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L'abstention, talon d'Achille de la majorité d'Emmanuel Macron

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Le succès du président de la République au premier tour des élections législatives est indéniable, voire quasi inédit sur la base des suffrages exprimés. Mais l'abstention historique de ce dimanche (51,29%) relativise grandement cette réussite, notamment au regard des précédentes législatives.

Raz-de-marée, tsunami, déferlante, vague, les métaphores maritimes ne manquent pas pour décrire la victoire hier de "La République en marche !", alliée au Modem. Mais comme pour son élection début mai, Emmanuel Macron s'appuie sur un faible vote des inscrits. Sans oublier à l'époque la surprise des scores record de bulletins blancs ou nuls.

Le mouvement de celui qui est même qualifié ce matin de " Baron Haussmann de la politique" recueille cette fois 28,21% des votes exprimés, auxquels s'ajoutent 4,11% du Modem. Et dans l'Obs, Baptiste Legrand pointe, graphique à l'appui, que "jamais un président n'avait obtenu aussi peu de voix lors des élections législatives qui suivaient la présidentielle" (depuis 1981).

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Dans Ouest-France, l'éditorialiste Michel Urvoy analyse cette " déferlante en trompe-l’œil" et conclut : "Pour gouverner, il vaut mieux pouvoir compter sur une adhésion nette à son projet et avoir l’opposition au Parlement plutôt que dans la rue. Pour l’instant, on n’a ni l’un ni l’autre." Des commentateurs évoquent d'ailleurs un véritable troisième tour social à venir, en particulier avec la réforme du code du travail.

Seulement 2 députés élus au 1er tour

Autre symbole de cette domination à nuancer, "La République en marche !" n'obtient que deux élus au sortir de ce premier tour. Les deux autres directement élus sont Divers gauche (DVG) et UDI. Avec un taux d'abstention aussi élevé, il devenait en effet difficile pour de nombreux candidats d'obtenir plus de 50% des suffrages exprimés et 25% des voix des inscrits. Là aussi, au regard de l'Histoire, l'écrasante majorité se relativise.

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"L'abstention est un échec de cette élection"

Le porte-parole du gouvernement a concédé ce matin sur France 2 qu'il y avait "une fragilité globale de la mobilisation. C'est peut-être le premier échec de cette soirée électorale." Christophe Castaner rejette toutefois un échec qui ne concernerait que "La République en marche !" : "C'est un échec global de la démocratie". Selon lui, "Il faut l'entendre, il faut redonner confiance. J'appelle tous les candidats, quel que soit leur parti politique, à se mobiliser pour donner envie, et ensuite c'est notre responsabilité gouvernementale, celle du président, celle du Premier ministre, de redonner confiance dans l'élection." Et de promettre des "réponses au quotidien" de la part de l'exécutif. Sans préciser lesquelles.

Le porte-parole du gouvernement : "C'est un échec global de la démocratie."

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Le président de la Commission nationale d'investiture de "La République en marche !", Jean-Paul Delevoye, s'est également montré lucide sur Europe 1 : "Nous mesurons aussi la responsabilité qui est la nôtre. Nous n'oublions pas les 23% du premier tour, les 50% des Français qui étaient en attente ou en colère. On n'oublie pas non plus les 50% de taux de participation, et donc de Françaises et de Français qui sont sur la réserve, qui s'interrogent."

Le porte-parole national de la campagne du PS aux législatives a lui souligné sur Franceinfo que "moins d'un électeur sur deux s’est déplacé hier alors qu’on nous dit depuis cinq semaines que nous réécrivons une nouvelle page de l’histoire de la vie politique française. Mais où est l’appétence de cette nouvelle page ?", s'est demandé Luc Carvounas, qui est aussi candidat dans la 9e circonscription du Val-de-Marne.

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Abstention-adhésion ?

Pour Jean-Pierre Raffarin, comme pour certains analystes, une part significative de cette abstention-clé serait toutefois la marque d'une adhésion à la gouvernance Macron. Un quitus qui ne serait pas passé par l'isoloir.

Stéphane Robert, de notre service politique, estime ainsi qu'"une partie des électeurs de gauche et de droite, soit pour une petite part ont voté Macron pour lui donner les moyens de gouverner, soit plus généralement se sont abstenus dans une forme d'acceptation de ce qui est en train de se passer. C'est essentiellement là que se situe le ressort de cette déferlante pour LREM, dans le différentiel de mobilisation des différents électorats, qui équivaut dans une sorte de sidération non pas à une adhésion, mais donc à une acceptation tacite du renouvellement en profondeur du paysage politique que constitue le phénomène Macron."

Invité de notre journal de 12h30, le politologue Jérôme Sainte-Marie parle d'"une forme de renoncement" : "Peut-on parler comme M. Raffarin de consentement ? D'une certaine manière oui. En tout cas, on ne peut pas dire que cette abstention rend illégitime l'élection."

Et dans son Billet politique de ce matin, Frédéric Says explique aussi que ce n'est pas la République en Marche, mais d'abord la France insoumise et le FN qui ont échoué à mobiliser leur électorat. Quand ces partis d'opposition brandissent justement l'abstention comme un rejet clair de la majorité présidentielle.

Enfin, voici ce qui ressort d'un sondage Ifop Fiducial publié ce lundi sur les raisons de l'abstention :

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