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L'Amérique "strictement américaine", de Reagan à Trump

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Discours de George W. Bush lors de l’inauguration du nouveau Air Force One Pavillion à la Bibliothèque présidentielle Ronald Reagan de Simi Valley, Californie, le 21 octobre 2005
Discours de George W. Bush lors de l’inauguration du nouveau Air Force One Pavillion à la Bibliothèque présidentielle Ronald Reagan de Simi Valley, Californie, le 21 octobre 2005
© AFP - ROBYN BECK

2001 . Alors que Donald Trump vient d’être élu 45ème président des Etats-Unis, retour en archives sur deux figures républicaines et conservatrices qui l'ont précédé à la Maison Blanche : Ronald Reagan et George W. Bush. Une vision historique pour mettre en perspective ce résultat.

Depuis le début de la campagne électorale, Donald Trump a repris à son compte un slogan utilisé par Ronald Reagan en 1980 : “Make America Great Again”. Quelques années plus tard, en 2001, nombreux étaient ceux qui comparaient les débuts de George W. Bush à la présidence de Reagan, se demandant s'il s'agissait là d'un retour du reaganisme.

Dans cette archive de l'émission Concordance des temps diffusée sur France Culture en juillet 2001, Jean-Noël Jeanneney s'entretient avec l'historienne Nicole Bacharan, spécialiste de la société américaine, pour une analyse comparative des deux hommes et de leurs politiques. George W. Bush est alors en fonction depuis quelques mois.

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De 1981 à 2016, Reagan, W. Bush, Trump : trois figures conservatrices et républicaines à la Maison Blanche. Comment cette analyse de 2001 permet-elle de mettre en perspective l’actualité politique de 2016 au lendemain de cette élection ?

De Reagan à George W Bush : deux conservateurs à la Maison Blanche (1981 - 2001)

1h 01

Durée : 1h01 • Emission : Concordance des temps du 14.07.2001 • Avec : Jean-Noël Jeanneney et Nicole Bacharan

Jean-Noël Jeanneney commence par mettre en évidence les similitudes concernant l’accès au pouvoir de ces deux présidents : Ronald Reagan comme George W. Bush, deux leaders conservateurs inattendus qui viennent mettre fin à une ère démocrate. Tous deux prônent un retour aux valeurs profondes et morales des Etats-Unis et veulent fortifier l’image victorieuse de l’Amérique sur la scène internationale. Revenant sur le parcours des deux hommes, Nicole Bacharan pointe les différences entre eux, en matière de trajectoire sociale et politique avant la présidence.

Vision européenne de l'Amérique

L'historienne met en exergue ces présidences qui révèlent "une Amérique très étrangère à l'Europe" :

“On a à faire, avec Ronald Reagan comme avec George W. Bush, à une Amérique que l’Europe ne comprend pas. Ce n’est pas une Amérique avec laquelle on peut dialoguer facilement, une Amérique dans laquelle on se reconnaît, c’est une Amérique strictement américaine, une Amérique profonde, et que les Européens voient, peut-être en simplifiant beaucoup, comme brutale, arrogante, naïve. Et au fond, comme si on avait en face de soi un partenaire qui avait une très grande force et peu de cervelle, disons le brutalement, dont on craint les réactions.” Nicole Bacharan

Nicole Bacharan nuance cependant cette vision en rappelant la solidarité durable, “définitive”, de la relation entre l’Europe et l’Amérique.

Les valeurs conservatrices

Jean-Noël Jeanneney et Nicole Bacharan reviennent également sur l'influence religieuse au sein du parti républicain, qui entraîne des crispations sur des sujets tels que l'avortement, l'homosexualité ou encore la peine de mort.

Et d'un point de vue économique ? C'est bien sûr la réduction fiscale, qui profite aux plus riches et n'aide pas les plus pauvres à s'en sortir ni à accéder aux soins par exemple. Pour Nicole Bacharan, la filiation entre les deux dirigeants est directe et pourrait se résumer ainsi : "Rendons aux Américains leur argent. C'est à eux de savoir comment le dépenser, et c'est comme ça qu'on va stimuler leur esprit d'entreprise."

En matière de politique étrangère, Nicole Bacharan insiste plutôt sur les positions différentes entre les deux hommes. Mais l'un comme l'autre, dit-elle, ont dû faire face à une réalité :

'L'isolationnisme n'est pas une option pratique pour l'Amérique. On ne peut pas se retirer du Proche-Orient, on ne peut pas se désintéresser de ce qui se passe en Afrique ou en Asie. Et l'un comme l'autre ont dû faire avec. Et on voit George W. Bush finalement s'engageant au Proche-Orient beaucoup plus qu'il n'aurait souhaité le faire."

Enfin, pour ce qui est de l'environnement, ni Reagan ni W. Bush n'a donné de priorité à cette question. A titre d'exemple, l'historienne évoque les aberrations de Reagan sur les océans ou les rivières, tandis que W. Bush, sans nier la question, faisait passer le pétrole avant l'environnement :

"George W. Bush imagine avant toute chose que l'argent vient du pétrole. C'est quelque chose qu'il a vu, qu'il a vécu depuis le jour de sa naissance, et l'environnement passera derrière."

Pour aller plus loin :

Retrouvez le dossier : Donald Trump, les enjeux d'une présidence américaine