Alexandre Soljenitsyne, auteur de "L'Archipel du goulag" devant les journalistes français
Alexandre Soljenitsyne, auteur de "L'Archipel du goulag" devant les journalistes français

"L'Archipel du goulag", itinéraire d'un livre dissident

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"L'Archipel du goulag", itinéraire d'un livre dissident

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Littérature | Lorsque "L'Archipel du goulag" paraît en Occident, c'est un séisme littéraire et politique. Son auteur, Alexandre Soljenitsyne, dissident soviétique et ancien bagnard est contraint à l'exil en Europe. En France, l'ouvrage divise la gauche sur la question du positionnement vis-à-vis de l'URSS.

Georges Nivat : "Nous, lecteurs, nous entrons dans ce livre avec nos préjugés, nous en sortons changés. C’est un texte extrêmement dangereux, une sorte de détonateur. Il le cache en planquant des textes chez différents amis. C’est une espèce de réseau, typiquement de clandestins. Il s’isole dans une ferme en Estonie. Il travaillait jusqu’à 17 heures par jour. Il y avait comme une fièvre qui confinait à l’hallucination."

Lorsque Soljenitsyne rédige L’Archipel du goulag, au début des années 1960, il est déjà mondialement connu. Son livre précédent, Une journée d’Ivan Denissovitch racontait le quotidien d’un prisonnier du goulag.

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Georges Nivat : "Des dizaines de milliers de zeks, c’est-à-dire, d’anciens bagnards, qui avaient survécu à ce système, ont été bouleversés. Ils ont écrit à l’auteur, il a reçu des centaines de lettres. Il s’est dit : il y a toutes ces centaines de voix que j’ai déclenchées et à qui je pourrais redonner la parole si j’écris quelque chose de plus vaste."

Soljenitsyne écrit L’Archipel du goulag à partir de 227 témoignages d’anciens prisonniers reçus. Il est toléré par le régime, alors en pleine "déstalinisation". Mais il se sent de plus en plus menacé et ses écrits sont censurés. 

Georges Nivat : "Il l’a fait passer à l’étranger sous forme de petits microfilms qui ont été transportés par Sacha Andreïev, petit-fils du grand écrivain Leonid Andreïev. "

En 1973, le KGB met la main sur le manuscrit. Acculé, Soljenitsyne décide de le publier rapidement à l’Ouest.

Georges Nivat : "Ça paraît en russe et en français en même temps. C’est la bombe, c’est la seconde arrestation de Soljenitsyne. Le Politburo délibère : qu’est-ce qu’on fait avec lui ?

L’auteur est déjà un écrivain mondialement connu, on ne peut pas le faire disparaître comme ça. Finalement, ils ont décidé de le déchoir de sa citoyenneté soviétique."

Soljenitsyne s’exile en Europe où il est accueilli en héros. Il devient le visage médiatique des dissidents soviétiques. 

Georges Nivat : "Philippe Sollers, qui à l’époque est maoïste, déclare que c’est le Dante des nouveaux temps, ça joue un rôle sur lui, comme sur ceux qu’on appelle les nouveaux philosophes".

L’Archipel du goulag divise profondément la gauche entre ces "nouveaux philosophes" qui condamnent les crimes de l’URSS décrits dans le livre et les communistes qui préfèrent fermer les yeux. C’est une vraie découverte de voir que ce combattant qui a écrit L’Archipel du goulag est un homme très vivant, qui peut rire, qui n’est pas confit dans une sorte de pénitence ou de nostalgie.

Les Européens sont pourtant déconcertés par ce barbu aux allures de prophète, et par ses propos réactionnaires.

Georges Nivat : "Chez Soljenitsyne, il n’y a pas de fatigue de la démocratie, il y a simplement l’énonciation de ses limites. Le fondement de son regard sur l’Occident, c’est pas un regard hostile, ni méprisant envers l’Occident."

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