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L'afflux de dons pour Notre-Dame au détriment d'églises parisiennes sinistrées ?

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L'église Notre-Dame-de-Lorette est selon Didier Rykner, journaliste et historien de l'art français, la plus endommagée à Paris
L'église Notre-Dame-de-Lorette est selon Didier Rykner, journaliste et historien de l'art français, la plus endommagée à Paris
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

Des centaines de millions d'euros ont été réunis en un temps record pour la restauration de Notre-Dame. A tel point que la Fondation du Patrimoine vient d'annoncer la fin de sa collecte. D'autres églises qui dépendent de la mairie de Paris en auraient bien besoin souligne un historien journaliste.

L'engouement pour la restauration de Notre-Dame fait pâlir certains spécialistes du patrimoine qui depuis des années demandent des fonds pour du patrimoine en péril. C'est le cas à Paris où la maire Anne Hidalgo a annoncé quelques heures après l'incendie de la cathédrale que la ville allait débloquer 50 millions d'euros. Depuis, sur les réseaux sociaux, un journaliste et historien de l'art recense toutes les églises parisiennes qui tombent en ruine faute de financement de la mairie de Paris. Rappelons que l'entretien de toutes les églises édifiées avant la séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905 dépend des villes où elles se trouvent.

Un constat ancien et criant pour un plan de la mairie de 80 millions d'euros sur six ans

Didier Rykner est historien de l'art et fondateur de la revue du patrimoine la Tribune de l'art. Depuis plusieurs semaines, il arpente les quatre-vingt-seize édifices cultuels qui appartiennent à la mairie de Paris - quatre-vingt-cinq églises, neuf temples, et deux synagogues - et en fait un état des lieux sur les réseaux sociaux. Avec des vidéos à découvrir via #LEtatDesEglisesDeParis. L'état du bâti des façades mais aussi des orgues, des sculptures et surtout des peintures est souvent alarmant, en particulier à Notre-Dame-de-Lorette, véritable laboratoire de peinture sous Louis-Philippe.

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A Notre-Dame-de-Lorette, connue pour ses peintures murales, des oeuvre de grands peintres du XIXe siècle sont en train de disparaître faute de moyens pour les entretenir
A Notre-Dame-de-Lorette, connue pour ses peintures murales, des oeuvre de grands peintres du XIXe siècle sont en train de disparaître faute de moyens pour les entretenir
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

Est-ce parce qu'elles datent du XIXe siècle que la conservation de ces peintures n'est pas la priorité de la mairie ? A Notre-Dame-de-Lorette, 200 000 euros ont été débloqués pour l'orgue qui tombait en morceaux. Les murs de l'édifice menacent de tomber et pour l'instant, seules des études sont en cours. Preuve que le plan église de la mairie de Paris de 80 millions d'euros sur six ans, d'ici 2020, est largement insuffisant. 

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En 2015, Maxime Cumunel, de l’Observatoire du patrimoine religieux (OPR), estimait déjà dans Le Monde à "500 millions d’euros la somme nécessaire aux travaux urgents de restauration des vingt chantiers prioritaires à Paris, retenus par la mairie. Rien qu’à Saint-Augustin, il y a cinquante millions d’euros de travaux."

Ce plan église de la mairie représente moins en euros constants que sous le premier mandat de Bertrand Delanoé. Que fait-on souvent ? Ce qui se voit ou est dangereux. Et tout d'un coup, on découvre que madame Hidalgo, qui n'a pas suffisamment d'argent pour mettre plus, a 50 millions d'euros à donner à Notre-Dame. C'est uniquement de la communication, n'oublions pas les élections municipales très bientôt.                                                          
Didier Rykner

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L'église de la Madeleine est en "mauvais état" a aussi expliqué au Figaro ces derniers jours son curé, le père Bruno Horaist (vidéo à l'appui). Sa structure édifiée sur un terrain meuble a été fragilisée par de nombreuses (re)constructions environnantes. L'extérieur de cet édifice très fréquenté est sécurisé par des filets et un échafaudage. L'échafaudage de la façade est là depuis vingt ans "parce que le linteau principal de l'entrée est fendu, cassé" précise par exemple le prêtre.

Le député de Paris La République en Marche Sylvain Maillard a également exprimé ses inquiétudes ce vendredi à l'Assemblée, au travers d'un amendement d'appel à l'occasion des débats sur le projet de loi Notre-Dame. Selon lui, "un bon nombre d'églises, de notre patrimoine cultuel, est en grand danger. Et nous n'arrivons pas à trouver les fonds, même si la ville de Paris a récemment fait des efforts. Mais nous sommes évidemment loin du compte."

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Un travail de très longue haleine selon la mairie

La mairie de Paris se justifie en répondant que Notre-Dame fait partie de l'Histoire et qu'elle se doit d'aider à la reconstruction pour protéger les commerçants que l'incendie a mis à mal. Elle assure surtout que rénover les églises parisiennes est un travail de très longue haleine. Selon un critère d'urgence défini avec le diocèse de la capitale, avec le maire d'arrondissement et parfois avec le ministère de la Culture quand le lieu est classé monument historique.

Adjointe à la maire de Paris chargée du patrimoine, Karen Taieb tient à "rassurer tout le monde" et met en avant le verre à moitié plein : 23 projets en cours dont la façade sud de Saint-Eustache, les travaux à l'église Saint-Louis ou l'échafaudage à 23 millions d'euros de la Trinité. 

Elle explique qu'il y a "d'abord une question de coût, bien entendu" et "un plan de charge". Avec selon elle davantage de débloqué que lors des mandatures précédentes. 

La réponse de l'adjointe à la maire de Paris chargée du patrimoine, Karen Taieb, interrogée par Cécile de Kervasdoué

2 min

Et de préciser : "On va aussi vers l'utilisation de subsides qui vont venir du ministère de la Culture, quand ce sont des monuments historiques, mais également faire appel aux mécènes (5 millions d'euros pendant la mandature). C'est de plus en plus le cas."

Déjà en 2012

En janvier 2012, nous vous proposions déjà une enquête à ce sujet, signée Hélène Combis. Intitulée " Le triste état des églises parisiennes", on pouvait notamment y lire : "Nombre d'églises parisiennes ne sont pas à la fête. Il y pleut, les oeuvres qu'elles contiennent s'abîment, les charpentes sont mangées par les vers et les champignons... La Madeleine, Saint-Augustin et La Trinité sont emmaillotées par de larges filets, des failles laissent passer l'eau à Saint-Philippe du Roule, Saint-Germain de Charonne est fermée au public car menacée d'écroulement, Notre Dame d'Auteuil voit ses peintures intérieures se dégrader lentement... Et ce n'est là qu'un échantillon parmi une bien longue litanie."

A l'époque, l'adjointe au maire de Paris en charge du patrimoine mettant en avant l'exemple de la restauration "reconstruction" de Saint-Sulpice pendant dix ans pour 28 millions d'euros. Danièle Pourtaud de mettre en cause les responsables politiques précédents qui n'auraient pas suffisamment veillé à l'entretien des églises parisiennes.