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L'anthropologue Georges Balandier, co-inventeur du terme "tiers-monde", est mort

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Georges Balandier en 2003
Georges Balandier en 2003
© AFP - ERIC FEFERBERG

Disparition. L'un des plus grands anthropologues français, qui fut pionnier dans la connaissance de l'Afrique dans la seconde moitié du XXe siècle, est mort ce mercredi 5 octobre à l'âge de 95 ans. Quelques émissions de France Culture pour l'entendre encore parler de sa vie et livrer sa pensée.

Ce jeudi 6 octobre à 7h40, les Matins ont reçu le sociologue Marc Augé pour un hommage à Georges Balandier

"J’ai choisi de partir à la première occasion en Afrique, c'est-à-dire ailleurs. /…/ Ailleurs parce que j’abandonne mon propre univers de civilisation et de sens, et de non-sens surtout, et de violence barbare à l’époque. Je l’abandonne cet univers-là pour aller voir ailleurs comment sont les choses vraiment humaines."

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  • En 2010, Georges Balandier revenait sur les étapes de sa vie et de son engagement dans Hors-Champs :

Georges Balandier - Hors Champs

44 min

"Je me rappelle que l’exposition coloniale de 1931 se tenait dans le bois de Vincennes. Et alors on avait monté aux abords d’un étang un village de Centrafrique. Les femmes étaient dans la tenue qui est celle des villageois, les maisons étaient la copie des maisons d’un village supposé typique, et on jouait des scènes, la cuisine, le ménage, la chasse… J’ai trouvé ça abject. Je l’ai dit à mon père, « pourquoi est-ce que tu m’entraînes dans des choses pareilles ? Je ne supporte pas bien ça. Ces gens n’ont pas demandé à venir là. » Je crois qu’une partie de mon insurrection est venue de là, de cette réaction à l’exposition coloniale, cette démonstration d’un empire dont je pressentais qu’il lançait ses derniers feux, qu’il mettait en scène ses derniers fastes et de la manière la plus insupportable : celle du jeu de soi-même."

Sur son expérience de la Résistance, et son rôle déterminant pour s'engager en Afrique :

"Cette expérience-là m’a donné une sorte de position définitive que j’ai ensuite tenue en tant qu’anthropologue en Afrique et ailleurs /…/ : ne pas accepter la domination de l’autre, ne pas accepter que le système de domination, d’assujettissement, d’avilissement calculé, se mette en place. J’ai toujours maintenu l’exigence, et parfois même au détriment des complaisances qu’on aurait voulu me demander."

  • En 2005, Georges Balandier était l'invité unique de Tout arrive ! pour une émission spéciale à l'occasion de la parution d'un livre intitulé "le Grand dérangement". Il y revient sur l'invention du terme "tiers-monde" juste après la conférence de Bandoung, avant d'évoquer les thèmes de ce livre sur les nouveaux rapports de force, expansions, redéploiements du monde contemporain. Espace, rave-parties, informatique, etc. analysés dans une voie entre deux, ni litanie pessimiste sur l'état de notre monde, ni fascination pour l'innovation technologique.

Georges Balandier dans "Tout arrive !" en 2005

57 min

  • En 2009, Georges Balandier était à nouveau l'invité de Tout arrive ! au moment où paraissait un livre d'entretiens sur son itinéraire. Dans cette émission, il revient sur les premières découvertes dans le grenier de sa grand-mère, à la frontière des Vosges et de la Haute-Saône ; la publication d'un roman intitulé Tous comptes faits , presque un peu trop leste (ainsi que le disait Camus) ; et surtout les premiers séjours en Afrique, à Conakry notamment, comme une prise de conscience du réel qui le conduira à inventer l'expression "tiers-monde". "Comment voulez-vous que je n'ai pas eu le sens de ce qu'a pu être la détresse, la misère, la souffrance africaine ? ". Bref, des enseignements des années 1950 jusqu'à des colères toutes récentes - le discours prononcé par le chef de l'Etat à Dakar en juillet 2007 -, l'homme qui publiait "le Noir est un homme" pour ouvrir Présence africaine en 1947 exposait ici sa pensée indépendante, en lien étroit, toujours, avec le présent.

Georges Balandier dans "Tout arrive !" en 2009

36 min

  • Il y a 30 ans, assistions-nous déjà à l'émergence du désordre comme idéologie de la post-modernité ? Toutes les sociétés, qu'elles soient traditionnelles ou modernes, sont tributaires de l'indissociable couple ordre/désordre, devant faire face à l'imprévisible. Georges Balandier démontre, dans cet entretien du 1er janvier 1989, diffusé sur France Culture dans l'émission "Communauté des Radios Publiques de Langue Française", que le désordre peut devenir un processus créateur et révolutionnaire. Il a recours à la théorie scientifique la plus avant-gardiste : celle du chaos, et se livre à un éloge du mouvement.

Georges Balandier, dans "Communauté des Radios Publiques de la Langue Française" en 1989

57 min

"Le mot mouvement est un mot curieux parce que c'est un mot qui a connu bien des aventures, bien des péripéties. C'est un mot que l'on trouve dans le langage scientifique (…) dans le langage philosophique, dans l'histoire des idées, et puis récemment, le mot s'est tellement trivialisé, banalisé, qu'il finit par dire beaucoup de choses, et comme il en dit trop, il apparaît suspect de ne pas dire grand chose."

"Platon jugeait de toute chose selon l'ordre. Le monde devait être ordre. L'ordre, c'était ce qui était bon, bel et bien. Mais Platon savait déjà que s'il faut préférer l'ordre au désordre, il n'en est pas moins vrai que par le fait des hommes et du mouvement des choses, le désordre n'est jamais éradiqué, et l'ordre n'est jamais entièrement assuré. Il y a les stoiciens, pour qui tout est ordre, et puis les épicuriens, pour qui c'est le désordre qui prévaut, et l'ordre surgit de là."