Le jazzman Sun Ra, précurseur de l'afrofuturisme dans les années 1970
Le jazzman Sun Ra, précurseur de l'afrofuturisme dans les années 1970

L'afrofuturisme, une esthétique de l'émancipation

Publicité

L'afrofuturisme, une esthétique de l'émancipation

Par

Black Panther, Rihanna, festival Afropunk : l’afrofuturisme est partout. A la fois mode vestimentaire, motif artistique et courant musical, il semble ne connaître aucune limite. Mais l'afrofuturisme est aussi un courant de pensée expérimental et décolonial.

Imaginez Mohamed Ali, en habit de pharaon, qui arriverait du futur en soucoupe volante. Voici un aperçu de ce que peut produire l’afrofuturisme, une esthétique, une mode qui a envahi les imaginaires ces dernières années.

Afrofuturisme ? Le terme apparaît en 1994 sous la plume de l'universitaire Mark Dery pour caractériser une contre-culture noire qui se dessine depuis les années 1960.

Publicité

Et qui consiste pour lui en “l’appropriation de la technologie et de l’imagerie de la science-fiction par les Afro-Américains “.

Dès 1968, Samuel R. Delany s’empare du terme avec son roman Nova. Ce récit de science-fiction situe au 4ème millénaire son héros d’ascendance sénégalaise. Black Panther, un autre héros noir, imaginé par Stan Lee, émerge à la même époque. Il est le protecteur du Wakanda, un royaume africain fictif qui n’a jamais été colonisé.

Les années 1960 et la lutte pour les droits civiques voient des acteurs noirs apparaître à la télévision dans des rôles plus importants, notamment le personnage joué par Nichelle Nichols dans la série Star Trek.

L’imaginaire afrofuturiste est marqué par l’ovni Sun Ra dans les années 1970. Le jazzman afro-américain construit un imaginaire ésotérique et flamboyant. Dans le film Space is the Place, il explore une nouvelle planète et appelle les Afro-Américains à venir s’y installer. Les motifs afrofuturistes sont aussi repris par des groupes de funk comme Funkadelic.

Des groupes de rap se sont aussi approprié cet imaginaire, avec Shabazz Palaces, Flatbush ZOMBiES ou The Underachievers.

En 2018, avec Black Panther, l'afrofuturisme se décline en blockbuster. Triomphe planétaire, le film offre pourtant une vision commerciale et aseptisée. Mais l'afrofuturisme n’est pas qu’un objet vintage et fourre-tout.

Une vision dystopique de l'Afrique

Devenu concept décolonial à partir des années 1990, l’afrofuturisme porte un regard sur l’avenir des afro-descendants. Également réflexion dystopique sur le passé, il imagine ce que seraient les afro-descendants si le continent n’avait jamais été colonisé ni subi l’esclavage.

Il permet aussi de se réapproprier la technologie, perçue comme un outil de domination. Pourtant, le concept est critiqué par des intellectuels et des écrivains, parmi lesquels l'écrivaine franco-camerounaise Léonora Miano.

Dans Rouge Impératrice, Léonora Miano décrit un royaume africain fictif envahi par les immigrés européens.

Léonora Miano :Dans afrofuturisme, c’est le terme futuriste qui me dérange. Le futurisme, c’est un courant littéraire européen qui a des codes bien particuliers. Je ne crois pas qu’il suffise de mettre "afro" ou autre chose devant pour que la notion perde son identité. Moi je n’ai pas envie d’imaginer que l’Afrique n’a pas été colonisée, qu’elle n’a pas connu les déportations transatlantiques ni les traites transsahariennes. L’Afrique existe précisément sous le nom “Afrique” parce que ces événements ont eu lieu. Je n’ai pas envie de fuir mon histoire, ce qui m’intéresse surtout aujourd’hui, c’est voir ce que je peux en faire.”