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L'AfD depuis 2013 : des dirigeants de plus en plus xénophobes

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Le 25 Septembre 2017 à Berlin, Cologne, Hambourg... des milliers de personnes battent le pavé contre l'AfD
Le 25 Septembre 2017 à Berlin, Cologne, Hambourg... des milliers de personnes battent le pavé contre l'AfD
© AFP - ERIC CORTES / NURPHOTO

Score historique aux législatives pour Alternative pour l'Allemagne, qui entre au Parlement. Comment l'AfD, fondé en 2013 par des eurosceptiques, a-t-il pu prendre un tournant si radical ? Les destins de trois figures du parti permettent de comprendre comment la créature a échappé à son créateur.

Le parti populiste Alternative pour l’Allemagne (AfD) a signé un score historique aux législatives ce dimanche outre-Rhin : 12,6% des voix, soit 7,9% de plus par rapport à 2013, l'année de sa création. “Pour la première fois depuis soixante-dix ans, des nazis vont s’exprimer au Reichstag”, a fulminé le ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel, réagissant à l'entrée de 94 députés de l'AfD au Parlement. Ce bouleversement du paysage politique a également entraîné de nombreuses manifestations spontanées dans plusieurs villes allemandes, le soir même du scrutin. Dans la capitale, la population battait le pavé aux cris de “Tout Berlin hait les nazis”, “Nazis, dehors !

En 2013, ce mouvement avait pourtant été créé par des professeurs eurosceptiques, mais bien loin d'être affiliés aux mouvances identitaires. Retour sur la fondation et l'évolution de l'AfD, à travers trois de ses grandes figures, depuis son principal co-fondateur, jusqu'aux actuels dirigeants.

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La fondation de l'AfD avec Bernd Lucke, le professeur d'économie eurosceptique

Bernd Lucke, co-fondateur du parti Alternative pour l'Allemagne (AfD), durant le meeting de lancement du parti le 14 avril 2013, à Berlin
Bernd Lucke, co-fondateur du parti Alternative pour l'Allemagne (AfD), durant le meeting de lancement du parti le 14 avril 2013, à Berlin
© AFP - JOHANNES EISELE

En 2013, Angela Merkel est jugée trop à gauche par certains conservateurs allemands. Dans le contexte de la crise de la dette dans la zone euro, un économiste désireux de voir l’Allemagne retrouver le Deutsche Mark co-fonde Alternative pour l'Allemagne. Il s’agit de Bernd Lucke, qui enseigne à l’université de Hambourg et estime que l'Allemagne vit "depuis trois ans une dégénérescence effrayante du parlementarisme allemand". Il affirme lors du congrès fondateur de l'AfD en avril 2013 que :

Cette crise a montré combien presque tous les députés du Bundestag ont perdu leurs opinions et se sont transformés en simples auxiliaires débordés du gouvernement.

Vous pouvez réécouter le portrait de "ce cinquantenaire costard-cravate, toujours bien coiffé, au discours en apparence lissé", que brossait Lise Jolly sur notre antenne en septembre 2013. Elle soulignait notamment le sens du marketing politique de Bernd Lucke :

L’AfD est alors souvent surnommé “le parti des professeurs”, car nombre de ses membres fondateurs appartiennent à la sphère de l’enseignement, notamment en économie, droit et finances publiques.

Lors des législatives de septembre 2013, le mouvement rate de peu l’entrée au Bundestag, recueillant quand même 4,7% des suffrages.

Frauke Petry destitue Bernd Lucke et encourage les policiers aux frontières à tirer sur les migrants

Frauke Petry, porte-parole de l'AfD, applaudie durant un congrès à Brême, le 31 janvier 2015
Frauke Petry, porte-parole de l'AfD, applaudie durant un congrès à Brême, le 31 janvier 2015
© AFP - CARMEN JASPERSEN

Le mouvement prend un tournant beaucoup plus identitaire lorsqu'affluent les premières vagues de réfugiés en Allemagne. L’AfD commence à fédérer des membres liés au NPD, le parti néonazi. En juillet 2015, son fondateur, Bernd Lucke, est mis en minorité au profit de Frauke Petry, une chimiste et femme d’entreprise, qui a épousé le président de l'AFD de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Marcus Pretzell. Elle devient porte-parole du mouvement, et Bernd Lucke quitte le parti. Parti qu’il qualifie d’”inhumain, insupportable et cruel”, lorsque Frauke Petry préconise aux membres de la police aux frontières de recourir à leur arme à feu” contre les migrants. Lucke fonde immédiatement ALFA, le parti "Réformateur libéral-conservateur", en scission avec l'AfD. En octobre 2016, Frauke Petry créera à nouveau la polémique en assimilant les migrants à du compost, propos relayés par le Frankfurter Allgemeine Zeitung.

À réécouter : Poussée de l'extrême droite en Allemagne.

Un parti tiraillé. Björn Höcke, trublion outrancier de l'AfD, appelle à réécrire les livres d'histoire

Aujourd’hui, Alternative pour l'Allemagne est le troisième parti le plus populaire du pays. Mais alors qu'il prétend dépasser le clivage gauche droite, il fédère dans ses rangs des membres, eurosceptiques ou identitaires, dont les idéologies ne sont pas toujours compatibles, loin s'en faut. Et il semble qu'il soit déjà victime de cette disparité : Frauke Petry, qui pourtant ne pesait pas ses déclarations anti-migrants, a quitté la salle du Parlement ce 25 septembre, afin de protester contre la radicalisation du mouvement ces dernières semaines. Il faut dire que les attaques contre les migrants et les musulmans se sont multipliées, décomplexées. Certains membres du parti sont même allés jusqu'à dénoncer la repentance contre les crimes nazis, comme Björn Höcke, élu régional qui fait figure de nouveau trublion de la politique allemande. Une procédure d'exclusion avait été lancée contre Höcke en février 2017, après qu'il avait qualifié le Mémorial de l'Holocauste à Berlin de "monument de la honte" :

Les Allemands sont le seul peuple au monde qui érige un monument de la honte dans leur capitale. [...] Cette politique ridicule consistant à assumer son passé nous paralyse. Notre politique mémorielle doit effectuer un virage à 180°.

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Mais Alexander Gauland, l'un des chefs de file de l'AfD, avait refusé cette exclusion, estimant que l'élu régional était "une partie de l'âme du parti". Gauland, qui n'est d'ailleurs pas en reste concernant les déclarations polémiques :

Si les Français peuvent être fiers de leur empereur et les Britanniques de Nelson, de Churchill, nous avons le droit d'être fiers de ce que nos soldats ont accompli durant la Seconde Guerre mondiale.