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L'ancien ministre communiste et homme de culture Jack Ralite est mort

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Jack Ralite en 2007, lors des funérailles de l'acteur Jean-Claude Brialy.
Jack Ralite en 2007, lors des funérailles de l'acteur Jean-Claude Brialy.
© AFP - OLIVIER LABAN-MATTEI

Ancien ministre de François Mitterrand, figure importante de la politique française depuis 50 ans, l'homme politique communiste était un passionné de culture.

La curiosité : c'est qui frappait quand on croisait Jack Ralite, ancien ministre communiste, sénateur, passionné de culture et figure importante de la vie politique française depuis près de 50 ans. L'ancien maire d'Aubervilliers est décédé ce dimanche 12 novembre, à l'âge de 89 ans, après une vie à exercer cette curiosité sur tous les sujets, et à travers les mandats politiques qu'il n'a jamais cessé d'exercer.

En 2015, il était invité au micro d'Albane Penaranda pour une "Nuit rêvée", où il se racontait en choisissant des archives de la radio. 

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Une "Nuit rêvée" qui reflète ses émotions de jeunesse, ses passions et ses combats. On y retrouve Aragon, dont il fut très proche, Vitez, dont il fut l'ami, Stendhal, son romancier favori, et Marc Bloch, modèle intellectuel et patriotique d'un jeune homme qui se rêvait professeur d'histoire. On y croise Bernard Noël, Robespierre l'Incorruptible, l'écrivain allemand Christa Wolf et Leïla Shahid, en témoignage de sa sensibilité à la cause palestinienne. On y entend aussi l'acteur Pierre Blanchar, idéal du "moi" de son adolescence.

Ministre du gouvernement Mauroy en 1981

Jack Ralite est né en 1928 à Châlons-sur-Marne. Il raconte volontiers que furent pour beaucoup dans son engagement politique les trois mois qu'il passa dans la prison de Châlons pendant l'Occupation, alors qu'il n'avait pas quatorze ans, arrêté avec d'autres élèves pour avoir trop empoisonné le quotidien des Allemands qui squattaient leur lycée. Aux côtés de Juifs voués à la mort, de résistants chaque jour torturés et d'un prêtre bientôt déporté, il rencontra des communistes pendant cette détention. C'est là qu'il dit s'être senti communiste pour la première fois. C'est en 1959, qu'à la demande insistante d'André Karman, maire alors d'Aubervilliers, qu'il doit son entrée en politique.

Il m’a fait venir un jour, avant les élections municipales de 1959, pour me demander d’être sur la liste parce que j’étais un militant actif, ce que je suis toujours d’ailleurs, et il insistait en disant : « Tu t’occuperas de l’école, et de la culture. » Au bout d’un moment, je me suis dit pourquoi pas, et je me suis lancé. Cette responsabilité nouvelle m’a passionné parce que le mandat municipal est un mandat de proximité. Karman avait tout pour plaire, si j’ose dire. Ouvrier, déporté, il était devenu un administrateur de ville, mais un administrateur vivant. Il allait partout. Et comme on était très proche et que l’on est devenus amis, il m’emmenait souvent. J’ai appris la responsabilité d’élu en le suivant, en allant aux portes des usines, en allant dans les écoles, et j’y allais souvent. Et puis, en construisant le théâtre aussi ! Mon premier acte, comment dire, un peu cardinal.

Il est élu député de Seine-Saint-Denis en 1973, siège qu'il occupe jusqu'en 1981. Il devient l'un des ministres communistes du gouvernement de Pierre Mauroy après la victoire de François Mitterrand, avec le portefeuille de la Santé puis celui de l'Emploi de 1983 à 1984. Il sera sénateur de Seine-Saint-Denis pendant seize ans, de 1995 à 2011. 

La culture au coeur

Toute sa vie politique est liée à Aubervilliers, dont il fut maire-adjoint pendant vingt-cinq ans et maire pendant vingt ans. Durant ces années, il conduit dans cette banlieue ouvrière une politique culturelle audacieuse, œuvrant notamment aux côtés de Gabriel Garran à la fondation du Théâtre de la Commune.  "La culture, c'est peut-être au moment où ça va le plus mal qu'on en a le plus besoin", disait-il.

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La culture et les politiques qui la portent ont toujours été au coeur de ses préoccupations, convaincu de l'importance du rôle de l'Etat dans le soutien à une vision de la culture qui ne soit pas seulement économique. Il était de tous les débats sur le droit d'auteur, les intermittents du spectacle, les financements de l'art ou de l'audiovisuel et, à 70 ans passés, on pouvait le croiser dans des colloques sur le téléchargement en peer-to-peer, à discuter domaine public et impact de la technologie sur la création avec de jeunes geeks du quart de son âge. Jusqu'au bout, Jack Ralite aura été un homme de cultures.