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L'Algérie : nouvel allié de la France ?

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Le président algérien Abdelmadjid Tebboune lors de sa prestation de serment à Alger, le 19 décembre 2019.
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune lors de sa prestation de serment à Alger, le 19 décembre 2019.
© AFP - Billal Bensalem / NurPhoto

La face cachée du globe. Les présidents algérien et français se sont récemment téléphoné pour discuter de questions extérieures et nationales : le Mali, la Libye et le référendum sur la constitution algérienne. Entretien avec Kader Abderrahim, directeur de recherches à l'Institut Propective et sécurité en Europe.

Au pouvoir depuis neuf mois, les nouvelles autorités algériennes ont du mal à totalement tourner les pages du règne d’Abdelaziz Bouteflika. Le pays connaît une situation très critique autant en interne qu’aux abords de ses frontières. L’Algérie et la France sont-elles en train de se rapprocher ?

Eléments de réponses avec Kader Abderrahim, auteur de Géopolitique de l’Algérie aux éditions Bibliomonde et Directeur de recherches à l’Institut Prospective et Sécurité en Europe.

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L’Algérie et la France sont-elles en train de se rapprocher ?

Aujourd’hui, la situation inquiète en Algérie mais également parmi ses partenaires : la crise économique, la baisse des revenus issus des hydrocarbures, la contestation interne populaire le Hirak, une situation externe avec des menaces à toutes ses frontières, la Libye, le Mali, le Niger. Cette situation est très critique. Elle inquiète l’Algérie mais aussi tous les pays environnants, inquiets de voir la progression des organisations terroristes.

Récemment, le président Macron a téléphoné à son homologue algérien à propos du Mali et de la Libye. L’Algérie peut-elle jouer le rôle de facilitateur de paix ? 

La marque de fabrique de la diplomatie algérienne a toujours été ce dogme qui est : on ne s’immisce pas dans la souveraineté des Etats, dans les affaires intérieures des Etats. Et elle est toujours prête à offrir ses services et sa médiation pour tenter de régler les questions épineuses. Cela a été le cas notamment avec ce qu’on appelle "les Accords d’Alger" à propos des différentes factions au Mali. 

Dans le cas de la Libye, il y a eu une grosse colère de l’Algérie contre la France parce que l’Algérie avait mis en garde la France parce que c’est son espace stratégique et parce que c'est aussi une situation qui déstabilise l’ensemble du Maghreb et un peu au-delà. Cela avait conduit en 2013 la France à intervenir au Mali.

Que peut faire l’Algérie puisque en 2015 elle avait obtenu un cessez-le-feu au Mali. En revanche, son rôle de médiation avec la Libye a été sans succès ? 

Aujourd’hui, elle tente de nouveau de revenir dans ce dossier en rencontrant les représentants des différentes factions et des deux Parlements, celui de Tobrouk et celui de Tripoli. Mais c’est très difficile parce qu’il y a énormément d’intervenants extérieurs et notamment la Turquie qui a provoqué un bouleversement des rapports de forces internes. Car la Turquie est parvenue en quelques mois à renverser la situation au profit de son partenaire et donc son nouvel allié, Fayez Al Sarraj, contre le maréchal Haftar qui lui règne dans l’est de la Libye. 

Emmanuel Macron sait parfaitement que l’Algérie peut jouer un rôle important car c’est l’armée la plus puissante du continent qui peut jouer un rôle sinon de stabilisation au moins d’éviter que certaines situations au Mali ou en Libye ne dégénère. Ce qui évidemment porterait atteinte aux intérêts stratégiques de la France.

Revenons à la situation interne algérienne avec l’annonce de la tenue d’un référendum, le 1er novembre, sur une réforme de la Constitution. Elle concerne seulement deux articles ? 

Les deux articles vont probablement être abrogés. D'abord le fameux 4951 : au préalable, lorsque vous veniez en Algérie, vous pouviez investir mais vous deviez impérativement avoir un partenaire algérien qui lui détenait la majorité. 

Le deuxième article de la Constitution concerné touche l’armée. Jusqu’à présent, il interdit à l’armée algérienne de se projeter hors de ses frontières et là on revient à ce que je disais tout à l’heure, à savoir le dogme de l’Algérie de ne pas entrer dans les affaires intérieures des Etats. Aujourd’hui, sous pression sans doute des partenaires de l’Algérie, notamment la France, l’Algérie pourrait intervenir hors de ses frontières.

En bref ailleurs dans le monde

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Avec la collaboration de Caroline Bennetot