guerre implique une économie de rationnement. On doit choisir "entre le beurre et les canons". Aujourd’hui, le problème n’est pas d’accroître la consommation des ménages, mais au contraire de rediriger nos dépenses publiques vers le secteur sanitaire – dont l’épidémie a démontré le sous-dimensionnement dans la plupart des pays. De toute façon, alors que la production mondiale va stagner pour cause de confinement des producteurs de richesses, ce n’est pas le moment d’appuyer sur l’accélérateur de la consommation. Sauf , encore une fois, à provoquer une forte hausse des prix...

Keynes conseillait, en temps de guerre, d’augmenter les impôts. Pas de relancer la consommation. Mais on invoque Keynes à toutes les sauces. Souvent contre ses propres théories…