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L'Arc de Triomphe, mémoire de guerres et de victoires

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Les "gilets jaunes" aux pieds de l'Arc de triomphe
Les "gilets jaunes" aux pieds de l'Arc de triomphe
© AFP - Alain JOCARD

Contexte. Le célèbre monument de la place de l'Etoile, endommagé samedi 1er décembre par des "gilets jaunes", commémore quelques moments importants de l'histoire française depuis deux siècles : victoires napoléoniennes et mémoire de la guerre.

Samedi 1er décembre, le monument parisien de la place de l'Etoile a été pris d'assaut par certains "gilets jaunes", en marge de la manifestation. Tags et statue endommagée ont été déplorés dimanche matin. "Aucune cause ne justifie que (...) l'Arc de Triomphe soit souillé", s'est insurgé le président de la République, Emmanuel Macron lors de son déplacement à Buenos Aires pour le sommet du G20. Entre le symbole des victoires napoléoniennes et la préservation de la mémoire de guerre, retour sur l'histoire L'Arc de Triomphe, l'un des monuments nationaux les plus célèbres. 

En savoir plus : Gilets jaunes : la France, "vrai malade de l'Europe" ?

Symbole des victoires françaises

C’est à Napoléon Ier que l'on doit ce monument. Au lendemain de la bataille d'Austerlitz, que l’empereur et ses troupes remportent avec succès contre les forces austro-russes, il déclare aux soldats français : « Vous ne rentrerez dans vos foyers que sous des arcs de triomphe. » Par un décret impérial daté du 18 février 1806, il ordonne la construction de cet arc de triomphe consacré à célébrer et perpétuer le souvenir des victoires des armées françaises. Pour accueillir ce monument, Napoléon choisit la Bastille, lieu par lequel les armées reviennent directement du Front de l’Est. Mais le ministre de l'Intérieur Jean-Baptiste Nompère de Champagny parvient à convaincre l’empereur d'ériger l'arc à l'ouest de Paris, sur la place de l'Étoile, qui permettait le dégagement de belles perspectives. Le projet est alors lancé, inspiré des arcs de triomphes érigés sous l’Empire romain, comme l’explique l’historienne et archiviste, Isabelle Rouge-Ducos, dans l'émission Métropolitains du 20 mai 2009 : 

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L'Arc de Triomphe (Métropolitains, 20/05/2009)

59 min

Les arcs de triomphes sont à la mode à l’époque. C’est un revival de l’Antiquité. (…) Il n’y a qu’une seule arche, et symboliquement, c’est très fort. L’arche unique était vue comme un symbole d’égalité, inspirée des idées révolutionnaires. Isabelle Rouge-Ducos

Le chantier de l’Arc de triomphe est colossal, et sa construction dure 30 ans. Les Parisiens constatent ces travaux, non sans une certaine fierté. Le monument n’est pas encore sorti de terre, que Victor Hugo, qui n’est encore qu’un jeune poète, dédie alors une ode à l’Arc de triomphe, dans un journal royaliste, L’Oriflamme, le 3 décembre 1823 : 

"Arc triomphal ! la foudre, en terrassant ton maître,          

Semblait avoir frappé ton front encore à naître.           

 Par nos exploits nouveaux te voilà relevé !            

Car on n’a pas voulu, dans notre illustre armée            

Qu’il fût de notre renommée            

Un monument inachevé".
 

                                             Victor Hugo, Ode à l'Arc de triomphe, dans l'Oriflamme.

Architecture engagée 

La construction du monument, qui débute le 15 août 1806 sous la houlette de l'architecte Jean-François Thérèse Chalgrin, rencontre plusieurs obstacles. Plusieurs fois interrompue, l'édification ne s'achèvera qu'en 1836 sous le règne de Louis-Philippe. L’architecture et l’ornement de l’édifice évoluent en fonction des changements de régime. Sous le règne de Louis-Philippe, le président du Conseil, Adolphe Thiers, célèbre à la fois l’Empire et la Révolution en introduisant certaines sculptures au sein de l’Arc, comme l’explique l'historienne Isabelle Rouge-Ducosc :

Thiers était l’instigateur de ce programme sculpté. Il voulait exalter la première partie de la Révolution et la légende napoléonienne. C’est un monument de propagande pour la monarchie de Juillet. Il fallait achever le monument en célébrant l’Empire et la Révolution. Isabelle Rouge-Ducos

Détails du bas-relief de l'Arc de Triomphe représentant "la Marseillaise", sculpté par François Rude
Détails du bas-relief de l'Arc de Triomphe représentant "la Marseillaise", sculpté par François Rude
© AFP - STF

C’est d'ailleurs à Adolphe Thiers que l'on doit le haut-relief qui orne la façade du piédroit nord de l’Arc de triomphe, intitulé Le Départ des volontaires de 1792, ou La Marseillaise. Sculptée par François Rude entre 1833 et 1836, l'œuvre représente de manière allégorique l'engagement des volontaires nationaux contre les armées de la première coalition en 1792.

Le pied de cette sculpture a été tagué par certains manifestants samedi 1er décembre. Le moule en plâtre de cette allégorie de la Marseillaise, a également été endommagé.

La statue vandalisée de Marianne sous l'Arc de Triomphe
La statue vandalisée de Marianne sous l'Arc de Triomphe
© AFP - Simon Guillemin

Préservation de la mémoire de guerre 

Commémoration de la tombe du Soldat inconnu
Commémoration de la tombe du Soldat inconnu
© AFP - ZAKARIA ABDELKAFI

L’Arc de Triomphe est aussi devenu un haut lieu symbolique, depuis que la tombe du Soldat inconnu a été installée le 11 novembre 1920. Le Soldat inconnu est inhumé dans un caveau sous l'arche principale face aux Champs-Élysées. Aux pieds de l’Arc de triomphe repose la dépouille d'un soldat non identifié mais reconnu français, qui représente tous les soldats morts pour la France au cours de l'histoire. 

Une flamme commémore le souvenir des soldats morts au combat, qui est ravivée tous les soirs par des associations d'anciens combattants ou de victimes de guerre.  

Un symbole fort, que certains gilets jaunes ont tenté de préserver le 1er décembre 2018 face à la violence d’autres manifestants. Alors que l’Arc de triomphe était le théâtre d’affrontement entre les forces de l’ordre et certains "gilets jaunes", des manifestants se sont empressés de protéger la flamme du souvenir avec des barrières qui se trouvaient là. La cérémonie du ravivage de la flamme a donc bien pu avoir lieu samedi 1er décembre.