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L'AFP : un mastodonte de l'information sous surveillance

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Le siège historique de l'Agence France-Presse place de la Bourse à Paris
Le siège historique de l'Agence France-Presse place de la Bourse à Paris
© AFP - Manuel Cohen

C'est un géant français de l'information qui fête son anniversaire : l'AFP souffle ses 75 bougies. L'Agence France-Presse est une anomalie dans la presse nationale : régie par un statut sui generis, elle ne peut pas être dirigée par l'Etat, ni par une entreprise privée. Retour sur son histoire.

"Personne ne bouge, personne ne sort... Désormais, vous travaillerez pour la France, au lieu de travailler pour les Allemands". La saillie, signée Martial Bourgeon, lance l'histoire de l'AFP moderne. Le résistant fait partie des huit hommes qui pénètrent le 20 août 1944 dans les locaux de l'Office Français de l'Information, une institution vichyste sous contrôle allemand, et s'emparent du bâtiment. Il est 7 heures du matin. Quatre heures trente plus tard, l'AFP publie sa première dépêche : "Les premiers journaux libres vont paraître, l'Agence française de presse leur adresse leur premier service." C'est le début d'une renaissance, car l'Agence France-Presse avait été créée en 1835 par Charles-Louis Havas, et portait le nom du financier. Une gestion privée dont la nouvelle équipe veut s'émanciper.

Nous ne voulions ni de l'ingérence étatique ni de la gestion privée

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Dès le début de cette nouvelle ère, l'agence souhaite acquérir une indépendance totale : "Nous ne voulions ni de l'un ni de l'autre de ces inconvénients : celui de la gestion privée forcément capricieuse et trop attachée au seul intérêt financier, celui de l'ingérence étatique, moins préoccupée de l'intérêt de la France que de celui du parti au pouvoir", explique Basile Tesselin dans ses mémoires. Le résistant est lui aussi membre du commando qui s'empare des bureaux de l'OFI cinq jours avant la libération de Paris. Les résistants souhaitent installer un nouveau modèle de fonctionnement au sein de ce qui deviendra l'Agence France-Presse. Un statut officialisé par la loi, un peu plus de dix ans plus tard. 

Un statut sur mesure et menacé

Le statut de l'AFP est officialisé le 10 janvier 1957, avec la promulgation de la loi 57-32. Elle stipule que l'agence ne doit "tenir compte d'influences ou de considérations de nature à compromettre l'exactitude ou l'objectivité de l'information". Ni "passer sous le contrôle [...] d'un groupement idéologique, politique ou économique." Autrement dit, ni l'Etat ni un organisme privé ne peut intervenir dans les affaires de l'AFP ou en prendre le contrôle. Un statut surnommé par les journalistes "le statut de la liberté". Il tient également en deux mots latins : sui generis. Traduction littérale : "de son propre genre". L'établissement de presse ne repose pas sur une forme juridique existante mais il faut en créer une. D'où une loi qui tient sur 5 feuilles de papier et 17 articles. Une loi que Benoît Fauchet, le responsable du Syndicat national des journalistes au sein de l'entreprise de presse, tient à préserver :

Benoit Fauchet veut défendre le statut de l'Agence France-Presse

45 sec

Le statut de l'AFP est protégé par la loi mais il est paradoxalement menacé depuis sa création selon Benoît Fauchet et son collègue Eric Cabanis, journaliste du bureau de Toulouse. "Il y a une volonté politique de tout privatiser en ce moment. Tout sauf deux choses : l'armée et la police. Depuis trente ans, même des gouvernements de gauche ont essayé de déboulonner ce statut parce que des journalistes qui sont libres, cela fait peur." L'agence de presse est certes indépendante sur le plan juridique mais fait face à des problèmes financiers depuis plusieurs années liés en particulier au déclin de la presse écrite. 

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Des finances qui reviennent difficilement dans le vert

Les caisses de l'AFP ont régulièrement été dans le rouge ces dernières années malgré un financement très important de la part de l'Etat. Pour y remédier, le PDG Fabrice Fries a lancé un "plan de transformation" avec des départs volontaires très contestés. Il est aussi allé jusqu'à récemment évoquer devant les sénateurs la vente du siège historique de la place de la Bourse, déclenchant la colère des syndicats. En octobre dernier, il répondait à Maxime Tellier : 

"Ce n'est pas facile mais a-t-on pour autant le choix", le PDG Fabrice Fries

1 min

Le chiffre d'affaires de l'agence a baissé de 10 millions d'euros entre 2014 et 2018 selon ses propres données. La société qui publie textes, photos, infographies et vidéos en six langues avec une implantation dans 151 pays a donc recherché des liquidités et diversifié son activité, au départ presque exclusivement concentrée sur la publication de dépêches. Ses informations sont reprises par un très grand nombre de médias français mais aussi à l'étranger. L'Agence France-Presse est l'une des trois grandes agences avec la britannique Reuters et l'américaine Associated Press.

Exemple d'une dépêche AFP qui annonce la mort du dictateur soviétique Staline en 1953, le premier gros scoop de l'agence française.
Exemple d'une dépêche AFP qui annonce la mort du dictateur soviétique Staline en 1953, le premier gros scoop de l'agence française.
© AFP - AFP

Mais les revenus de l'AFP ont augmenté cette année notamment grâce au développement de plusieurs pôles. A commencer par son service vidéo dont l'importance croît chaque année dans ses revenus : elle a augmenté de 11% en 2018 par rapport à l'année précédente. 

Autre source de bénéfices, y compris pour l'image de l'institution : Factuel, une cellule de fact-checking. Ce service de vérification d'information collabore avec plusieurs médias internationaux et voit ses effectifs augmenter depuis sa création en 2017.

1h 27

Avec la collaboration d'Éric Chaverou