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Kurdes de Syrie : "Ils sont tombés dans le trou noir de l’information alors que rien n'est joué"

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Des combattantes kurdes des Forces démocratiques syriennes (FDS) se rassemblent lors d'une célébration sur la place emblématique Al-Naim à Raqqa le 19 octobre 2017, après avoir repris la ville aux combattants du groupe État islamique (EI).
Des combattantes kurdes des Forces démocratiques syriennes (FDS) se rassemblent lors d'une célébration sur la place emblématique Al-Naim à Raqqa le 19 octobre 2017, après avoir repris la ville aux combattants du groupe État islamique (EI).
© AFP - Bulent Kilic

La Face cachée du globe. Depuis la chute de Raqqa (ancien fief de Daech), le 17 octobre 2017, les Kurdes de Syrie sont abandonnés à leur propre sort. Entretien avec Patrice Franceschi, compagnon de route et de combat du peuple kurde.

Malgré des tensions et quelques incidents, les combats en Syrie se sont raréfiés. Que sont devenus les Kurdes de Syrie qui sur le terrain ont chassé le groupe djihadiste état islamique ? Après avoir aidé la coalition internationale, les Kurdes de Syrie sont tombés dans l’oubli. Ils ont été délaissés voire trahis par les Occidentaux.

Entretien avec Patrice Franceschi, écrivain-aventurier français et auteur de "Avec les Kurdes, ce que les avoir abandonnés dit de nous" récemment publié chez Gallimard.

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Patrice Franceschi : "Kurdes, ils sont tombés dans le trou noir de l'histoire"

3 min

Qu'est devenu notre lien avec les Kurdes ?

La tragédie des Kurdes est à la fois la nôtre parce qu’on a combattu ensemble le même ennemi, et maintenant que nous croyons avoir gagné contre Daech, nous les abandonnons alors que tout n’est pas fini. D’autre part, ils sont tombés dans le trou noir de l’Histoire, dans le trou noir de l’information, ils ont disparu des radars, comme on dit, alors que rien n’est joué. 

Tout est encore en jeu et abandonner les Kurdes aujourd’hui, c’est à l’avenir le retour des djihadistes, le retour de Daech sous un autre nom, et donc le retour du terrorisme en France. 

Nous avons par conséquent commis une faute morale en abandonnant les Kurdes il y a près d’un an lorsque les Turcs avec leurs supplétifs djihadistes les ont attaqués. Nous avons abandonné nos alliés qui avaient combattu avec nous Daech. 

Mais aussi faute politique, simplement parce que s’il y a bien une chose qu’il ne fallait pas faire, c’était de croire que la victoire était déjà à portée de main. En fait, dans ces affaires, ce sont des luttes et des combats, des guerres sur un temps long.

Que s’est-il passé ? Pourquoi les Kurdes sont-ils tombés dans le trou noir de l'Histoire, quels sont les ressorts de cet abandon ?

Il y a un grand mystère dans la tragédie kurde. Une sorte de malédiction pour certains peuples qui ne font pas l’actualité internationale au moment où il faut le faire ou dans le temps long. Le sous-titre de ce petit livre paru chez Gallimard - "Ce que les avoir abandonnés dit de nous" - dit tout pour moi. C’est-à-dire que les Kurdes sans les Alliés occidentaux, en qui ils croyaient profondément, ne pouvaient pas faire grand-chose face à la fois aux djihadistes dans son ensemble et face aux Etats de la région, à commencer par les Turcs qui veulent leur disparition absolue. 

Avec nous, ils ont vaincu Daech. Je vous rappelle qu’ils ont payé le prix fort : 38 000 tués et blessés dans la lutte contre le groupe Etat islamique. La France a perdu un seul soldat pendant cette guerre. Qu’est-ce qui nous est arrivé pour que nous ne voyions plus que défendre les Kurdes, nos amis, nos alliés contre nos ennemis communs, était essentiel, que n’importe quelle guerre pour la préservation de nos libertés et notre sécurité ? C’est ce dont je parle dans la dernière partie de ce livre qui pour moi était peut-être le plus excitant à écrire, par rapport au thème des Kurdes. Faire une cartographie de ce qui est arrivé depuis une cinquantaine d’années sur notre masochisme occidental constant, sur l’érosion de notre volonté de vivre libre, sur la domination complète sur nos vies du consumérisme, tout cela est dû au fait que nous baissons les bras quand il faut faire trop d’efforts pour défendre nos libertés

Est-ce que les Kurdes n’ont pas aussi été victimes de la géopolitique, les Américains, les Turcs, et les Russes aussi ?

Ils sont victimes depuis toujours de la Realpolitik qui fait que ce plus grand peuple du Moyen-Orient sans Etat est toujours tiraillé entre les volontés hégémoniques ou impérialistes des Etats régionaux. Pour l’affaire qui nous préoccupe, les Kurdes de Syrie contre le groupe Etat islamique, il y avait réellement un ennemi commun qui à Raqqa avait planifié les attentats en France et qui nous avait poussé à intervenir. Nous voulions que Raqqa disparaisse de la surface du globe pour qu’il n’y ait plus de terrorisme chez nous. Donc, on aurait pu comprendre que pour la première fois avec les Kurdes, notre volonté de nous défendre en commun ait été totale. Cela a été le cas pendant cinq ans. Mais au moment où Raqqa disparaît, au moment où le groupe Etat islamique est décrété cérébralement mort, eh bien nous avons tourné le regard et laissé les Etats régionaux reprendre la main contre nous alors que rien n’est terminé.

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En bref ailleurs dans le monde

Human Rights Watch réitère son appel aux autorités thaïlandaises

Une quinzaine de leaders étudiants parlent aux partisans et aux médias après avoir été convoqués par la police à la suite d'une série de rassemblements pro-démocratie à Bangkok le 28 août 2020.
Une quinzaine de leaders étudiants parlent aux partisans et aux médias après avoir été convoqués par la police à la suite d'une série de rassemblements pro-démocratie à Bangkok le 28 août 2020.
© AFP - Mladen Antonov

Les manifestations pro-démocratie sont quasi-quotidiennes en Thaïlande et la répression aussi. Les étudiants qui réclament la démission du Premier ministre, la dissolution du Parlement et une révision de la Constitution sont arrêtés et poursuivis pour sédition. Ce que dénonce Human Rights Watch qui demande aux autorités de Bangkok d’arrêter de bafouer les lois aux droits et à la liberté d’expression.

Biélorussie : les protestataires reprennent l'hymne du combat catalan 

C'est en musique que manifestent les Biélorusses contre la réélection du Président Loukachenko. Les protestataires ont repris à leur compte une chanson catalane écrite par Lluis Llach contre la dictature du général Franco. "L'estaca_",_ le pieu qu'un grand père n'arrive pas à faire tomber. En 1979, ce sont les Polonais du syndicat Solidarnosc qui en ont fait leur hymne contre le régime pro-soviétique en le traduisant par Mury, les Murs, version reprise aujourd'hui par les opposants biélorusses. En 2011, les Tunisiens l'ont relancée en arabe. "L'estaca" a été chantée en 1985 en direct du stade du football club Barcelone en chœur par le public.

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Avec la collaboration de Caroline Bennetot